Depuis 2023, les deux centrales ont entamé un processus de rapprochement visant à la création d’une « maison commune », tout en écartant l’hypothèse d’une fusion. Le 54e congrès confédéral de la CGT doit faire office de point d’étape.

« L’union est un combat », écrivait l’ancien directeur de l’Humanité Étienne Fajon. L’histoire du mouvement social est plutôt marquée par la division des centrales. De la seule CGT en 1895, le syndicalisme français dénombre cent trente ans plus tard huit confédérations, de taille et encrage différents. Mais « nos ambitions revendicatives, la transformation sociale que nous portons, font face à une adversité de plus en plus dure, avec l’alliance entre le capital et l’extrême droite », observe Kamel Brahmi, membre de l’exécutif confédéral CGT.
Face à cette menace, et pour clarifier le champ syndical, la CGT et la FSU ont entamé depuis le 10 juillet 2023 un processus de rapprochement. La première, passée seconde confédération syndicale, est la centrale historique du mouvement ouvrier, fort de plus de 600 000 adhérents. La seconde, qui compte 150 000 membres, est implantée dans la fonction publique. Près de 80 % de ses troupes sont dans l’éducation nationale.
Ce travail vise à construire une « maison commune ». « Nous faisons le choix de ne pas définir cet outil avant de le construire. Cette complexité est assumée », prévient Caroline Chevé, secrétaire générale de la FSU. Les deux organisations ont toutefois défini une ligne rouge commune : ni fusion ni absorption.
Un « travail soudé » autour des enjeux féministes
Un point d’étape sera réalisé lors du 54e congrès confédéral, jusqu’au 5 juin à Tours (Indre-et-Loire). Au niveau confédéral, un groupe de travail issu des directions des deux organisations se réunit mensuellement. « Nous avons établi un mode de travail pour partager nos analyses, nos stratégies syndicales et approfondir les dynamiques de rapprochement », mesure Caroline Chevé.
Ainsi, la CGT et la FSU se sont accordées sur une formation commune sur l’extrême droite à destination des bases syndicales. Le 29 janvier 2026, la fédération de l’éducation, la recherche et la culture (Ferc-CGT) et la FSU, ainsi que leurs instituts de recherche respectifs, ont tenu un colloque sur l’école et l’extrême droite, avec 300 participants, et en présence de l’historien Patrick Boucheron.
« Une illustration parfaite du travail de la maison commune : nous partageons nos réflexions et nos productions, au service de nos équipes militantes, explique Charlotte Vanbesien, secrétaire générale de la Ferc. Dans l’enseignement, l’offensive de l’extrême droite est prégnante, notamment sur l’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité. »
De son côté, Caroline Chevé insiste sur le « travail soudé » autour des enjeux féministes : « Nous mettons en commun nos expériences de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans nos organisations. La CGT a été pionnière en construisant une cellule de veille. Cette expérience peut nourrir la FSU. » Plus encore, les deux confédérations sont parvenues à une analyse commune sur la transposition de la directive sur la transparence salariale, mais aussi sur la prostitution.
Dans les territoires, des initiatives ont été organisées dans près de la moitié des unions départementales (UD) CGT. Notamment dans les Pyrénées-Orientales. « Nos relations avec la FSU sont cordiales. En 2023, contre la réforme des retraites, nous avons été les moteurs de la mobilisation. Au-delà de l’intersyndicale, le socle CGT-FSU est permanent », note Julien Berthelemy, secrétaire général de l’UD.
Ainsi, dans ce département, la « maison commune » débouche sur des rapprochements concrets : préparation commune des fêtes de la CGT et du Travailleur catalan, char conjoint pour la Marche des fiertés, lutte contre l’extrême droite… « Un logo est envisagé mais rien n’est acté », poursuit Julien Berthelemy.
Un logo commun dans le Calvados
Dans le Calvados, la CGT et la FSU ont franchi le pas d’un emblème commun. « Nos deux organisations sont attachées à l’unité syndicale et l’unité d’action », justifie Allan Bertu, le secrétaire de l’UD CGT. Le 18 septembre, l’union était aussi visible dans la rue, au travers d’un cortège, sous la bannière CGT-FSU.
« Un acte fort qui dépasse le syndicalisme rassemblé. Ce cortège a été accepté par nos deux exécutifs départementaux, qui ont l’habitude de se réunir tous les trimestres, poursuit le cégétiste normand. Les camions de nos deux organisations étaient placés en tête, pour faire un effet de masse. »
En outre, lors de la rentrée 2025, la CGT et la FSU du Calvados ont également tenu de concert un meeting, axé sur la lutte contre les fermetures de classes et la défense des lignes TER en voie de privatisation sur l’étoile de Caen. « Nous avons pu sensibiliser les militants FSU sur les enjeux ferroviaires », se félicite Allan Bertu.
Ailleurs dans la centrale, ce rapprochement est plus nuancé. « Les syndicats territoriaux sont ceux où il demeure le plus d’interrogations, voire de réticences », confie Natacha Pommet, secrétaire générale de la fédération des services publics et membre du groupe de travail. Le Snuter-FSU (territoriaux) a été en partie fondé par des ex de la CFDT. « Des syndicats jugent la FSU trop réformiste », poursuit la cégétiste. Ainsi, la fédération des services publics « a refusé de prendre position, laissant le soin au congrès confédéral de trancher ».
Les listes communes ne sont pas « la principale porte d’entrée de ce rassemblement »
Caroline Chevé, pour la FSU, reconnaît aussi « des sensibilités différentes ». « Au Snes (enseignants du second degré) ce rapprochement est peut-être plus mature. À d’autres endroits, cet enjeu n’est posé que récemment, le cheminement n’est pas forcément similaire, analyse-t-elle. Nous respectons les rythmes de chacun. »
Au sein de la Ferc-CGT, « le besoin d’une réunification du syndicalisme est une réflexion ancienne », et la FSU est un « partenaire privilégié », assume Charlotte Vanbesien. Dans les trois fonctions publiques, les élections professionnelles, du 3 au 10 décembre, contribueront à cette clarification. Pour l’heure, la CGT (20,9 %) demeure la première organisation devant FO (18,7 %) et la CFDT (18,6 %). Cinquième organisation, la FSU (9,1 %) suit l’Unsa (11,7 %).
Ainsi, la « maison commune » peut-elle déboucher sur des listes communes, à l’image de « l’Élan commun » (CGT, FSU, Solidaires) au ministère de l’Agriculture ? « Ce n’est pas la principale porte d’entrée de ce rassemblement », tempère Caroline Chevé. Kamel Brahmi résume la démarche : « Avec cette maison commune nous voulons redonner un souffle nouveau à l’ensemble du syndicalisme, pas opérer un simple transfert d’adhérents entre organisations. »
En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"
Subscribe to get the latest posts sent to your email.