Dix ans d’alertes relayées par l’Humanité… et ignorées par les pouvoirs publics

Jeudi, 2 Avril, 2020

Si l’on ne pouvait assurément pas prévoir l’apparition du coronavirus, personnels, élus et usagers n’ont cessé, avec l’Humanité à leurs côtés, de dénoncer les dégâts des politiques libérales à l’hôpital. Extraits choisis de nos pages dans la dernière décennie.

Soudain, les tambours et trompettes accompagnant le chef de guerre se sont tus. Et Emmanuel Macron, tout à sa stratégie de reconstruction de « notre souveraineté nationale et européenne » industrielle à l’issue de la crise du coronavirus, a radouci son propos, lors de son déplacement de mardi près d’Angers, dès lors qu’il lui a fallu répondre aux premières interrogations sur les difficultés de notre système de santé à faire face à l’épidémie. « Toutes celles et ceux qui cherchent déjà à faire des procès, alors que nous n’avons pas gagné la guerre, sont irresponsables », a-t-il lancé, aigre. Avant de se radoucir : « Le temps de la responsabilité viendra. Ce temps est légitime et démocratique. À ce moment-là, la transparence complète devra être faite. » Puis de glisser : «  On devra le faire avec un principe de justice à l’égard de tous les choix passés, quels que soient les responsables politiques. Quand on vit quelque chose d’inédit, on ne peut pas demander à des gens de l’avoir prévu il y a dix ans. »

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Frédéric Boccara, économiste : voilà les vraies mesures à prendre en urgence

Frédéric Boccara, en mai 2019. (Photo : Magali Bragard)

Frédéric Boccara, en mai 2019. (Photo : Magali Bragard)
Vendredi, 27 Mars, 2020

Entretien. L’économiste et dirigeant du PCF montre comment la crise sanitaire liée à l’épidémie de coronavirus a accéléré le déclenchement d’un krach, produit de la financiarisation de ces dernières années. Ce qui fait émerger l’urgence d’un changement de pied aussi révolutionnaire que salutaire. Pour surmonter la pandémie et se libérer de la domination des marchés financiers. Frédéric Boccara donne des pistes pour engager cette politique de rupture.

Quelle est la nature de la crise engagée ?

Frédéric Boccara. On a deux crises siamoises, inséparables, sanitaire et économique. Et une crise de civilisation.

Le virus est un catalyseur d’une crise économique qui avait commencé avant le déclenchement de l’épidémie. Un ralentissement était déjà en cours depuis début 2019. Le 7 février dernier, mon rapport aux rencontres internationales pour une autre mondialisation alertait publiquement sur cette crise. C’est une suraccumulation financière qui est en train d’éclater. La double crise exprime la domination du capital, avec sa logique, ses pouvoirs, son coût. Si la pandémie a tant d’effet sur l’économie, c’est que, comparée à la valeur des richesses créées, la masse de capitaux financiers accumulés est énorme (cf. graphique) et qu’un effondrement était imminent.

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Quitter la ville en période d’épidémie, un privilège de classe ?

De nombreux citadins ont quitté les métropoles dès l’annonce des mesures de confinement pour combattre l’épidémie de Covid-19. Beaucoup sont propriétaires de résidences secondaires et peuvent télétravailler. Cette situation révèle une fois de plus les inégalités sociales face à la pandémie.

Il y a ceux qui n’ont pas le choix et qui doivent rester confinés dans une dizaine de mètres carrés. Et puis, il y a les autres : les 3,4 millions d’heureux propriétaires de résidences secondaires, dont une bonne partie s’est empressée de s’y réfugier dès l’annonce des mesures de confinement d’Emmanuel Macron le 16 mars dernier. Continuer la lecture de Quitter la ville en période d’épidémie, un privilège de classe ?

La crise sanitaire ne doit pas devenir une crise éducative !

Depuis la nécessaire fermeture des établissements scolaires, il y a deux semaines, le ministre Blanquer et le gouvernement ont multiplié les déclarations, sans jamais apporter de véritables réponses aux problèmes posés par les enseignant-e-s, les personnels et les familles. Pire, il cherche maintenant à instrumentaliser la crise pour imposer leurs réformes régressives !

L’urgence est de protéger les salariés.

À l’école comme ailleurs, l’urgence est de protéger les salariés : l’ensemble des personnels mobilisés pour accueillir les enfants de soignants doit être équipé de masques et du matériel nécessaire pour faire leur travail sans se mettre en danger, ni eux, ni leurs proches.

La « continuité pédagogique » est un mensonge de plus.

L’inquiétude des familles, qui craignent les effets de cette interruption prolongée sur la scolarité de leurs enfants, est légitime. La « continuité pédagogique » est un mensonge de plus : elle ne fonctionne ni pour les élèves de l’enseignement agricole, technologique et professionnel, ni pour les familles qui ne disposent pas du matériel nécessaire ou d’une connexion internet suffisante, ni pour celles qui n’ont pas le temps ou les aptitudes pour encadrer le travail de leurs enfants… Une nouvelle fois, le ministre croit pouvoir masquer les conséquences de sa politique éducative par un discours déconnecté des réalités. Continuer la lecture de La crise sanitaire ne doit pas devenir une crise éducative !

Covid19 vs Blanquer : La fermeture des écoles n’a plus de date limite 

La réouverture des écoles c’est pour mai, juin ou septembre ? Après avoir annoncé la réouverture des écoles à différentes dates, le ministre opte le 30 mars sur Europe 1 pour une position plus réaliste : la date de la réouverture lui échappe. Ce qui ne l’empêche pas de parler du bac. Il annonce ne pas dévier de la revalorisation, ce qui réveille le spectre de la réforme des retraites…

Réouverture : plus de date

Le retour dans les classes le 4 mai ? « C’est un scénario. C’est une possibilité. Ca dépendra de l’évolution de l’épidémie », a déclaré JM Blanquer le 30 mars sur Europe 1.  « Ou verra courant avril ce qu’il en est ». La mesure lui échappe d’autant plus que se posera aussi la question des conditions de la réouverture. On voit mal comment la réouverture pourrait avoir lieu en l’absence de tests systématiques, de gel, de masques. On ne sait d’ailleurs pas qui pourrait effectuer les tests. Sur tous ces points, JM Blanquer , comme le gouvernement, flotte au gré des événements faute d’avoir été capable de les anticiper. Continuer la lecture de Covid19 vs Blanquer : La fermeture des écoles n’a plus de date limite 

Violences et Confinement: Le PCF demande que les femmes et enfants identifiés soient immédiatement mis à l’abri par l’État

La crise du Covid-19 frappe durement le pays. Pourtant, le nécessaire confinement augmente les risques de violences intrafamiliales. Il y a urgence à répondre concrètement à cette situation.

Alors que la Ministre reprend elle-même la hausse des signalements annoncée par Monsieur Castaner, alors qu’un enfant de 6 ans battu par son père est actuellement en état de mort cérébrale, Marlène Schiappa ne semble pas prendre la mesure de la gravité de la situation !

Elle installe une « mission » pour « mesurer la prévalence des violences conjugales » pendant le confinement. Ce n’est pas d’une énième commission Théodule dont les victimes ont besoin mais bien de mesures concrètes, financées ! Or, sur ce point les annonces sont très loin d’être à la hauteur de la situation.

De nombreux enfants devaient être placés dans des familles d’accueil car ils étaient en danger. La mise en place du confinement a ralenti voir, parfois, stoppé, cette politique de placements mise en œuvre par les conseils départementaux. Des milliers d’enfants sont en danger. Il est urgent de trouver une solution d’accueil pour chacun d’entre eux.

Enfin la mise en place de stands d’accueil dans les supermarchés ou la création de 20 000 nuitées d’hôtel ne peut pas fonctionner sans les associations d’aide aux victimes qui sont bien souvent les seuls interlocuteurs des victimes qui ont besoin de sécurité pour entreprendre leurs démarches.

Afin de répondre à l’urgence, le PCF demande que toutes les femmes et enfants identifiés par les services sociaux, l’ASE et les associations soient immédiatement mis à l’abri par l’État en réquisitionnant tous les lieux d’accueil possibles.

Covid 19: Sauver l’économie capitaliste ou sauver la planète ?

La crise sanitaire a imposé le confinement de la population qui induit une chute spectaculaire de la production. Les États multiplient les mesures de soutien aux entreprises pour éviter les faillites en cascade. Pour quelle finalité ? Relancer le capitalisme ou mettre en place une démocratie économique qui nous permettra de sauver la planète ?

Ce texte est extrait du blog de notre collaborateur Benoît Borrits : economie.org


Cette pandémie, dont on ne connaît pas encore le dénouement, a ceci d’extraordinaire qu’elle réalise ce que tout le monde savait. Le confinement et les ruptures de chaînes d’approvisionnement provoquent une baisse brutale de la production. Voilà que nous découvrons avec cette récession que Venise retrouve ses eaux claires et ses poissons, que les émissions de gaz à effet de serre ont été réduites de 25 % en Chine au début de l’année1), que l’air devient plus respirable. Il est terrible d’avoir attendu cette crise sanitaire et cette succession dramatique de décès pour prendre conscience de ces évidences. Et voilà que pullule sur Internet des appels à changer radicalement de vie à l’issue de cette épidémie. D’autres se demandent même si cette pandémie n’est pas une bénédiction pour la planète. Peut-être… à condition de stopper définitivement ce que les anglo-saxons appellent le Business as usual2).

Quelle économie nos gouvernements tentent-ils de sauver ? Continuer la lecture de Covid 19: Sauver l’économie capitaliste ou sauver la planète ?

Quand le marché s’intéresse à la continuité pédagogique…

La nature exceptionnelle de la situation créée par l’épidémie doit-elle nous conduire à oublier toute règle de protection numérique et à permettre d’offrir les données concernant nos élèves aux commerces de toute nature ?

22 mars 2020 Par Paul DEVIN Blog : Le blog de Paul DEVIN

Les enseignants se sont fortement mobilisés pour assurer la continuité pédagogique.
Du côté de l’institution, elle fut tout d’abord un objet de communication ministérielle : l’affirmation de notre capacité à assurer la connexion simultanée de 6 millions d’élèves[1]. La réalité s’avérera moins idéale : dès l’annonce de la fermeture des écoles, des ENT[2] sont devenues rapidement inaccessibles et les difficultés de connexion restent récurrentes. La situation s’améliorera peut-être progressivement mais elle restera fragile puisque les sollicitations sont exceptionnellement fortes et l’équipement largement insuffisant.
Par ailleurs, la continuité pédagogique continuera à se heurter aux inégalités d’accès qu’elles soient sociales (inégalités d’équipement des familles, inégalités des conditions d’usage) ou territoriales (débits très faibles dans certains territoires). Continuer la lecture de Quand le marché s’intéresse à la continuité pédagogique…

Covid19: Crise sanitaire, faillite politique (version longue)

En décembre 2019, on pouvait lire sur une banderole d’hospitaliers mobilisés : « L’État compte les sous, on va compter les morts ». Nous y sommes. Ces deux comptes là sont antagoniques. Quand nous aurons vaincu le Covid-19, il nous faudra encore gagner la bataille de la vie contre les logiques financières dont nous savons maintenant qu’elles sont, au plein sens du terme, mortifères.

Nous sommes passés en une semaine de l’appel aux urnes aux contrôles de police dans les rues. Nul ne conteste la gravité de la situation sanitaire planétaire, son incertitude quant à sa durée et à ses effets. Mais cette crise n’est-elle que sanitaire ? Le 22 mars 2020, une semaine après les mesures de confinement, un sondage IFOP-JDD mesure la confiance des Français dans celles et ceux qui les gouvernent : 64% d’entre eux pensent que ce gouvernement cache des informations, 71% qu’il n’a pas agi rapidement, et 61 % qu’il ne donne pas tous les moyens aux infrastructures et aux professionnels de santé pour lutter contre ce virus.

Journalistes et ministres nous répètent chaque jour que le pays n’a pas pris conscience de la gravité de la crise et proposent d’accroitre la répression. Tous les soirs à 20 heures les villes retentissent des applaudissements spontanés en remerciement à la mobilisation des soignants privés de matériel de base. Qu’on ne s’y trompe pas : le pays est mobilisé et solidaire mais l’appel guerrier à la mobilisation générale du président de la République ne produit pas les effets d’union sacrée escomptés. La crise sanitaire est en train de précipiter une faillite politique déjà bien avancée. La victoire sur le covid-19 ne sera pas la fin de toutes les batailles ni la fin de tous les dangers. Continuer la lecture de Covid19: Crise sanitaire, faillite politique (version longue)

COVID19: Ce que fait le coronavirus aux inégalités

Confinement, travail, santé, les populations sont inégales face au coronavirus. Mais nous sortirons de la crise : il faudra alors rappeler le rôle des services publics et réfléchir à ce qui nous unit ou nous sépare. Point de vue de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités.

Revenus et patrimoine Conditions de vie Santé

Le coronavirus accentue une partie des inégalités qui existent dans la société française. Il faut s’en inquiéter et prendre les mesures pour amortir le choc. Mais cette crise ne frappe pas que les plus pauvres. Elle peut être l’occasion de réfléchir à de nouvelles solidarités.

Comme toutes les crises, celle du coronavirus frappe d’abord les moins protégés de notre société. Le niveau de vie détermine la surface dont dispose chacun dans son logement et être confinés à cinq dans un deux-pièces n’est pas la même chose que de l’être dans une maison avec jardin. À l’école, les enfants prendront d’autant moins de retard que leurs parents pourront prendre le relais des enseignants. Continuer la lecture de COVID19: Ce que fait le coronavirus aux inégalités