Tribune : Continuité pédagogique ou rupture d’égalité ?  + Pétition

L’enseignement à distance ne doit pas être la mise à distance de notre projet éducatifL’impérieuse et immédiate « continuité pédagogique » a été promulguée le 12 mars au soir, après des semaines de déni, sans préparation ni réflexion ni consultation. Nous mesurons peu à peu combien ce télé-enseignement fait écran à toute tentative de réflexion éthique et pédagogique, déjà parasitée pendant trois jours par des injonctions aussi médiatisées qu’anxiogènes et contradictoires. Pour le ministre Blanquer et sa chaîne de « commandement » administratif, l’urgence, c’était de mettre tout le monde au travail quels qu’en soient les risques. La « nation apprenante » se devait d’envoyer ses petits soldats sur le front de la bataille scolaire et pédagogique.

Combattre les inégalités, n’abandonner aucune famille sur les bas-côtés des autoroutes numériques, accueillir la vie et les angoisses liées à la mort dans le contexte de la pandémie ? Assurément, là n’étaient pas les préoccupations premières du ministre de l’éducation nationale.  Pourtant, l’accès à l’éducation, comme celui aux loisirs et à la culture, est un droit pour chaque enfant, chaque jeune.Pour nous, l’indispensable réponse sanitaire ne saurait autoriser toutes les dérives marchandes ni acter le renoncement, y compris en période de confinement, aux valeurs communes d’égalité et de fraternité de l’école publique.

Nous sommes prêts, disait le ministre.

Prêt•es… sur le plan informatique ? Le ministre aurait mieux fait d’annoncer une semaine de transition, le temps de pouvoir s’organiser avec les familles et de ne pas laisser nos élèves sans boussole dans la jungle des plateformes numériques. Mais non, l’important était de communiquer sans fin : tout était sous contrôle… Continuer la lecture de Tribune : Continuité pédagogique ou rupture d’égalité ?  + Pétition

Covid-19 : Le nouveau décret et l’accueil des enfants dans les écoles 

Un nouveau décret concernant les mesures prises à propos de la crise sanitaire est publié au JO. Il apporte très peu de changements. On notera qu’il mentionne pour l’accueil des enfants de soignants « un accueil est assuré par les établissements et services mentionnés aux 1° et 2° du I, dans des conditions de nature à prévenir le risque de propagation du virus, pour les enfants de moins de seize ans des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire ». Même si les mesures de précaution sont insuffisantes pour se protéger du virus, le nombre d’enfants à accueillir devrait augmenter. Lors du débat à l’Assemblée du 22 mars, la question de l’accueil des enfants des forces de l’ordre a été posée par le député Millienne. M. Pénicaud a répondu : « Nous prendrons, dans les heures et les jours qui viennent, des mesures qui produiront leur effet dans les semaines qui viennent ».

Un arrêté pourrait être pris le 25 mars. Il semble que des consignes soient déjà données en ce sens. Cette décision devrait augmenter sensiblement le nombre d’enfants à accueillir posant de façon accrue la question de la sécurité des enseignants au contact sans protection des enfants. Elle posera aussi la question des « volontaires » qui risquent en ces circonstances de ne plus être assez nombreux. Des pressions sont déjà exercées sur des enseignants. Le ministre n’a pas écarté la possibilité d’astreintes.

Le nouveau décret

Le débat à l’Assemblée

 

Par fjarraud , le mardi 24 mars 2020.

Sécurité sanitaire : Quand Blanquer dérape à nouveau  

Intervenant le 20 mars longuement sur BFM, le ministre de l’éducation nationale a pris le risque d’inviter les parents à venir chercher des documents pédagogiques en plein confinement. Il a également déclaré que les masques sont inutiles pour les enseignants qui accueillent des enfants de soignants. Ces déclarations sont suivies d’effets dans les académies où on fait parfois peu de cas de la santé des enseignants. Autre motif d’inquiétude : les déclarations contradictoires du ministre sur les congés d’été. La FSU saisit le premier ministre.

La sécurité des enseignants menacée

JM Blanquer a-t-il compris les consignes gouvernementales ? Amené à se contredire de façon répétée depuis le 12 mars, le ministre de l’éducation nationale a fait à nouveau peu de cas, le 20 mars sur BFM, des consignes de confinement données par le gouvernement.

Interrogé sur la sécurité sanitaire des professeurs qui accueillent des enfants de soignants, le ministre se dit « très attentif à ce que les conditions soient les meilleures possibles ».  Mais les précautions qu’il présente se limitent à du savon et de petits groupes d’élèves (10 au maximum). « Normalement ça doit permettre la distance nécessaire entre les élèves et le professeur », assure t-il. « Les autorités sanitaires disent que le masque n’est pas utile dans ces circonstances », ajoute –il. Continuer la lecture de Sécurité sanitaire : Quand Blanquer dérape à nouveau  

Disparition. Lucien Sève s’est éteint.

Le grand philosophe marxiste est décédé lundi du Coronavirus à l’âge de 93 ans. Il laisse derrière lui une œuvre intellectuelle considérable et trop méconnue. L’Humanité lui rendra hommage dans son édition du mardi 24 mars.  Redécouvrez le dernier entretien qu’il nous avait accordé en novembre dernier.

LE « COMMUNISME » EST MORT, VIVE LE COMMUNISME !

À l’occasion des trente ans de l’écroulement du mur de Berlin, le philosophe Lucien Sève, qui vient de publier le Communisme ? (La Dispute), revient sur l’expérience soviétique définitivement marquée par le stalinisme et évoque les « déjà-là de communisme » pour sortir du capitalisme mortifère.

L’écroulement du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, est présenté par les médias dominants comme « la mort du communisme ». Vous venez de publier le Communisme ?, où vous affirmez au contraire sa pleine actualité. Comment comprendre alors ce qui s’est produit au XX e siècle ? Continuer la lecture de Disparition. Lucien Sève s’est éteint.

La continuité pédagogique dans la tourmente in Caf. Péda. 

Comment font les professeur.es de français pour assurer la « continuité pédagogique » ? Si les outils varient, les témoignages concordent, d’une académie à l’autre, au collège ou au lycée : engagement fort, pragmatisme, adaptabilité, inventivité, surcharge de travail pour les enseignant•es et potentiellement les élèves, difficultés d’utilisation des dispositifs institutionnels, problèmes pour joindre toutes les familles, peur de creuser une fracture scolaire et sociale, difficile porosité vie professionnelle / vie privée, exaspération face à certaines consignes ou propos de la hiérarchie, solidarités nouvelles, bonheurs pédagogiques inédits…  Peut-on se transformer du jour au lendemain en experts de l’e-learning ? Enseigner à distance avec le numérique, cela s’apprend : choix et maitrise des outils, élaboration des scénarios, réinvention de la relation avec les élèves, gestion de la temporalité … Cela est en train de s’apprendre. Et cela s’apprend parfois des élèves eux-mêmes…

Agnès : Les élèves me forment

 « Dès le samedi 14 mars, une classe de 2nde m’a contactée pour me proposer qu’on travaille à partir du serveur Discord. Ielles avaient organisé en moins de 24 heures des espaces pour toutes les disciplines, invité tout le monde…J’ai posé d’emblée que je n’y connaissais rien, n’avais jamais entendu parler de Discord, n’étais ni sur facebook, twitter ou instagram, en un mot que j’étais d’une « ignorance extrême », mais que je ne demandais qu’à apprendre. Ielles m’ont guidée avec beaucoup de patience et de pédagogie bienveillante (genre « Allez madame, on croit en vous, vous allez y arriver ») dans un monde virtuel de salons textuels et vocaux étranger par son langage et ses codes, mais j’apprends la langue. Continuer la lecture de La continuité pédagogique dans la tourmente in Caf. Péda. 

Municipales : regards sur une photographie électorale bien floue par Roger Martelli

Le coronavirus prospère et la France est confinée. Il y a cinq jours – un siècle –, le premier tour des municipales s’est tenu et ses résultats ont été entérinés. Fallait-il ou non maintenir l’élection ? On se contentera ici de scruter les chiffres. Première analyse globale d’une consultation que l’on prendra comme une simple photographie.

L’abstention

La pandémie a portée l’abstention à des niveaux inégalés pour ce type d’élection. L’abstention de 2020 surpasse de 20 points celle de 2014. Elle est supérieure à la moyenne nationale dans 6000 communes. La moitié de ces communes les plus abstentionnistes se concentre dans 22 départements. Le zones les plus touchées sont le Nord, l’Est alsacien et lorrain, la zone rhodanienne et alpine, la Normandie, le littoral atlantique et la périphérie francilienne.

Le tableau ci-dessus indique, par département, le nombre de communes où l’abstention est supérieure à la moyenne nationale. La colonne de droite indique, pour chaque département, la part de ces communes par rapport au total des 6 000 communes plus abstentionnistes que la moyenne. Les données se lisent donc ainsi : dans le département de Seine-et-Marne, 201 communes se sont abstenues plus que la moyenne nationale ; elles représentent 3,3 % des 6001 communes qui sont dans le même cas.

Dans 550 communes, le pourcentage d’abstentions est supérieur à 80%. Le tableau ci-dessous indique les villes de plus de 30.000 habitants qui se trouvent dans ce cas.

L’abstention croît avec la taille des communes, de manière plus sensible qu’en 2014.

L’écart de participation entre les grandes villes et les petites communes (25% environ) reflète l’importance du risque épidémique, perçu plus fortement en zone de forte concentration urbaine. À la fin janvier 2020, des sondages situaient l’abstention dans une fourchette allant d’un quart à un tiers des personnes interrogées. Les estimations précédant immédiatement le vote (Ipsos) suggéraient une hausse substantielle, confirmée le 15 mars. Si l’écart entre 2014 et 2017 se situe nationalement à 17,4%, il monte à 22,9% dans les villes de 30.000 à 100.000 habitants et même à 26% dans les plus grandes villes.

Les autres indicateurs de l’abstention sont moins significatifs. Le sondage Ipsos réalisé à la veille du scrutin laissait entrevoir l’image d’une abstention à peu près également répartie dans les différents groupes sociaux et les électorats. Les seuls éléments discriminants restant celui de l’âge et du niveau de revenus, les plus jeunes et les plus pauvres affirmant une propension au vote nettement moindre (30% dans les deux cas).

La distribution des votes

Les données générales disponibles sur le site du ministère de l’Intérieur ne donnent d’indication d’orientation de vote que pour les communes de plus de 3500 habitants (un peu plus de 3000). Pour les autres s’appliquent la règle de l’indétermination des étiquettes [1].

Si l’on prend en compte les données officielles, elles donnent les chiffres globaux suivants :

Dans les totalisations officielles, le nombre des étiquettes non attribuées, des « divers », « divers gauche » et « divers droite » oscille entre la moitié (en 2014) et les deux tiers (en 2020). Pour rendre l’analyse plus lisible, on propose ci-dessous un tableau fictif, en ne retenant que les listes renvoyant à une étiquettes politiques précise. Sur cette base, on a calculé le pourcentage de chacune de ces listes par rapport au total obtenu. On dispose ainsi, non d’un pourcentage réel, mais d’une image approximative des équilibres entre les forces installées.

De nombreuses listes dirigées par des responsables de LREM se trouvent classées dans la rubrique Union du centre, comme c’est le cas à Paris et à Lyon.

Les grandes données du scrutin ont été commentées depuis. Dans des élections que l’on annonçait plus que jamais déterminées avant tout par des enjeux locaux, la prime aux équipes sortantes a fonctionné largement, quelle que soit l’étiquette du maire, surtout dans les communes de taille modeste. Au total, 30.000 communes ont été dotées d’un conseil municipal complet à l’issue du premier tour.

La séquence électorale de 2017 laissait augurer d’une percée de la République en Marche, de la France insoumise et du Rassemblement national, les deux premiers au cœur de la France métropolitaine, le troisième dans les zones plus périphériques où il avait été dominant lors de la présidentielle (au second tour de 2017, Marine Le Pen était en tête dans un peu plus de 9000 communes).

L’ensemble des tableaux, réels ou fictifs, confirme que les « Marcheurs » ont enregistré le camouflet qui leur était promis. Seule ou en alliance, LREM ne s’impose nulle part. Elle est distancée nettement à Paris, balayée à Lyon, surclassée à Marseille ou à Nantes. Sur l’ensemble des villes de plus de 100.000 habitants, le total des listes LREM ou Union du centre n’atteint pas les 9% ! L’électorat macronien de gauche de 2017 s’est éloigné au fil des mois, le discrédit de l’exécutif a entravé toute possibilité de conquête ou de consolidation locale. Quant à l’inflexion à droite du septennat, elle a surtout stimulé… la droite.

Le parti de Marine Le Pen a consolidé ses acquis, mais n’a pas réussi à convertir en implantation locale la dynamique frontiste de la séquence 2017-2020. Elle conforte certes sa présence dans le Midi, le Nord et l’Est, peut remporter Perpignan. Mais elle n’est en tête que dans une poignée de communes de plus de 1000 habitants. Elle ne s’impose ni à Aubagne, ni à Sète, ni à Givors. Une part non négligeable voit dans le RN une formation comme les autres, s’habitue à l’idée qu’elle pourrait très bien arriver au pouvoir. Mais tous ne sont pas prêts pour autant à envisager de confier les clefs de leur ville à un maire frontiste.

Quant à la France insoumise, elle a manifestement pâti de deux données entremêlées. La séquence 2018-2019 a terni l’image d’un Jean-Luc Mélenchon 2017 qui était apparu en 2017 comme le candidat le plus à gauche et le plus crédible. Un discours « populiste » clivant et l’image désastreuse de la perquisition ont altéré dès avant 2020 la dynamique vertueuse de 2017 et le flou des stratégies municipales de cette année n’ont pas arrangé les choses. En second lieu, la FI n’a pas réussi le pari, annoncé dès l’été 2017, de passer du statut de force portée par un enjeu électoral présidentiel à une organisation rassembleuse ancrée dans un territoire. Elle a renoncé la plupart du temps à constituer des listes sous sa tutelle. Dans les grandes villes, là où des listes étaient associées directement à la FI, leur résultat reste modeste, ne passant la barre des 10% qu’à Saint-Denis (18%), Clermont-Ferrand (12,3%) et le 20e arrondissement de Paris (10,4%). Entre 2017 et aujourd’hui, la FI avait peu à peu réduit ses ambitions : le résultat du premier tour confirme que, dans l’immédiat tout au moins, la dynamique n’est plus celle de la présidentielle. L’organisation de J.-L. Mélenchon n’est pas parvenue à se substituer à l’expérience pratique et politique qui fut celle du Parti communiste et de sa sociabilité. Le duel PC-Mélenchon s’était traduit par la victoire écrasante du second en 2017 ; celui de 2020 est sans conteste possible en faveur du PC.

Où en est la gauche ?

L’importance des listes non étiquetées réduit le total de la gauche et de la droite (64% en 2020 contre 90% en 2014). L’écart entre les deux a peu bougé entre 2014 et 2020 (13,4% en 2020, 12,5% en 2014). Mais en proportion, les positions de la gauche se sont affaiblies : en 2014, le score de la gauche équivalait à trois quarts de celui de la droite ; en 2020, il n’est plus que des deux tiers.

Ce n’est que dans la tranche des plus de 100.000 habitants, que la gauche parvient presqu’à rattraper la droite, grâce à la bonne tenue du PS, à l’échec de la REM et, surtout, grâce à la percée des écologistes. Ceux-ci réunissent en effet 10% des suffrages sur les listes qu’ils dirigent, ce qui les situe au quatrième rang général, et au premier rang des forces étiquetées en tant que telles. D’une certaine façon, les Verts profitent à la fois de l’union… et de la désunion de la gauche.

Le rapport des forces à gauche s’est ainsi modifié tout au moins dans ce type d’élection. L’appellation « divers gauche » garde certes sa prépondérance classique, surtout dans les communes de taille modeste, et l’union de la gauche continue de regrouper entre un cinquième et un quart des suffrages qui se portent sur la gauche. Mais, en l’absence de dynamique pleinement unitaire, ce sont les Verts qui tirent le plus grand bénéfice de ce premier tour hors-normes.

Le tableau ci-dessous reprend les données générales, mais en mesure les effets sur l’équilibre général de la gauche. Il se lit de la manière suivante : en 2020, dans les communes de plus de 100.000 habitants, les « divers gauche » ont recueilli 15,4%, ce qui représente 33,2% des suffrages de la gauche.

La gauche dans son ensemble a tiré parti de l’implantation persistante des socialistes dans les tissus locaux et de la dynamique d’un courant écologiste qui, dans la dernière période, a été porté plutôt par la logique de Yannick Jadot. Dans l’immédiat en tout cas, le flanc gauche de la gauche ne se porte pas aussi bien qu’en avril 2017.

Un PCF qui s’en sort plutôt bien

Les élections municipales de 2014 avaient été pour le PCF les plus amères depuis les années 1980. L’avantage annoncé des équipes sortantes, les déboires de l’exécutif et le tassement de la France insoumise laissaient entrevoir une consultation plus favorable. Pour l’instant, le PC semble en passe de réussir son pari.

Sur les 270 communes de plus de 1000 habitants qui étaient administrées par un maire communiste ou apparenté après 2014, 201 ont été regagnées dès le premier tour (dont 69 l’ont été sans liste concurrente face à l’équipe sortante) et 17 seulement n’auront plus de maire PC. Les communistes étaient annoncés battus dans certains fiefs, comme à Ivry : le premier tour a démenti ce pronostic. À Montreuil, Patrice Bessac est réélu brillamment alors qu’il n’avait récolté que 18% au premier tour de l’élection de 2014. Le parti est en position favorable à Bobigny, à Noisy-le-Sec et, surtout, il est en pole position au Havre que la droite lui avait ravi en 1995.

Il est vrai que tout n’est pas pour le mieux. Le PC est devancé par la droite à Aubervilliers, Champigny, Choisy, Villeneuve-Saint-Georges, Valenton, Aubière, Seclin, Firminy, Fontaine et Arles. Il est dans une situation difficile dans une bonne vingtaine de communes. Plus grave, les situations les plus délicates sont concentrées dans la région parisienne, à l’image d’Aubervilliers ou de Saint-Denis.

Mais globalement, les communistes auront montré que si leur influence nationale reste dans ses basses eaux, la force militante localisée et l’expérience municipale constituent un atout dans une phase d’incertitude et de crise. Restera à trouver, tout à la fois, la formule de rassemblement populaire à gauche la plus efficace et la figure moderne de ce qui fut le « communisme municipal », que la vie n’a pas annihilé, mais qu’elle a estompé.

Le sursaut toujours nécessaire

Il est vrai que la remarque ne vaut pas pour les seuls communistes. Le premier tour de cette élection, dans un contexte inédit, n’a pas infirmé les tendances des scrutins précédents. Le surcroît d’abstentions dû à la pandémie ne doit pas faire oublier que la poussée abstentionniste est une tendance majeure qui montre le décalage entre la politique instituée et les attentes d’individus qui se sentent de moins en moins citoyens reconnus. Or ce phénomène est loin d’être nouveau : en 2001 déjà, le cap des 50% d’abstentions était franchi largement à Lille, La Courneuve, Bobigny, Saint-Denis, Gennevilliers ou Vitry. Les listes gagnantes avaient recueilli des scores représentant moins de 10% de la population à Saint-Denis ou à la Courneuve, contre plus de 20% à Neuilly.

Le choc pandémique ne peut être l’arbre qui cache la forêt. De ce point de vue, il faudra encore et toujours réfléchir aux voies d’une novation. La dynamique dite « citoyenne » qui s’exprime désormais, de façon diffuse ou spectaculaire, à certes bousculé le jeu politique et perturbé le ronron partisan trop classique. Mais les listes citoyennes « vraies » et les effets politiques de l’impulsion politique des Gilets jaunes n’ont pas fondamentalement changé la donne, sinon dans quelques cas locaux.
Enfin, les élections municipales, malgré le succès des équipes sortantes, n’a pas annulé l’image d’un éclatement renforcé du paysage politique français. Dans un contexte localisé, des formes éprouvées de rassemblement partisan ou « citoyen » peuvent certes pallier cet éparpillement. Mais il reste préoccupant à l’échelle de la politique nationale. Les adeptes de la REM ont certes mordu la poussière un dimanche d’élections locales et le RN n’a pas obtenu les triomphes escomptés.

Mais le face-à-face du libéralisme autoritaire et de l’illibéralisme de fermeture n’a pas cessé pour autant de structurer les opinions raisonnantes et les émotions. La crise exceptionnelle que nous vivons risque au contraire de le renforcer. Toute relance bien à gauche impliquera le projet d’une autre dynamique humaine, sobre et solidaire, qui n’oppose pas le souci de la protection et l’esprit de l’ouverture et du partage.

 

Roger Martelli

Notes

[1En fait, cette règle ne modifie qu’à la marge la distribution des forces : en 2014, par exemple, le total des « divers gauche » et des « divers droite » s’élevait à un peu plus de 40% des suffrages exprimés.

Alain Bouvier : Avec le Covid-19, la privatisation de l’éducation ? 

L’École pourra t-elle rester comme avant après le Covid-19 ? Auteur d’un article précurseur au moment de la pandémie du H1N1 en 2009, Alain Bouvier, ancien membre du HCE, rédacteur en chef de la Revue internationale d’éducation de Sèvres, analyse les effets que pourrait avoir le Covid-19 sur l’École. Pour lui, c’est la fin de l’éducation nationale uniforme et un grand pas vers la privatisation.

En 2009, alors qu’on voyait arriver l’épidémie de H1N1 vous aviez annoncé une « décentralisation intégrale » de l’éducation en France. Finalement la pandémie n’a pas répondu aux craintes des contemporains. En 2020, le Covid-19 a déjà réussi à faire fermer toutes les écoles et établissements scolaires. La crise s’annonce durable. Que va-t-elle  changer dans l’École ?

Pour la première fois dans l’histoire de l’École, elle va placer les parents, les élèves, les enseignants et tous ceux qui contribuent à l’éducation dans une situation où tout ne se joue pas en classe mais dans un espace ouvert indéfini. Les aides à apporter aux élèves pour leur éducation vont venir de différentes sources et leur coordination sera totalement individualisée. Les parents feront appel à des acteurs différents pour chaque enfant. On est dans une situation totalement neuve pour laquelle on n’est pas préparés.

C’est l’éclatement de l’École ?

La partie formelle de l’École qui reste entre les mains des enseignants est très réduite. Les différences entre les élèves vont devenir considérables selon leur origine. Ceux qui auront un environnement attentif et encourageant seront bien plus favorisés que ceux dont les parents ne croient pas à l’école ou n’ont pas les moyens d’aider leurs enfants.

Continuer la lecture de Alain Bouvier : Avec le Covid-19, la privatisation de l’éducation ? 

Le PCF gagne 225 communes de plus de 1000 habitant.e.s et est encore en lice dans 112 scrutins

Municipales 2020 – Premiers éléments d’analyse pour le PCF sur les communes de plus de 3 500 habitants

Le premier tour des élections municipales 2020 s’est déroulé dans les circonstances exceptionnelles que l’on connaît. Les derniers jours de campagne, c’est-à-dire le moment où une part de plus en plus importante d’électrices et électeurs arrêtent leur choix, ont été fortement perturbés.

La participation a connu une baisse et un niveau inédit depuis 1945 en passant de 63,55 % à 46,5 % en France métropolitaine : 79% des abstentionnistes se déclarant inquiets du Covid-19 (1) contre 69 % pour les votants. Cette crainte du virus a affecté plus l’électorat de gauche (79 %), que les électorats LREM (73 %), de droite (76 %) et du RN (71 %). Elle a été nettement moins forte en zone rurale (68 %) qu’en zone urbaine (76 %), chez les 18-25 ans (68 %) que chez les plus de 65 ans (78 %). Si le virus, avec d’autres événements nationaux et internationaux : réforme des retraites, mouvement des Gilets jaunes, crise climatique, a dû donc avoir un impact certain sur les élections municipales dans l’immense majorité des communes, il n’en a pas pour autant faussé fondamentalement les résultats.

Dans les 3 074 communes, arrondissements, secteurs de plus de 3 500 habitants en France métropolitaine, soit 42,7 millions d’habitants, 375 listes avaient une tête de liste investie par le PCF, ce qui représente 7,2 millions d’habitants. Par ailleurs, toujours sur les communes de plus de 3 500 habitants, le PCF avait des candidats dans plus de 800 listes de gauche, écologiques et citoyennes. Avant le scrutin, il y avait sur ces communes de plus de 3 500 habitants 145 maires communistes ou apparentés ou membres de l’Association nationale des élu·e·s communistes et républicains administrant une population de 2,4 millions d’habitants.

Sur ces 145 communes, 101 ont réélu une mairie communiste ou apparenté (1 368 832 habitants) ou apparenté, 39 sont dans un ballottage de 2e tour (998 191 habitants) et 5 ont été perdues (31 756 habitants). Sur les autres communes de plus 3 500 habitants où il y avait une tête de liste communiste ou investie par le PCF, 11 communes (60 486 habitants) ont été gagnées et dans 73 communes où nous faisons plus de 10 % nous sommes en position de maintenir nos listes ou de fusionner avec d’autres. Nous sommes donc, avant le 2e tour qui devrait se dérouler au mois de juin, sur un solde positif de communes ayant à leur tête une mairie communiste ou apparenté. Par ailleurs sur la strate des communes de 1 000 à 3 500 habitants, 113 villes ont réélu une municipalité communiste ou apparenté.

Si ces résultats, malgré des inégalités et quelques déceptions ou revers, sont plutôt dans l’ensemble encourageants pour les communistes en cette année du centenaire, il convient dès que la situation sanitaire le permettra de préparer activement les 2e tours dans les 112 villes de plus de 3 500 habitants et dans les communes de taille inférieure où d’une manière ou d’une autre nous serons présents. Aucune des voix qui se sont portées sur nos listes ne tiennent du hasard, elles sont le fruit du travail militant, du rayonnement, de la volonté de rassemblement des dizaines de milliers de militant·e·s et d’élu·e·s communistes. C’est pourquoi, de la section au Conseil national nous devons aussi, dans les jours qui viennent, travailler à analyser en profondeur ce qui s’est passé lors de ce 1er tour, ce qui a marché et ce qui n’a pas marché dans nos campagnes,..

Nous avons beaucoup appris lors de cette campagne très particulière et cet apprentissage est porteur d’avenir pour notre parti et les idéaux dont il est porteur.

Yann Le Pollotec et Pierre Lacaze, secteur Élections

Bruno Canard, le chercheur qui avait alerté en 2015 sur le risque de Coronavirus, dénonce le désengagement dans la recherche

Depuis 2003, Bruno Canard, chercheur à Aix-Marseille, travaille sur les coronavirus. Il dénonce le désengagement européen et français dans le secteur des sciences.

Lorsqu’il relit les lettres d’intention qu’il avait adressées en 2015 à la Commission européenne avec ses collègues belges et hollandais, Bruno Canard en a les poils qui se hérissent. Le directeur de recherche CNRS à Aix-Marseille, spécialiste des coronavirus, y expliquait qu’il existait neuf familles de virus pour lesquelles une émergence était possible. « Le premier sur la liste était le flavivirus, explique-t-il. Le second, le coronavirus. Un an plus tard, apparaissait Zika, un flavivirus. Et aujourd’hui, le ­Covid-19, un coronavirus ! » La Commission européenne ne donnera jamais de réponse. Aujourd’hui, l’Europe met 10 millions d’euros sur la table. « Ridicule », rétorque Bruno Canard. « Dans l’urgence, nous devons rédiger des programmes jour et nuit. Monter des projets en un temps record. Au bout de deux ou trois ans, le virus aura disparu et on n’en parlera plus. »

Il faudra tirer les conséquences de cette épidémie

Le chercheur sait de quoi il parle. En 2002, avec l’apparition du Sars-CoV, un virus qui provoque une maladie infectieuse des poumons, l’Union européenne décide de lancer plusieurs programmes afin de ne pas être prise au dépourvu en cas de nouvelles émergences. Dès 2004, l’équipe de Bruno Canard, grâce à des réseaux collaboratifs européens, affiche des résultats prometteurs. « Nous avions eu cette idée qui s’est révélée fructueuse : les virus ont une capacité énorme à être différents, variés, avec de larges familles. Nous les avons donc étudiés tous en même temps, afin d’en avoir un modèle type qui nous permettrait, en cas de menace d’un virus inconnu, d’en trouver un proche, d’où nous pourrions extraire des données scientifiques. » Mais dès 2006, l’intérêt des politiques pour le Sars-CoV avait disparu. La crise financière de 2008 accélère le désengagement de l’Europe et de la France pour la recherche. Résultat : des stratégies de recherche fondamentale sont mises de côté ou perdent leurs crédits.

Pourtant, explique Bruno Canard, « l’émergence des virus va être de plus en plus rapide, du fait du changement climatique, de la perte de la biodiversité, de la déforestation ».

Si cette recherche fondamentale n’avait pas été maltraitée, mais au contraire poursuivie de manière assidue, la science aurait eu la capacité de développer un médicament pan-corona, actif contre n’importe quel nouveau coronavirus qui apparaîtrait, assure le chercheur. Il dissipe au passage la confusion qui règne entre un vaccin et un médicament. « Un vaccin demande au mieux 18 mois de recherches. Et pour des virus non prévisibles, qui changent, il n’est pas adapté. Mieux vaut faire des médicaments qui ont un large spectre dans une famille virale. Cela peut nécessiter 5 ans, parfois 10. D’où l’importance de l’anticipation scientifique. » Aujourd’hui, dit-il, l’heure n’est pas à la polémique. « Il y a un devoir impératif d’écouter ce que nous dit le gouvernement. » Mais il faudra tirer les conséquences de cette épidémie. « Si seulement un peu de crédit impôt recherche pouvait être reversé pour irriguer la recherche, ça serait un bol d’air énorme. Et surtout productif. »

Nadège Dubessay

L’humanité survivra. Badia Benjelloun

L’humanité survivra à cette pandémie.

Avec plus ou moins de retard, les autorités politiques ont compris la nécessité d’imposer aux populations la fermeture des frontières et le confinement. A défaut de traitements  efficaces et sans innocuité et de vaccin préventif, limiter la dissémination trop rapide de la virose par cette technique médico-sociale  de la quarantaine dont on trouve les traces dans les écrits d’ Avicenne, permettra une immunisation progressive en évitant des pics de morbidité et de létalité inacceptables politiquement.

Il est probable que le réchauffement des températures extérieures dans l’hémisphère Nord contribuera à éteindre sa progression. Des centaines de molécules sont actuellement éprouvées et nul doute que grâce à la mobilisation parfois collaborative de nombreux groupes scientifiques dans le monde, un traitement médicamenteux sera rapidement appliqué aux personnes faisant la maladie. Continuer la lecture de L’humanité survivra. Badia Benjelloun