Un G7 contre les inégalités : mon œil !

Les membres du G7 seront accueillis à l’Hôtel du Palais, refait à neuf pour l’occasion pour 60 millions d’euros. Ostentatoire ? PHOTO IROZ GAIZKA / AFP.

L’Humanité, 22 août 2019

Du 24 au 26 août, les chefs d’État des sept pays les plus riches du monde se réunissent à Biarritz sous le signe de la lutte contre les inégalités. Un thème qu’a aussi choisi le Medef pour son université d’été. Alors, les puissants seraient-ils devenus philanthropes? Pas si sûr… Explications.

Qu’on se le dise, les sept pays les plus riches du monde ont décidé de se mobiliser contre les inégalités… Car il s’agit bien de l’ordre du jour du sommet qui se tiendra du 24 au 26 août, à Biarritz, en France. Le site Internet de l’Élysée, qui présente cette réunion de chefs d’État et de gouvernement du G7, l’affirme haut et fort : « Les inégalités demeurent aujourd’hui intolérables. » « Présidente du G7, la France s’attaque aux racines du mal », clame l’Élysée, qui cite en exergue l’article 1 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » Emmanuel Macron affirme également avoir « remanié » l’organisation du sommet pour répondre à cet objectif, en invitant six pays d’Afrique, mais également des syndicats, des centres de recherche, des universités… et même un « conseil consultatif pour l’égalité femmes-hommes ». Enfin, l’Élysée annonce vouloir « sortir de la seule logique des communiqués finaux ». Continuer la lecture de Un G7 contre les inégalités : mon œil !

La gare SNCF de Moissac est-elle à vendre ? par Max Lagarrigue in DDM + petition

La SNCF propose près de 100 m2 à louer dans la gare de Moissac
La SNCF propose près de 100 m2 à louer dans la gare de Moissac ./ Photo DDM, Max Lagarrigue
l’essentiel En Tarn-et-Garonne, la gare SNCF de Moissac est-elle à vendre? L’annonce parue cet été dans un organe d’information spécialisée a suscité l’émoi de certains de nos lecteurs. Il s’agit en fait de la mise en location des locaux vides de la gare. Le service transport n’est pas affecté par ce dispositif assure-t-on du côté de la SNCF.

«Gare de Moissac, locaux disponibles, 93 m2, déposer un projet… », l’annonce parue cet été chez nos confrères de La Lettre du cheminot, spécialisés dans l’actualité ferroviaire, n’est pas passé inaperçu.

« Annonce étonnante tout de même : la gare à vendre… Carrément! », s’indigne Fabrice, un Moissagais qui a joué les lanceurs d’alerte. Il est vrai qu’au-dessus de l’avenue Pierre-Chabrié, le site paraît peu fréquenté avec cette voie ferrée face à la gare envahie par les herbes folles.

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Tribune: A qui profite la réforme des hôpitaux publics

En créant des hôpitaux de proximité, le ministère de la Santé abandonne l’idée de réguler la médecine libérale et fait la part belle aux cliniques privées, estime Jean-Paul Domin, spécialiste de l’économie de la santé.

Annoncé à grand renfort de communication en septembre dernier, le plan « Ma santé 2022 » a été présenté par Agnès Buzyn en Conseil des ministres le 13 février 2019, sous la forme d’un nouveau projet de loi « relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé ». On y retrouve pêle-mêle la suppression du numerus clausus dans les facultés de médecine, la mise en œuvre de la santé numérique et la labélisation des hôpitaux dits de proximité. La mise en place des hôpitaux de proximité constitue, à ne pas en douter, le nœud du projet de loi. Présenté à l’origine comme permettant de lutter contre les déserts médicaux, le texte abandonne néanmoins définitivement les mesures contraignantes à l’égard des médecins libéraux et accélère la fermeture des petits établissements. A qui donc profite cette réforme ?

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Régulation financière : le lobby bancaire veut profiter du Brexit pour changer totalement les règles du jeu

par Olivier Petitjean

Les géants bancaires cherchent à dicter, dans la plus grande opacité, les règles qui régiront les échanges entre Union européenne et Grande-Bretagne, après le Brexit. Le lobby financier veut notamment contrôler les futures décisions en matière de régulation financière, grâce à des procédés comme la coopération réglementaire ou les tribunaux d’arbitrage. Des mécanismes, mis au goût du jour lors les négociations sur les accords de libre-échange Tafta et Ceta, qui donneraient un pouvoir considérable aux multinationales européennes de la finance.

Qui va rafler la mise ? Les capitales européennes rivalisent pour attirer banquiers et gérants de fonds, en partance de la City londonienne, depuis le référendum sur le Brexit de 2016. BNP Paribas ou la Société générale soutiennent par principe la cause de Paris, et Deutsche Bank, celle de Francfort. Ils ont promis d’y relocaliser des dizaines d’emplois. Mais convoités de toutes parts, les géants de la finance jouent avant tout… pour leur propre compte. Ils ont surtout des intérêts communs avec les autres acteurs du secteur financier. Comme celui par exemple de négocier un accord de libre-échange post-Brexit, construit sur mesure pour le secteur de la finance. Continuer la lecture de Régulation financière : le lobby bancaire veut profiter du Brexit pour changer totalement les règles du jeu

Montauban. Les personnels des urgences en grève reprennent leurs actions in DDM

Les personnels des urgences grévistes ont organisé un pique-nique. /  Photo DDM, Manuel Massip
Les personnels des urgences grévistes ont organisé un pique-nique. / Photo DDM, Manuel Massip

L’été s’achève et les actions reprennent. Hier, les personnels des urgences et les brancardiers grévistes de l’hôpital de Montauban ont organisé un pique-nique devant les portes du service. «Il s’agit de rappeler le mouvement de grève, commencé le 3 juin, à la population», explique l’intersyndicale CGT – FO- CFDT. Aussi de préparer la réunion du mardi 27 août. La délégation départementale de l’Agence régionale de santé (ARS), la direction de l’hôpital, les représentants syndicaux et des personnels des urgences se réuniront pour discuter des perspectives en fonction du budget.

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Contre le G7 illégitime de Macron et des siens, pour le G195 des peuples et des nations !

Le G7 se réunit dans une ambiance de bunker à Biarritz du 24 au 26 août prochains. Le PCF dénonce un cadre illégitime à décider du destin de la planète. Le G7 réunit les fauteurs de guerre et d’austérité, les responsables de l’essor de la pauvreté et de l’absence de volonté de lutter contre le réchauffement climatique. Ce n’est ni chez les défenseurs du capitalisme financier et productiviste, ni chez les promoteurs des accords de libre-échange, ni chez les responsables de la fermeture des frontières contre les migrants, que les grands défis internationaux trouveront une solution dans l’intérêt des peuples.

Le PCF dénonce un cénacle obsolète et fermé qui ne représente même pas les plus grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui, sans la Chine, sans l’Inde, sans la Russie.
Les aménagements promis par la présidence française, promettant de lutter contre la pauvreté et de s’ouvrir à des États « associés », ne peuvent être que cosmétiques. La seule photographie est éloquente : d’Emmanuel Macron, le président des riches, à Donald Trump ; d’Angela Merkel, dont le gouvernement a donné le la des politiques austéritaires européennes, à Boris Johnson, qui représente ce que les conservateurs britanniques ont de plus droitier ; de Guiseppe Conte, chef d’un gouvernement en faillite mené de fait par l’extrême-droite, à Justin Trudeau, maître du greenwashing, et à Shinzo Abe, qui mène une politique ouvertement militariste, sans oublier Jean-Claude Junker et Donald Tusk, en fin de mandat et représentants des politiques européennes austéritaires et productivistes.

Le PCF dénonce une démonstration sécuritaire et répressive. La réunion du G7 est le prétexte à un déploiement policier et sécuritaire massif. Biarritz et une partie du pays basque français sont transformés en bunker.

Le PCF participe au contre-sommet d’Hendaye et d’Irun organisé par la plate-forme G7 EZ.
Marie-Pierre Vieu, membre de la direction du PCF, y sera présente. Nous appelons à participer à la manifestation à Hendaye samedi 24 août et à l’occupation pacifique de sept places du Pays-Basque le 25 août.

Les peuples n’ont pas besoin du G7. La crise climatique, sociale, économique, les risques de guerre, ne peuvent pas être solutionnés par ceux qui en sont responsables. On ne confie pas le camion du don du sang à Dracula !

L’heure est à une véritable initiative internationale portée par les peuples et les nations et consacrée aux urgences de la planète. C’est un véritable G195, sous l’égide de l’ONU, réunissant, à égalité, l’ensemble des membres de l’ONU auxquels il faut ajouter les peuples palestinien et sahraoui.

515 milliards de dividendes versés : une insulte à l’ensemble de la classe ouvrière

Un record historique, disent les médias de la classe dominante, et la France est le pays qui a été le plus généreux avec 51 milliards de verser aux actionnaires, les salariés eux ne peuvent pas en dire autant.

mardi 20 août

C’est d’ailleurs pour cette raisons que le versement a été aussi élevé puisque dans la logique capitaliste du profit maximum où la part des salaires versée aux travailleurs ainsi que les emplois est lui nettement en baisse. Puisque la masse des emplois pour créer des richesses doit être revu à chaque fois à la baisse pour pouvoir dégager des gains substantiels, sinon pas de profit ou très peu et donc pas de versement aux actionnaires. Ce que qualifient les capitaliste de crise avec des entreprises qui ne sont pas rentable autrement dit qui ne dégage pas assez de profit. Continuer la lecture de 515 milliards de dividendes versés : une insulte à l’ensemble de la classe ouvrière

La loi Blanquer appliquée dès la rentrée 

Après validation par le Conseil constitutionnel, la loi Blanquer a été promulguée le 28 juillet. De premiers décrets d’application, concernant l’aménagement de l’obligation d’assiduité en petite section de maternelle, les jardins d’enfants et le contrôle de l’instruction donnée dans les familles ont été publiés au Journal officiel. Tous vont dans le sens d’un contrôle vertical pour accélérer une « scolarisation » dès les premières années. Mais 25 articles de la loi Blanquer entrent en application à la rentrée. Et d’autres décrets vont suivre…

Saisi par des députés Les Républicains, le Conseil constitutionnel a validé les articles de la loi Blanquer sur l’indemnisation des communes devant prendre en charge le financement des maternelles privées. Le Conseil a annulé deux articles, le premier (article 33) sur l’information des familles sur l’« intérêt » et les « enjeux » des offres d’apprentissage des langues et cultures régionales et le second (article 53) sur le droit de prescription des médecins scolaires et sur les conditions dans lesquelles les infirmiers de l’éducation nationale peuvent administrer des médicaments aux élèves et étudiants. Le Conseil a estimé que ces articles, issus d’amendements, étaient sans lien avec le projet de loi initial.

L’essentiel de la loi est donc maintenu et 25 des 58 articles entrent en application dès la rentrée 2019. Cinq décrets d’application de la loi sont dores et déjà parus le 4 août.

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Faut-il toujours vouloir faire table rase ? in Regards.fr

Cent ans après la révolution soviétique, nous avons demandé à Paul Chemetov, fils d’immigré russe, architecte et urbaniste engagé, longtemps membre du Parti communiste, ce qu’il en retenait. Faut-il encore vouloir faire du passé table rase ? Ou faut-il renoncer à la rupture ?

La question posée par Regards entremêle des mots : rupture, passé, radicalité, innovation, changement, révolution enfin, tous chargés d’affects, qui laissent dans leur sillage une écume d’enthousiasmes et d’amertumes. Mais les mots donnent forme, quand ils sont partagés, au désordre du monde et il faut donc s’y affronter et briser leurs chaînes de signification pour en forger d’autres. Commençons.

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Rupture : tout d’abord celle d’un câble et voilà la montagne, la neige, les téléphériques et les victimes convoqués ; celle d’un barrage. Celle d’une histoire sentimentale qui s’achève. Rupture politique aussi, comme la stratégie théorisée dans le domaine de l’action judiciaire par feu Jacques Vergès : en fait, renverser la table, tirer un coup de pistolet dans un concert, imposer dans une action convenue les codes d’une autre pratique. La rupture en ce cas devient productive d’une autre logique, d’une autre vision du monde, elle révolutionne parce qu’elle retourne cul par-dessus tête l’ordre, la compréhension, l’usage. Continuer la lecture de Faut-il toujours vouloir faire table rase ? in Regards.fr

Ce qu’Anicet Le Pors pense de « La caste »

En charge de la fonction publique, Anicet Le Pors, qui fut l’un des quatre ministres communistes du gouvernement Mauroy, est l’auteur d’une réforme (ultérieurement sabordée) pour démocratiser l’ENA. Bon connaisseur de la haute fonction publique, il m’a écrit pour me faire ses observations sur mon livre La caste. Pour nourrir le débat citoyen, je lui ai demandé de pouvoir publier son courrier.

Écrivant ce livre sur La caste (Éditions La découverte), j’ai souhaité rencontrer de nombreuses personnalités qui pouvaient m’éclairer sur les mutations de la haute fonction publique. Et j’ai naturellement cherché à entrer en contact avec Anicet Le Pors. Détenteur d’un doctorat d’État en sciences économiques et figurant parmi les hauts fonctionnaires qui avaient participé à la création de la Direction de la prévision au milieu des années 1960, il disposait de souvenirs qui m’intéressaient, au plus haut point, sur la vie intellectuelle au ministère des finances, avant que la normalisation néolibérale ne fasse son œuvre et impose sa tyrannie intellectuelle.

Figurant parmi les quatre ministres communistes du deuxième et troisième gouvernement de Pierre Mauroy, de 1981 à 1984, avec le portefeuille de la fonction publique et des réformes administratives, il était aussi pour moi, à ce titre, un témoin précieux. D’abord par ce qu’il est l’un des meilleurs connaisseurs sur longue période des trois fonctions publiques, qu’il a cherché à unifier. Et puis aussi, parce qu’il a été à l’origine d’une tentative de démocratisation de l’École nationale d’administration (ENA), qui a débouché sur la création en 1983 d’une troisième voie d’accès, qui a été sabordée en 1990, et remplacée par un troisième concours, ce qui a totalement dénaturé le projet initial.

On trouvera donc trace dans mon livre de ma rencontre avec Anicet Le Pors, qui m’a été précieuse. Je me suis beaucoup inspiré de son récit pour raconter la vivacité intellectuelle qui régnait au ministère des finances dans les années 1960 – par contraste avec la tyrannie d’aujourd’hui, qui interdit toute pensée intellectuelle alternative. Et ses propos sur la démocratisation de l’ENA m’ont beaucoup intéressé, même si, dans ce livre, je défends une autre voie que la sienne, plus radicale, celle de la suppression de l’Inspection des finances et celle de l’ENA – une voie qui me semble la seule possible, compte tenu de la gravité de la crise que traverse aujourd’hui la haute fonction publique, et la nécrose actuellement à l’œuvre.

Pour toutes ces raisons, j’ai été heureux de recevoir, en ce début de semaine, une correspondance d’Anicet Le Pors qui, après avoir lu le livre, souhaitait me faire part de ses remarques et de ses critiques. Comme mon souhait le plus cher est que ce travail ait une utilité citoyenne et qu’il vienne nourrir les indispensables réflexions sur les différents contours que pourrait prendre une VIème République, je suis ravi qu’un tel débat prenne de l’ampleur. J’ai donc demandé à Anicet Le Pors l’autorisation de publier ce texte. Ce que je fais sans y ajouter le moindre commentaire – puis qu’après tout, j’ai longuement développé mon point de vue dans le livre. J’ai juste proposé à Anicet Le Pors que l’on puisse avoir une confrontation prochainement, pour débattre de nos positions respectives.

Voici donc la lettre que m’a adressée Anicet Le Pors :

« Cher Laurent Mauduit ,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre dernier ouvrage La Caste. La documentation réunie est impressionnante soulignant notamment le fait relativement nouveau par son ampleur : le rétro-pantouflage. J’ai apprécié l’analyse rigoureuse que vous avez conduite du macronisme. Bref, je suis très largement d’accord avec votre thèse et vos conclusions. C’est pourquoi je me permets quelques remarques.

J’ai été très sensible à votre référence à la Direction de la Prévision. Parce que c’était ma jeunesse et ma mutation météorologiste-économiste dans des conditions politiques très spéciales (montée en puissance du programme commun). Mais ce fut une référence assez exotique et fugace.

Anicet Le Pors Anicet Le Pors

C’est peut-être ma remarque critique principale : vous invoquez souvent la déontologie comme référence éthique. Cependant vous n’ignorez pas que la déontologie s’inscrit aujourd’hui dans le courant du ” droit souple ” (chartes éthiques, codes de bonne conduite …) en provenance des États Unis qui n’a pas de caractère normatif et constitue un accessoire de la généralisation du contrat contre la loi. En revanche ; vous ne dites rien du statut général des fonctionnaires dans ses versions fondatrice en 1946 et fédératrice en 1983. Je n’ai eu de cesse (voir mon blog) depuis 35 ans de le décliner sur la base de principes ancrés dans notre histoire (égalité avec l’art. 6 de la Déclaration des droits de 1789, indépendance avec la loi sur les officiers de 1834, responsabilité sur la base de l’article 15 de la DDHC que vous citez plusieurs fois à juste raison). Or le statut général est la référence législative majeure, même très dénaturé (225 modifications législatives en 30 ans) et il serait justement intéressant de montrer comment l’Inspection des Finances a pu s’affranchir de ces règles.

Dans le même esprit je suis un peu surpris, que vous ne disiez rien du Conseil d’État comme partie de la caste. Il y a pourtant quelques raisons (Pompidou, Balladur, Attali, Fabius, Wauquiez, Pécresse, Schrameck, etc …). Certes cela n’aurait pas la même signification que l’Inspection des Finances, mais participerait néanmoins de la conception de la caste et mériterait justement pour cette raison un analyse spécifique qui déboucherait sans doute sur un autre type de réflexion ; légitimité du contrôle de constitutionnalité, gouvernement des juges, théorie des apparences, hiérarchie des normes, droit européen, etc. C’est aussi un lieu (que je connais évidemment très bien) où ont toujours existé des ” esprits vigiles ”. J’y ai eu et y ai toujours des amis : Bernard Tricot ; Guy Braiban, Jean Kahn, Nicole Questiaux, Jacques Fournier, etc. Et des membres que j’estime, des républicains authentiques. Bref, pour vous, la matière d’un nouveau livre.

Il y a aussi quelque risque à juger des actes passés avec les yeux d’aujourd’hui. L’anecdote sur Maurice Thorez recevant et rassurant une délégation de l’Inspection des Finances ne fait pas de doute. Mais il faut la replacer dans son contexte. Maurice Thorez rencontrait alors beaucoup d’obstacles pour faire adopter le statut général des fonctionnaires qui sera acté par la loi du 19 octobre 1946, dernier texte de 147 articles voté en 4 heures à l’unanimité de la Constituante après un compromis passé in extremis avec Georges Bidault (voir mon article dans le Monde diplomatique du mois d’avril)  Il a eu parfaitement raison de se débarrasser des revendications de la délégation de l’Inspection des Finances en les rassurant, c’était alors un problème de second ordre et à sa place j’aurais fait la même chose. Dans le même esprit il était hors de question de supprimer l’ENA en1981. Je me suis fait retoquer la proposition de nommer Michel Combarnous, excellent juriste et républicain authentique, par Mitterrand qui m’a imposé Simon Nora (inspecteur des finances) alors que j’avais le soutien de Mauroy. Fallait-il démissionner alors que le nouveau statut était en gestation donnant la garantie d’emploi et d’autres garanties à 5, 4 millions de salariés aujourd’hui ? La 3° voie était le maximum d’audace que je pouvais me permettre : 30 énarque du 3° type seulement ont pu accéder à l’ENA entre 1983 et 1990 après avoir subi bien des humiliations.

Plus généralement, il y a aussi un risque a centrer la remise en ordre (la refondation) de la fonction publique sur la suppression de l’ENA, de l’Inspection des Finances et de Sciences Po. Vous en êtes conscient et vous avez des développements pertinents à ce sujet. Il reste que, comme vous le dites et comme l’expérience le confirme, il y a une forte dialectique entre l’ENA et la société et la seule suppression de l’ENA à situation sociale inchangée est impensable. Il en est de même de la mise en perspective d’une VI° République dont la seule évocation est une manière de ne pas traiter la question institutionnelle. L’histoire montre qu’il n’y a jamais eu en France de nouvelle République sans que soient réunies trois conditions : un certain consensus pour rejeter l’existant, un minimum de consensus sur le régime souhaité, un événement dramatique et sanglant. Aucune de ces conditions n’est aujourd’hui remplie. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’en occuper, de même que de cette question majeure que vous évoquez à travers les privatisations : la propriété publique. Nous n’en sommes pas là. Mais je pense que nos analyses convergent sur ce dont Emmanuel Macron est le nom (vous avez peut être vu le texte que Médiapart avait repris de mon blog le 5 mai 2017 expliquant pourquoi je votais blanc : ” Emmanuel Macron, cet homme est dangereux ”). Vos références historiques sont particulièrement bien venues.

Je pense que votre livre sera très lu dans La caste et en dehors d’elle et qu’il peut jouer un grand rôle dans la prise de conscience qui permettra à beaucoup d’y voir plus clair dans cette décomposition sociale.

Bien cordialement

Anicet Le Pors

(http://anicetlepors.blog.lemonde.fr) »