Organisations syndicales: communiqué commun national

Les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, et FSU se sont retrouvées ce jeudi 6 Décembre pour échanger sur l’actualité sociale.

Elles rappellent que, depuis des mois, face aux inégalités sociales et territoriales, elles ont réclamé des politiques publiques permettant de la justice sociale. Elles rappellent aussi que, depuis des mois, elles ont appelé le gouvernement à les écouter à travers un véritable dialogue social.

Aujourd’hui, dans un climat très dégradé, la mobilisation des gilets jaunes a permis l’expression d’une colère légitime. Le gouvernement, avec beaucoup de retard, a enfin ouvert les portes du dialogue.

Nos organisations s’y engageront, chacune avec ses propres revendications et propositions, en commun chaque fois que cela sera possible. Les sujets du pouvoir d’achat, des salaires, du logement, des transports, de la présence et de l’accessibilité des services publics, de la fiscalité doivent trouver enfin des débouchés concrets, créant les conditions sociales d’une transition écologique efficace parce que juste.

Le dialogue et l’écoute doivent retrouver leur place dans notre pays. C’est pourquoi nos organisations dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications.

La CFDT, la CGT, FO, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA, la FSU appellent le gouvernement à garantir enfin de réelles négociations. Cela suppose qu’elles soient larges, ouvertes et transparentes, au niveau national comme dans les territoires.

Paris, 6 décembre 2018

Fin de monde ?

par Frédéric Lordon, 5 décembre 2018
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Egon Schiele — « Selbstbildnis in gelber Weste » (« Autoportrait en veste jaune »), 1914.

La chute d’un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n’était pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale. Que la stupidité ait à voir avec la stupéfaction, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voilà rendues au point d’indistinction, et leur spectacle commun se donne comme cette sorte particulière d’« information » : en continu.

Comme l’esprit se rend préférentiellement aux idées qui font sa satisfaction et là où il trouve du confort, les trompettistes du « nouveau monde » et du « macronisme révolutionnaire », sans faire l’économie d’une contradiction, retournent invariablement à l’écurie de leurs vieilles catégories, les catégories du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situation, leurs émoluments et leur magistère (lire « Macron, le spasme du système »). Et les voilà qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « représentants » ou des « porte-parole » présentables, voudraient une liste circonstanciée de « revendications » qu’on puisse « négocier », n’en trouvent pas davantage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en désespoir de cause, on cherche frénétiquement avec le gouvernement au fond du magasin des accessoires : consultations des chefs de parti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syndicats — l’espoir d’une « sortie de crise » accrochée à un moratoire sur la taxe gasoil ? un Grenelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pantomime avec tout ce qui est en train de tomber en ruine. Voilà où en sont les « élites » : incapables de seulement voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de partir en morceaux, le leur, qu’on ne tiendra pas pareille dislocation avec du report de taxe ou des taux minorés, bien content si les institutions politiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement général. Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

Quand une domination approche de son point de renversement, ce sont toutes les institutions du régime, et notamment celles du gardiennage symbolique, qui se raidissent dans une incompréhension profonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur possible ? —, doublée d’un regain de hargne, mais aussi d’un commencement de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la singularité de ce mouvement tient à ce qu’il porte désormais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bientôt, chez leurs collaborateurs.

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En regard, les parcours habituels des manifestations et celle des « gilets jaunes » les 24 novembre et 1er décembre 2018.

On lit que la directrice de BFM est restée interloquée d’entendre scander « BFM enculés » sur les Champs, et que le président de la société des journalistes a découvert, dans le même état, que « cela ne vient pas de militants mais de gens du quotidien ». Les pouvoirs de ce genre, ceux de la tyrannie des possédants et de leurs laquais, finissent toujours ainsi, dans la sidération et l’hébétude : « ils nous détestent donc tant que ça ». La réponse est oui, et pour les meilleures raisons du monde. Elle est aussi qu’après toutes ces décennies, le moment est venu de passer à la caisse et, disons-le leur dès maintenant, l’addition s’annonce salée. Car il y a trop d’arriérés et depuis trop longtemps.

Lire aussi Alexis Spire, « Aux sources de la colère contre l’impôt », Le Monde diplomatique, décembre 2018.

Depuis les grèves de 1995, la conscience de ce que les médias censément contre-pouvoirs sont des auxiliaires des pouvoirs, n’a cessé d’aller croissant. Du reste, ils ont œuvré sans discontinuer à donner plus de corps à cette accusation à mesure que le néolibéralisme s’approfondissait, mettait les populations sous des tensions de plus en plus insupportables, qui ne pouvaient être reprises que par un matraquage intensif des esprits, avant qu’on en vienne à celui des corps.

C’est à ce moment que, devenant ouvertement les supplétifs du ministère de l’intérieur en plus d’être ceux de la fortune, ils se sont mis à rendre des comptages de manifestants plus avantageux encore que ceux de la préfecture, puis à entreprendre de dissoudre tous les mouvements de contestation dans « la violence » — et par-là à indiquer clairement à qui et à quoi ils avaient partie liée.

C’est peut-être en ce lieu, la « violence », que la hargne des laquais trouve à se dégonder à proportion de ce qu’ils sentent la situation leur échapper. Au reste, « condamner » ayant toujours été le meilleur moyen de ne pas comprendre, à plus forte raison poussé par des intérêts si puissants à la cécité volontaire, « la violence des casseurs » a été érigée en dernière redoute de l’ordre néolibéral, en antidote définitif à toute contestation possible — sans par ailleurs voir le moins du monde le problème à célébrer le 14 juillet 1789 ou commémorer Mai 68 : folle inconséquence de l’Histoire embaumée, mise à distance, dévitalisée, et privée de tout enseignement concret pour le présent. Continuer la lecture de Fin de monde ?

Le Gouvernement s’attaque aux réserves des coopératives

L’UFAL relaie l’appel à la mobilisation de la Confédération générale des Scop(1) contre une disposition du Projet de loi de finances 2019 qui supprime purement et simplement la « provision pour investissement (PPI) ». Or ce dispositif fiscal permet à ces sociétés de faire des réserves en franchise d’impôts, et de les mobiliser pour leur développement et leur investissement. D’après la Confédération générale des Scop, c’est « 350 millions d’investissements productifs (…)  [qui]risquent de disparaître sur les cinq prochaines années ».

Non contente de détruire la République laïque et sociale partant de cadeaux faits aux plus riches, l’idéologie En Marche veut aussi la mort de toutes les alternatives à son projet néolibéral.

En effet, imaginons une société où le pouvoir serait partagé entre les salariés, où les bénéfices ne s’évaporeraient pas dans une bulle financière, mais seraient alloués prioritairement au maintien de l’emploi et à l’investissement… Une utopie ? Un rêve ? Non ! Ce sont les SCOP et les SCIC, en un mot les coopératives de l’économie Sociale et Solidaire.

Or, le gouvernement, jugeant « trop coûteux » le dispositif de PPI, a décidé de le supprimer à l’occasion du PLF 2019 sans aucune autre forme de procès !  Autant dire que c’est une grave menace pour les 2 400 sociétés coopératives et participatives, et leurs 51 000 salariés !

Seront-ils les victimes collatérales de la frénésie du Gouvernement de trouver des économies servant à transformer le CICE, dont le résultat en termes d’emplois est catastrophique, en baisse de cotisations sociales patronales, pour un coût exorbitant de 40 Mds € en 2019 ?

Pour ces raisons, l’UFAL demande l’abandon de cette mesure !

La fin des pensions de réversion ?

Samedi, 1 Décembre, 2018

Le budget de la réversion est de 36 milliards d’euros. On comprend que le gouvernement veuille faire main basse dessus.

Pour M. Delevoye, chargé de la question par Macron, circulez, il n’y a rien à voir : « Nous ne supprimerons pas les pensions de réversion. » S’il était honnête il dirait : « Nous ne supprimerons pas toutes les pensions de réversion et nous baisserons brutalement celles qui ne sont pas supprimées. »

Car ils mentent encore, bien sûr : ils veulent remplacer le droit à une pension par une vague notion de maintien de revenu. À quel taux ?

Exemple : Soit M. avec 1 800 euros de retraite brute et Mme, 1 200. Total du ménage 3 000 euros. Si M. meurt le premier (90 % des cas), dans le système actuel Mme aura 1 200 euros + 50 % de 1 800. Soit une pension de 2 100 euros brut. Dans le nouveau système, ce sera la totalité des deux pensions divisée par deux. Soit 1 500. Soit une baisse de 600 euros par mois par rapport au système actuel ! Si Mme meurt la première, M. touchera… zéro euro en réversion car il a déjà plus que la moyenne des deux qui est de 1 500 euros.

Dans les deux cas, il y a, évidemment, non pas « maintien du niveau de vie », mais baisse brutale. Pour le privé, soit 80 % des retraités, l’écart est encore plus important car le taux actuel de réversion des retraites complémentaires de l’Agirc et de l’Arrco, c’est 60 % et non 50 %.

Rappelons que le budget total de la réversion est de 36 milliards d’euros. On comprend que ce gouvernement Macron-Thatcher veuille faire main basse dessus. Ils démentent parfois et disent « la baisse sera de 25 % » et pas de 50 %. Mais, justement, on voit clairement où ils vont !

Avoir travaillé toute sa vie, perdre son conjoint et se voir brutalement plongé dans la misère, il y a de quoi sortir les gilets gris, après les gilets jaunes. C’est une question de vie ou de mort sociale pour des millions de gens que d’empêcher ça.

Gérard Filoche

Assemblée nationale. André Chassaigne : « Nous vivons un moment historique »

« Notre responsabilité est aujourd’hui d’apporter des réponses en prenant en compte la contestation de nos institutions, auxquelles nous sommes associés  », avance André Chassaigne. Romain Gaillard/Rea

« Notre responsabilité est aujourd’hui d’apporter des réponses en prenant en compte la contestation de nos institutions, auxquelles nous sommes associés », avance André Chassaigne. Romain Gaillard/Rea

Devant l’incurie de la majorité face aux mobilisations des gilets jaunes, les députés communistes comptent déposer une motion de censure. Leur chef de file explique pourquoi le gouvernement doit changer.

Pourquoi avez-vous pris l’initiative de solliciter d’autres groupes parlementaires pour déposer une motion de censure ?

André Chassaigne Alors que nos concitoyens poursuivent, sous des formes diverses, la mobilisation pour rejeter la politique du président des ultrariches, il est urgent de poser un acte fort. Les députés communistes ont donc décidé d’utiliser l’arme institutionnelle à leur disposition pour contrer la gestion catastrophique de cette crise par le gouvernement. Nous avons donc sollicité les députés de la France insoumise et les députés socialistes pour déposer cette motion de censure, qui a pour objectif d’obtenir la démission du gouvernement.

Vous devez réunir au moins un dixième de l’Assemblée nationale, soit 58 députés, pour déposer la motion. Êtes-vous confiant ? Continuer la lecture de Assemblée nationale. André Chassaigne : « Nous vivons un moment historique »

Moissac Solidarité devient Escale Confluences in DDM

Les salariés tenaient des stands pour présenter les différentes actions de l'association./ Photo DDM, M.B.
Les salariés tenaient des stands pour présenter les différentes actions de l’association./ Photo DDM, M.B.

Nouveau nom pour de nouveaux projets. Jeudi soir, Moissac Solidarité organisait une soirée pour officialiser le changement de nom de l’association. Désormais, il faudra les appeler «Escale Confluences» : «On organise cette soirée pour dire qu’une nouvelle page commence à s’écrire. On a décidé de changer de nom pour officialiser le changement de notre terrain d’action : aujourd’hui, on agit sur l’ensemble de la communauté de communes Terres des confluences», a expliqué Régis Hochart, président de l’association. Cette soirée a permis aux différents acteurs du territoire, aux 27 salariés mais aussi aux autres associations mais aussi aux usagers de découvrir l’association, ses différents dispositifs et ses locaux, autour d’un bon repas. Pour célèbrer ce changement de nom, étaient présentes la sous-préfète Céline Platel, la directrice de la DDCSPP Véronique Ortet, la directrice de la DIRECCTE Nathalie Vitrat ainsi que Maryse Baulu représentant le conseil départemental et la mairie de Moissac. Différents discours ont été prononcés pour rappeler l’importance de l’association.

1 800 personnes hébergées par an

Depuis 1995, Escales Confluences propose plusieurs actions pour permettre une «cohabitation apaisée». Chaque année, elle héberge 1800 personnes par an, entre 60 et 150 personnes passent chaque jour par l’association. En plus de l’hébergement, d’urgence, de stabilisation ou pour les demandeurs d’asile, l’association a mis en place des dispositifs d’accueil, des chantiers d’insertion, un atelier vélo et un dispositif de médiation de rue.

En plus de ce changement de nom, Régis Hochart et Laurence Carles El Meziane, la directrice, ont plein de projets en tête : «On voudrait mettre en place une maison relais qui assurerait 16 appartements pour les personnes qui sont presque autonomes», détaille Régis Hochart. L’association aimerait également mettre l’accent sur la médiation de rue et déménager pour se rapprocher du centre, dans des locaux plus grand, «tout cela pour assurer une qualité d’accueil aux usagers et un confort de travail pour les salariés».

Non à la révision de la loi de 1905 !

Communiqué commun

Des projets de révision de la loi de 1905 seraient à l’étude. S’il s’agit de mieux encadrer des dérives intégristes mettant en cause les principes et valeurs de la République, le titre V de la loi, intitulé Police des cultes fournit l’arsenal juridique suffisant. S’il s’agit de financer les cultes de quelque manière que ce soit, on entrerait alors dans une procédure concordataire que la loi de 1905 avait précisément pour but d’abolir.
Les organisations laïques soussignées, réunies le jeudi 22 novembre 2018 à Paris, mettent en garde contre toute modification de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du 9 décembre 1905, quelles qu’en soient les voies. Cette loi est un pilier fondamental de la République. Pour assurer à chaque citoyen la liberté de conscience, elle a instauré un juste équilibre entre la garantie du libre exercice des cultes et la neutralité confessionnelle de l’État.

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Paroles de Gilets jaunes (Paris)

Samedi, 1 Décembre, 2018

Avenue des Champs Elysées, nous y étions. Petits échanges au hasard des rencontres. Autant le dire. Accueil chaleureux et respectueux pour l’équipe de l’Humanité. Tous se disent « écœurés par BFM » qui « veut uniquement des images de violence » ou se débrouille « pour faire parler les plus bêtes ». Nous avons rencontré et parlé avec plusieurs des manifestants. Il y a de la colère. De l’amertume. On y décèle la peur de l’avenir. De la méfiance à l’égard des politiques, des syndicats. Retrouvez leurs paroles sur le web et le facebook de l’Humanité. Reportage.

Les Champs Elysées, 10h du matin samedi 1er décembre. La plus belle avenue du monde est sous très haute surveillance. Les magasins barricadés. Toutes les stations de métro – Etoile, Georges V, Champs-Elysées Clémenceau, Concorde, Argentine, Kléber… sont fermées « sur ordre de la préfecture » répète en boucle les hauts parleurs du métro. Barrages filtrants dans toutes les rues perpendiculaires qui mènent aux Champs. Beaucoup de Gilets jaunes se sont retrouvés sur les avenues qui aboutissent en étoile à l’Arc de Triomphe. Les avenues Foch, Kleber, Mac Mahon ou Marceau sont jaunes de gilets portés par des manifestants venus le plus souvent d’Île-de-France, parfois d’un peu plus loin.
En couple, entre ami-e-s. Des petits groupes se forment. Ça discute sec. Des petites agoras spontanées qui se font et se défont. Damien, 29 ans, et Alison, 24 ans, viennent de Moselle. Ils ont un enfant de 5 ans. Ancien gardien de prison, « je gagnais 1500 euros, c’est pas mal, mais plus suffisant. Alors je suis devenu travailleur frontalier au Luxembourg ». Alison est auto-entrepreneuse dans le toilettage. Ils s’estiment pas trop mal dans l’échelle sociale mais voient bien qu’autour d’eux, leurs parents futurs retraités, leurs copains, « ça devient de plus en plus dur de joindre les deux bouts ». « L’essence augmente, mais aussi les péages, les timbres, les patates… Même acheter une fenêtre pour mieux isoler ta maison ça devient impossible ». Ils sont là « pour notre gosse, son avenir. Quel sera son avenir ? Les mômes sont à peine nés qu’ils sont déjà endettés ». Damien conclue : « les politiques sont déconnectés de la réalité. Ils ne savent même pas à combien est le Smic ».
Muriel, secrétaire, Rémi, pompier et Jean-Paul cheminot se connaissent depuis 5 minutes. Ils viennent de l’Essonne et de la Seine-et-Marne. Muriel a dû prendre un deuxième travail (vente à domicile) pour s’en sortir. Tous trois parlent de « ras le bol général. Dans nos campagnes, tout ferme : la poste, le centre des impôts. Tout se déshumanise, tout passe dans les mains du privé ». Pourquoi ne se sentent-ils pas représentés par « les corps intermédiaires » ? « Les syndicats ne nous écoutent pas. Les gouvernants non plus. Les politiques parlent un jargon pour qu’on ne comprenne pas. Mais on comprend très bien. Que je vote ou pas, ça change quoi ? Pourquoi n’y a-t-il pas la proportionnelle ? Pourquoi ne pas organiser davantage de référendum ? »
Sylvie et Philippe, deux jeunes retraités. Elle de l’enseignement. Lui de la fonction publique hospitalière. Philippe a pris sa retraite en mars 2017 et un nouveau travail en mars 2018. « Macron nous a trompés. Je m’en mords les doigts d’avoir voté pour lui. Il a réussi à faire voler en éclat tous les repères. C’est un président ultra-libéral qui roule uniquement pour les capitalistes » dit Philippe. Sylvie elle a voté « Marine », sans état d’âme. « Macron, je ne le sentais pas ». La surprise se lit sur le visage de Philippe. « Depuis 2002, dit-il, on nous demande de choisir entre la peste et le choléra. Et la gauche, à part les premiers mois du septennat de Mitterrand, elle nous trahit… »
Plus haut, arrêtés par un déploiement de CRS, Yves, Antoine et François sont en grande discussion. « Il faudrait repenser un nouveau contrat social. Je bosse 39 heures, raconte Yves. J’estime que je fais mon boulot. Il faudrait qu’on ait de quoi vivre dignement  sans avoir peur des fins des mois difficiles. Je ne cherche pas à être riche. Je n’ai pas des goûts de luxe. Je veux juste de quoi vivre décemment, me faire plaisir de temps en temps en m’offrant un petit resto et pouvoir partir un peu en vacances. Jusqu’ici,  on vivait mieux que nos parents et que nos grands-parents. Mais là, on recule au niveau social. Les gens sont de plus en plus dans la misère. Il y a de plus en plus de pauvres, de plus en plus de riches. Mais des gars comme Carlos Ghons, qu’est-ce qu’ils foutent de tout leur argent ? ça vire à l’horreur. Faire de l’argent à tout prix, au détriment de la planète… Il faut redistribuer l’argent, taxer le capital». Gérard, à la retraite, le reprend : « On va pas sortir du capitalisme… » « J’ai pas dit ça. Mais il y a eu un capitalisme créateur. Dorénavant, c’est un capitalisme de prédateurs ».
Antoine, étudiant, est venu de Lyon. « Je vis avec ma copine. Notre loyer s’élève à 700 euros. L’an dernier, on nous a baissé les APL. 30 euros, c’est une semaine de course au Lidel, un abonnement de transport! ». « Les gens en ont marre de Macron, de son arrogance. Il demande des efforts à tout le monde… sauf à ses proches. On a supprimé l’ISF. Pourquoi ? Pour qui ? ».

marie josée sirach

[ENQUÊTE SNES-FSU] #PasDeVagues 9 agents sur 10 concernés


#PasDeVagues : l’enquête du SNES-FSU pour comprendre et agir

Grâce à une enquête réalisée auprès de ses adhérents, le SNES-FSU a souhaité mettre des chiffres sur le phénomène #PasDeVagues. 9 répondants sur 10 affirment avoir déjà été confrontés à des situations d’incivilité ou de violence. Trois-quart d’entre eux jugent la réponse apportée par l’administration inadaptée.
Faits minimisés, affaire étouffée, reproches suite à un dépôt de plainte… Les témoignages recueillis par le SNES-FSU dans le cadre de son enquête #PasDeVagues expriment sans fard le malaise des enseignants, face aux phénomènes de violence vécus dans le cadre de leur métier.
Plus d’un mois après l’apparition du hashtag #PasDeVagues, le SNES-FSU a souhaité questionner ses adhérents, pour poser des chiffres sur cette lame de fond, qui a déferlé sur les réseaux sociaux suite à l’agression par un élève d’une enseignante du lycée Branly de Créteil.

>>>> Consultez les résultats détaillés de l’enquête <<<<

Comprendre et agir
Premier enseignement de l’enquête, qui a recueilli près de 600 réponses : 9 agents sur 10 ont été confrontés plusieurs fois à des situations d’incivilité ou de violence dans le cadre de leur activité professionnelle. 3 sur 10 affirment même avoir “souvent” subi ces situations.
S’ils sont également 9 sur 10 à avoir signalé les faits à leur administration, plus de 8 sur 10 jugent la réponse de leur hiérarchie inadaptée

Méthodologie de l’enquête #PasDeVagues : l’enquête a été réalisée par le SNES-FSU auprès de ses adhérents, via un questionnaire en ligne ouvert du 4 au 11 novembre 2018.

L’Education nationale confie la pédagogie à un colonel

Ingénieure en chef de l’armement avec grade de colonel, Rachel-Marie Pradeilles-Duval est nommée cheffe du service de l’instruction publique et de l’action pédagogique à la Dgesco, un poste occupé jusque là par Yves Cristofari. La nomination d’une militaire à un poste aussi stratégique à l’Education nationale est une première.

Le chef du service de l’action pédagogique porte à la Dgesco les réformes ministérielles. Numéro 2 de la Dgesco, il pilote les examens, dirige les écoles et établissements du socle commun et des lycées. Il dirige aussi la formation des enseignants.

C’est donc un poste hautement stratégique pour le ministre puisque concrètement c’est lui qui fait appliquer les réformes pédagogiques sur le terrain. JM Blanquer l’avait confié à un de ses fidèles , Yves Cristofari, un IPR conseiller de G de Robien, fait inspecteur général sous Darcos.

Evidemment ce qui frappe c’est le profil singulier de Rachel-Marie Pradeilles-Duval pour un poste de cette nature qui a toujours été occupé par une personne venue de l’Education nationale.

Car le parcours de RM Pradeilles-Duval a peu à voir avec la maison éducation. Auteure d’une thèse sur  » les micromécanismes et comportement macroscopique d’un élastomère fortement chargé » elle a longtemps travaillé dans la mécanique. « Pendant plusieurs années, j’ai travaillé sur les problèmes de compréhension de l’endommagement », explique-t-elle dans la revue de l’Ecole polytechnique. Son terrain d’action c’est alors la mécanique, plus précisément l’automobile et l’usure des boites de vitesse et des  pneus.

Sa découverte de l’enseignement se fait d’abord dans les écoles militaires puis à partir de 2012 au ministère de l’enseignement supérieur. En 2014 elle y est chargée de la stratégie des formations et de la vie étudiante. Jusqu’à ce qu’un arrêté publié au Journal officiel du 23 novembre la nomme cheffe de service de l’instruction publique et de l’action pédagogique.

On peut s’interroger sur le choix de JM Blanquer. Souhaite-il donner une coloration militaire à son action pédagogique ? Veut-il renforcer le lien lycée – supérieur au moment de la mise en place de la réforme du lycée ? Dans tous les cas, Rachel Marie Pradeilles Duval sera attendue sur ses décisions pédagogiques.

F Jarraud

L’arrêté

Article de La jaune et la rouge