Municipales de Moissac : jour de marché

Alors que d’autres s’agitent dans le landernau politique local pour tenter d’exister à défaut d’avoir des idées pour Moissac, TEMS poursuit son chemin et se déploie chaque jour un peu plus pour porter un vent de démocratie.

C’est bien cette jouvence politique élaborée par un collectif citoyen enthousiaste et fort de sa diversité qui donne du sens au vivre ensemble, à la solidarité et à un projet participatif soucieux des enjeux écologiques, sociaux et politiques.

Les communistes ne s’y trompent pas, ils accompagnent du mieux qu’ils peuvent cette liste synonyme d’espoir qui relègue au musée des souvenirs certaines pratiques politiques.

Maximilien Reynès-Dupleix

Montauban : 34 chefs de service donnent leur démission administrative pour sauver l’hôpital public

A cran, ces chefs de service de l'hôpital de Montauban ont mis leur menace de démission à exécution ce mardi matin. / © L.Boffet/FTV
A cran, ces chefs de service de l’hôpital de Montauban ont mis leur menace de démission à exécution ce mardi matin. / © L.Boffet/FTV

« L’hôpital public est à terre« , avaient prévenu les chefs de service de l’hôpital de Montauban à l’instar d’un millier de leurs collègues en France. 34 d’entre eux ont dsémissionné ce mardi matin de leurs fonctions administratives car ils estiment ne pas avoir été entendus du gouvernement. Ils ont menacé de démissionner de leurs fonctions administratives le 14 janvier si le gouvernement n’entendait pas leur voix. Ce mardi matin, c’est chose faite. Ils sont 34 chefs de service et d’unité de l’hôpital public de Montauban à avoir signé collectivement la lettre de démission remise à la direction.

Hôpital de Montauban : 27 médecins menacent de démissionner collectivement de leurs fonctions administratives 

« L’hôpital est au bord de l’effondrement« , tel est le cri d’alarme qu’ont lancé ces médecins à la mi-janvier, comme environ 1.000 autres spécialistes hospitaliers au plan national. Ils pensaient être entendus d’Agnès Buzyn, la ministre de la santé.   « Il y a eu 2 heures de discussion avec la ministre pour tourner en rond« , affirme la neurologue Ségolène Billot.  Continuer la lecture de Montauban : 34 chefs de service donnent leur démission administrative pour sauver l’hôpital public

Retraites des enseignants : une grosse erreur dans le projet de loi (#foutagedeg….)

Le gouvernement a révélé vendredi 24 janvier le texte du projet de loi de la réforme des retraites. L’étude d’impact annexée au texte est très critiquée par les professeurs.

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Le gouvernement a annoncé des revalorisations salariales, afin que les pensions de retraite des enseignants ne baissent pas dans le cadre du système universel à points. | STOCK.ADOBE.COM

Le texte du projet de loi de la réforme des retraites a été révélé vendredi 31 janvier par le gouvernement. En annexe du projet de loi figure une étude d’impact de 1 029 pages, qui doit éclairer les députés sur les conséquences potentielles d’une loi. C’est une exigence constitutionnelle. Sauf que la publication de cas types concernant les fonctionnaires fait réagir – à juste titre – car une erreur manifeste y figure.

Secrétaire administratif B, adjoint administratif C, professeur des écoles… Pour plusieurs métiers, le ministère indique les pertes ou les gains sur leur pension mensuelle à l’âge de 65 ans. Or, une grossière erreur figure dans le document gouvernemental : les pensions des fonctionnaires sont indiquées en net, alors qu’il s’agit de montants bruts.

Page extraite de l’étude d’impact du projet de loi de réforme des retraites. Pour tous les cas types de fonctionnaires, une erreur y figure : les montants de pension indiqués sont en brut (alors que la légende indique qu’ils sont en net). | EXTRAIT DE L’ÉTUDE D’IMPACT PUBLIÉE PAR LE GOUVERNEMENT

Ainsi, il est indiqué qu’un professeur des écoles né en 1980, ayant commencé à travailler à 22 ans et ayant fait toute sa carrière dans la fonction publique, gagnerait une pension de 2 955 € dans le régime actuel en partant à 65 ans et 2 856 € dans le système universel (avant la revalorisation salariale promise). Des chiffres erronés qui ont fait bondir – à juste titre – plusieurs de nos lecteurs. Si on applique une baisse de 20 % pour arriver approximativement au montant net, la pension de ce même enseignant atteindrait donc 2 364 € dans le régime actuel, et 2 284 € dans le régime universel.

Voici six cas types indiquant le montant brut mensuel des pensions de fonctionnaires, avec le régime actuel et avec le régime universel à points. | INFOGRAPHIE OUEST-FRANCE

Projections « farfelues »

Par ailleurs, « ces cas type ne reflètent pas la réalité, c’est artificiel, ça ne rime à rien, peste Jean-Rémi Girard, du syndicat Snalc. Les quatre cas types présentés par le gouvernement sont des professeurs qui n’existent pas ou très peu. » Avec le niveau master exigé (bac + 5) et le difficile concours à décrocher, devenir enseignant à 22 ans est très rare.

« Il existe aussi des enseignants qui exerçaient un autre métier avant, des temps partiels [NDLR. : surtout chez les femmes, très nombreuses dans ce métier], des profs en mobilité, souligne Eric Charbonnier, analyste de l’éducation à l’OCDE. Et pour le cas type du prof des écoles, il est intégré une prime de 8 %, cela ne veut pas dire que tous les enseignants la touchent, loin de là… »

Les situations peuvent être très différentes d’un enseignant à l’autre, en fonction de son statut, de son niveau d’éducation, de ses primes (directeur et directrice d’école, professeur et professeure principaux, réseau éducation prioritaire…). Pour Eric Charbonnier, le gouvernement « aurait dû jouer la prudence et indiquer plutôt des fourchettes de pensions ».

Par ailleurs, il est précisé que ces calculs se font sur la base d’un point d’indice qui évolue en même temps que l’inflation. « Mais le point d’indice est gelé depuis 2010, sauf en 2016 et 2017, rappelle Jean-Rémi Girard. Dans la vraie vie, cette hypothèse économique est complètement farfelue ! »

L’exaspération est grande du côté des syndicats d’enseignants, car ils réclament depuis des années une revalorisation des salaires des professeurs, en dehors de cette réforme des retraites. En effet, après dix ou quinze ans de carrière, un enseignant du primaire en France touche 20 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE.

Les deux observateurs réclament un « vrai simulateur avec des hypothèses économiques plausibles », où chaque professeur entrera ses caractéristiques individuelles. Seul moyen de rassurer le corps enseignant.

Montpellier : proviseurs et chefs d’établissement du secondaire au bord du burn-out

Les chefs d'établissement de l'académie de Montpellier à bout de souffle
Les chefs d’établissement de l’académie de Montpellier à bout de souffle Midi Libre / M. P

Une cinquantaine de proviseurs, principaux et adjoints du second degré ont manifesté devant le Rectorat ce vendredi pour dénoncer leur mal-être face aux charges de travail de plus en plus lourdes.

La bannière tenue à bout de bras par une cinquantaine de responsables d’établissements d’enseignement du secondaire du secteur, devant le rectorat ce vendredi 31 janvier, en disait long sur le degré d’épuisement face aux charges de travail auxquelles sont confrontés ces cadres « limite légale des 48 h par semaine largement dépassée, souffrance au travail » .

Des moyens supplémentaires

Une délégation a été reçue par le Rectorat où Olivier Briffaut, secrétaire académique Indépendance et Direction (DFO) a fait passer son message :  » Nous sommes à bout, inquiets pour la santé des collègues, 60 à 70 h par semaine avec des réformes à assumer, avec des modalités de mise en œuvre incroyables en termes de pression, le contrôle continu E3C par exemple et autres. La rectrice est très attentive, bienveillante, elle fait ce qu’elle peut. Elle n’a pas dans les mains la possibilité de nommer du personnel supplémentaire, de changer des applications informatiques si le ministère ne délègue pas des moyens ».

« On nous rajoute toujours plus de missions, sans reconnaissance financière,  sans personnel supplémentaire, il y a une souffrance au travail », a fait part le délégué en détaillant quelques pistes : « Un agenda social vient d’être ouvert au ministère après nos alertes, il faut aller vite en termes de personnel, de rémunération, il faut une prise en compte de la souffrance au travail ».

Municipales : les basses manœuvres de LREM in Regards.fr

Anticipant un échec aux municipales, la majorité sort du chapeau la suppression des étiquettes dans les petites communes. Baste des « divers gauche » ou « divers droite », place aux « sans étiquette » !

Mise à jour (31/01/2020) : Le Conseil d’État suspend la circulaire Castaner sur trois points (et pas des moindres) :

  • « l’attribution des nuances aux listes dans les seules communes de 9000 habitants ou plus »
  • « l’attribution de la nuance « Liste divers Centre » aux listes soutenues par LREM, le MODEM, l’UDI ou la « majorité présidentielle » », là où le simple soutient des partis de gauche et de droite ne suffit pas à être classé en « divers gauche » et « divers droite », il faut l’investiture d’un parti
  • le classement des listes Debout la France au sein du bloc « extrême droite »
    Quelques jours après que le Conseil d’État ait épinglé l’exécutif sur sa réforme des retraites, voici donc un deuxième camouflé.

Mise à jour (16/01/2020) : Christophe Castaner a tranché. Dans une circulaire envoyée aux préfets, il indique que les nuances politiques ne seront prises en compte que pour les villes de plus de 9.000 habitants. Ainsi, 96% des communes françaises et plus d’un électeur sur deux seront désormais hors du jeu politique national. Un tour de passe-passe qui vise à grossir artificiellement les scores de LREM aux municipales. Lors de ses vœux à la presse, le 15 janvier, Emmanuel Macron a affirmé qu’il « tirerai[t] pas de manière automatique des conséquences nationales » car il « considère que les élections municipales, ce n’est pas une élection nationale ». Croyez-le ou non. Continuer la lecture de Municipales : les basses manœuvres de LREM in Regards.fr

Parc éolien : Nordex jette l’éponge à Labourgade et suspend celui de Cordes-Tolosannes in DDM

NDLR de MAC: Enfin une entreprise qui ne fera pas ses bénéfices au nom de la transition écologique sur le dos des habitants et des propriétaires impactés
À Cordes-Tolosannes, l’un des opposants au projet éolien devant l’un des mâts test
À Cordes-Tolosannes, l’un des opposants au projet éolien devant l’un des mâts test Photo DDM, archives

À l’étude depuis cinq ans, le projet de parc éolien à Cordes-Tolosannes et Labourgade (Tarn-et-Garonne), a du plomb dans l’aile. La DGAC et l’armée ayant émis leur véto, la société allemande Nordex jette l’éponge à Labourgade, et le suspend à Cordes-Tolosannes. Une décision satisfaisant les riverains et les associations mobilisés contre le projet. Favorable au projet, le maire de Cordes-Tolosannes espère encore que Nordex redimensionnera les éoliennes et reprendra le projet sur sa commune.

«J’attends la confirmation écrite de Nordex pour y croire». Le Garganvillarais Konrad Burchardt, président de l’association Vents à contre-courant qui a mobilisé depuis cinq ans la population du secteur de Cordes-Tolosannes et Labourgade contre les projets éoliens de cette société allemande, a dû mal y croire. Et pourtant… La rumeur d’un arrêt du projet court depuis une bonne semaine depuis que deux acteurs de premiers plans: la direction générale de l’action civile (DGAC) et le ministère des Armées via la direction de la sécurité aéronautique d’état (DSAE), ont émis leur véto.

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Optimisation fiscale / Bernard Arnault : des pratiques qui doivent être pourchassées et condamnées (Fabien Roussel)

Alors que 121 super riches, essentiellement américains, lancent un appel pour payer plus d’impôts, la première fortune du monde, Bernard Arnault, délocalise une partie de son patrimoine en Belgique, paradis fiscal pour les plus-values boursières.

Cet appel de 121 riches de la planète devrait interpeller le gouvernement français et les plus riches de notre pays dont le premier d’entre eux. En effet, le PCF et des économistes ont pu découvrir qu’il avait transféré dans deux entreprises belges – PILINVEST Investissement et PILINVEST Participation – une partie du capital de la maison mère ARNAULT SE.

La plus-value potentielle sur les deux séries de titres transférés pourraient dépasser plusieurs milliards d’euros. En Belgique, l’impôt sur la plus-value est quasi nul. Voilà comment une partie de la richesse produites par le monde du travail échappe aux radars du fisc.

Cette enquête a été rendue possible après que le PCF, les lanceurs d’alerte Maxime Renahy et Le Media, ont assigné Bernard Arnault en justice pour qu’il publie ses comptes comme la loi l’y oblige. C’est au Ministre de l’Économie de faire ce travail normalement !

Ces pratiques bien connues d’optimisation fiscale devraient être condamnées et pourchassées par le gouvernement.

Or ce dernier fait tout l’inverse. Non seulement l’évasion fiscale coûte toujours 80 à 100 milliards d’euros, mais en plus, Bernard Arnault comme les 1% les plus riches de notre pays a bénéficié de plus grandes largesses fiscales : suppression de l’ISF, suppression de la taxe sur les dividendes, flat tax, baisse d’impôts sur les sociétés pour les multinationales…

En France, les salaires et les pensions d’une grande majorité de nos concitoyens stagnent mais les richesses des plus grandes fortunes progressent.

Pour le PCF, la justice fiscale et la lutte contre les inégalités sont une priorité. Il serait temps de faire en sorte « que les gros paient gros et que les petits paient petit » !

Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, député du Nord

Réforme des retraites : 700 à 1000 manifestants à Montauban

Les manifestants étaient moins nombreux mais toujours déterminés. /Photo DDM, M. Lx
Les manifestants étaient moins nombreux mais toujours déterminés. /Photo DDM, M. Lx

Ce mercredi, esplanade des Fontaines, les Tarn-et-Garonnais se rassemblent, à nouveau, pour manifester contre la réforme des retraites. « Nous appelons le gouvernement à revenir à la table des négociations et à les reprendre au point de départ, lance Thierry Farras, FO, micro en main. Nous ne lâcherons rien tant que le système à points ne sera pas retiré. » Les manifestants affichent leur colère sur leur visage. « Elle ne fait que grandir, constatent Jacques et Catherine, retraités. Le gouvernement nous prend pour des idiots, ne cesse de nous mentir. » Ils manifestent depuis le 5 décembre pour obtenir le retrait de la réforme. « Et nous continuerons ! »

Le cortège se met en marche. Il est composé d’environ 700 personnes (250 selon les forces de l’ordre et 1 000 selon les syndicats). « C’est la première fois qu’une manifestation est organisée un mercredi, explique Christophe Couderc, CGT. C’est une décision de l’intersyndicale nationale. » Les manifestants sont surpris par ce choix. « Ce n’est pas le meilleur jour pour rassembler. Il n’est pas facile d’organiser la garde des enfants. Certains avaient des rendez-vous qu’ils n’ont pas pu décaler… »

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Mobilisation des enseignants : Blanquer méprise, les JT font silence

par Pauline Perrenot, in ACRIMED
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À partir du 20 janvier, les témoignages sur les conditions délétères dans lesquelles se déroulent les nouvelles épreuves du « BAC Blanquer » et des fameux « E3C » (« épreuves communes de contrôle continu ») se sont multipliés : fuite de sujets sur Internet, rupture d’égalité, mobilisation de retraités ou de contractuels pour surveiller les examens, pressions sur les enseignants, remises en question du droit de grève, escortes (et violences) policières devant certains lycées… Ces témoignages n’ont pourtant visiblement pas réussi à se frayer un chemin jusque dans les rédactions de certains médias nationaux, en particulier celles des deux principaux JT.

Comme chaque année, les « baromètres » pointent une défiance croissante de la population vis-à-vis des médias dominants ; de quoi tirer, comme chaque année, quelques larmichettes aux commentateurs médiatiques. Mais comment s’en étonner face à l’accueil réservé aux grévistes, invectivés, moqués ou chahutés en plateau ? Comment s’en étonner face au silence médiatique sur des pans entiers des mobilisations en cours – y compris les initiatives les plus créatives ? Comment s’en étonner face à la déférence avec laquelle ministres et secrétaires d’État sont reçus chaque jour sur des chaînes de télé ou stations de radio devenues, pour bon nombre d’entre elles, des canaux de diffusion d’éléments de langage et de mensonges gouvernementaux ? Bref, comment s’étonner de cette exaspération légitime du public, au vu de la couverture systématiquement partielle et partiale, si ce n’est « radicalisée » – pour reprendre un terme cher aux squatteurs de plateaux – du mouvement social actuel ?

Dernier exemple en date de mauvais traitement médiatique : celui dont fait l’objet la mobilisation contre le nouveau « BAC Blanquer » et la formule des « E3C ». Après « le grand n’importe quoi médiatique » autour de leurs salaires, les enseignants ont une nouvelle fois mauvaise presse.

Dans les JT : circulez !

Alors que la grève contre la réforme des retraites surpasse celle de 2003 dans le corps enseignant, les « épreuves communes de contrôle continu », décriées unanimement (et depuis longtemps) par une intersyndicale représentative réunissant 12 syndicats enseignants, augmentent le mécontentement général. En cours depuis plusieurs jours, l’organisation de ces épreuves se heurte cependant à une forte mobilisation des professeurs, élèves et parents d’élèves. Des manifestations, distribution de tracts, blocages, et bien d’autres actions créatives ont lieu partout en métropole et en Outre-mer, entraînant des perturbations, reports et suspensions d’épreuves.

Assumant le travail de mise en perspective dont devraient se charger les grands médias s’ils prenaient la peine d’enquêter sur ces initiatives, un collectif met à jour une carte interactive pour mesurer l’ampleur de la mobilisation [1]. Salutaire, ce travail permet également de palier les dénis de réalité du ministère et de Jean-Michel Blanquer, atteignant ces temps-ci des proportions himalayennes, facilités par une partie des médias qui, pourtant, ne manquent pas de ressources pour porter la contradiction.

La presse, et surtout la presse locale (pour des raisons évidentes), se font l’écho des mobilisations [2]. Mais du côté de la télévision nationale et de ses JT, le résultat est… accablant.

Commençons par TF1 : le bilan sera court puisqu’inexistant. Les JT de 20h des 20 et 21 janvier n’ont tout simplement pas dit un mot de cette mobilisation ni des perturbations d’épreuves. Au 20h de France 2, on compte une brève de 23 secondes le 20 janvier, suivie d’un sujet de 2 minutes et 14 secondes le lendemain. Le détail donne la mesure de la désinformation.

Citons in extenso la brève d’Anne-Sophie Lapix :

Les élèves de première de près de 400 lycées ont inauguré les épreuves communes de contrôle continu aujourd’hui, des épreuves qui se feront en trois temps et qui compteront pour 30 % de la note au baccalauréat. Elles ont été perturbées dans une quarantaine d’établissements et même reportées dans 10. En Martinique, 50 des 60 établissements du secondaire sont bloqués par des enseignants également mobilisés contre la réforme des retraites.

C’est tout ? C’est tout. Un service minimum qui ne se cache en rien, ou presque : les chiffres avancés (selon lesquels 10% des établissements seraient concernés par des « perturbations ») proviennent tout droit des communiqués du ministère. La rédaction de France 2 osera-t-elle invoquer la protection des sources pour justifier le fait de ne pas le préciser aux téléspectateurs ? Pourtant, et afin de garantir un semblant d’objectivité, il ne semblait pas insurmontable de citer l’existence des chiffres (près de quatre fois supérieurs) des syndicats, ce que fit l’AFP dans une dépêche précédant la diffusion du JT.

Où l’on peut lire :

Selon un premier décompte du Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, « 40% des établissements qui passaient les épreuves ont été concernés par des grèves, des manifestations ou encore des actions symboliques ».

Et la rédaction du service public ne se rattrape pas le lendemain. Pis : loin de faire état des mobilisations qui se sont poursuivies dans la journée, France 2 axe son seul et unique sujet sur… les sanctions prononcées à l’encontre des professeurs mobilisés en juillet 2019 ! Anne-Sophie Lapix dans le texte :

Hier [et aujourd’hui ? NDLR], une dizaine de lycées ont dû repousser les épreuves de contrôle continu du nouveau BAC car des enseignants les ont perturbées. Voilà qui a rappelé des souvenirs. En juin dernier, plus de 4 000 enseignants opposés à la réforme du BAC avaient bloqué les copies ou les avaient rendues en retard. Eh bien ils ont été sanctionnés, le plus souvent par des retenues sur leurs salaires.

S’ensuit un reportage de 1 minute et 52 secondes, reprenant à nouveau les chiffres du ministère. Si une syndicaliste et une professeure témoignent, l’indigence du format et de l’angle choisi ne laisse en réalité aucune place à la compréhension des enjeux de cet épisode [3].

Des esprits facétieux pourraient, en outre, entrevoir dans ce choix éditorial rétroactif une promotion de l’entreprise d’intimidation des professeurs activement menée par Jean-Michel Blanquer. Et relayée, du reste, par d’autres médias comme RTL qui joue au premier de la classe : « Au moment où une menace de grève pèse sur les nouvelles épreuves communes de contrôle continu du baccalauréat qui commencent à partir de ce lundi 20 janvier, RTL révèle les sanctions infligées aux profs qui avaient perturbé le bac en juin et juillet dernier. »

Il va sans dire que ce 22 janvier, France 2 passera sous silence les différentes actions menées partout en France : pas un mot des revendications des enseignants, pas un mot d’analyse du pourquoi du comment, pas une image de la moindre mobilisation dans les lycées. Il en sera de même le 23, 24, 25 et 26 janvier : aucun titre, aucun sujet sur cette mobilisation au 20h. Pourtant là encore, il suffisait à la rédaction de se reporter aux multiples articles publiés dans la rubrique de France 3 Régions – pour ne donner qu’une solution peu coûteuse… et réalisable en interne.

Ajoutons que l’invisibilisation et le mépris médiatiques croissent à mesure que l’on s’éloigne des rédactions parisiennes. Ainsi les Outre-mer ne rentrent-ils pas dans le logiciel de France 2, alors qu’en Martinique, pour ne citer qu’un exemple, la mobilisation des professeurs est au plus haut : selon France-Antilles Martinique le 20 janvier, « 50 collèges et lycées publics (sur 66) étaient bloqués ». Des chiffres qui gonflent même au fil des jours puisque le 23 janvier, le même média nous informe que « la mobilisation des personnels du second degré contre les réformes des retraites et du bac est totale. [Le 22 janvier], 42 collèges sur 43, 14 lycées sur 14, et 8 lycées professionnels sur 9 étaient bloqués. » En Guadeloupe, il en va de même.

Mais tout cela ne mérite pas plus qu’une phrase selon France 2, semblant faire sienne la lucidité de Jean-Michel Blanquer : « Je note que des territoires entiers ne connaissent aucun problème. Par exemple, dans tout l’outre-mer, tout se passe bien, mais c’est aussi le cas dans d’autres académies. » [4]

Bref : la chaîne de service public signe un traitement de cette mobilisation au diapason de celui qu’elle réserve au mouvement contre la réforme des retraites, dont nous avons rendu compte à deux reprises du caractère propagandiste [5].

Explication possible : la sidération. Le JT du 21 janvier se conclut en effet par un sujet qui passionne les journalistes de microcosme, en tout cas visiblement davantage que la mise en coupe réglée de l’enseignement public : le « Megxit », soit, pour les non-initiés, le retrait du prince Harry de la famille royale britannique. Un sujet plus long que celui dédié aux professeurs, mais aussi infiniment plus compassionnel : « La « grande tristesse » du prince Harry ». Et qui s’inscrit en plein dans la lignée du journalisme de « tapis rouges » : de quoi faire de la concurrence à Léa Salamé – et à son interview en direct du Liban d’un patron millionnaire et repris de justice en cavale.

Et sur BFM ? Tapie !

La mobilisation enseignante n’a pas non plus intéressé BFM-TV, principale chaîne d’info en continu de ce pays, reprise en main en septembre 2019 par Marc-Olivier Fogiel, qui clamait sa politique éditoriale en août dans le JDD : « L’ambition, c’est « tout savoir, mieux comprendre » ». Et d’annoncer mettre l’accent sur « le décryptage et la proximité ». Le 21 janvier (comme la plupart du temps sur la chaîne), il n’y eut pourtant ni l’un ni l’autre.

De 17h à minuit, BFM-TV et son vaste réseau de correspondants n’ont pas trouvé ne serait-ce qu’une minute d’antenne pour donner à voir la mobilisation des enseignants. Les JT de 18h, 19h et 20h, comme les émissions de « débat » qui se déroulent entretemps, ont tourné autour des trois mêmes sujets : l’intrusion d’opposants à la réforme des retraites dans les locaux de la CFDT, Macron à Versailles en compagnie de patrons, et une vidéo virale de violence policière (avec, de temps en temps, une attention aux malheurs du Prince Harry, à l’« attractivité de la France » et à un projet d’attentat déjoué).

À partir de 20h30, c’est le début du festival Bernard Tapie : l’homme d’affaires est en plateau, puis Bruce Toussaint diffuse un documentaire-maison qui lui est dédié, puis Bernard Tapie est à nouveau en plateau avant que le documentaire ne soit diffusé une nouvelle fois. Ce petit manège durant jusqu’à minuit, les mobilisations des professeurs n’auront nulle part fait partie du voyage : circulez, il n’y a rien à voir.

Certes, les jours précédents, la chaîne a évoqué le mécontentement… au gré des éternels mêmes formats courts, déséquilibrés, et cadrés selon les mêmes « formules choc » :

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