Franck Marsal: sa réponse sur le PCF dont nous avons besoin ou un congrès pourquoi faire ?

Franck part de ma remarque de hier : la différence qu’il y a quand le PCF est à 20% comme prétend l’être Mélenchon -ça se discute mais faisons comme- il est clair que le capital ne sent pas le même rapport des forces. Cela ne tient pas à la personnalité de Melenchon ou celle de Roussel mais à qui ils ont derrière eux … Avoir des communistes c’est pas pareil que d’en appeler à une masse désorganisée de bobos et de zozos même chauffés à blanc dans le culte du chef… les mêmes bobos et zozos dans un parti communiste deviennent des militants que chacun connait. Comme on disait jadis quand le secrétaire de cellule passe même le chien remue la queue… Je dois avouer que je ne suis pas sure que certains membres actuels du comité national procurent de telles joies au masses y compris aux canidés… Mais écoutons ce Franck qui est sur le terrain nous dit de la question : il place le curseur là où il faut le réarmement et ce que cela signifie… (note de danielle Bleitrach)

Franck Marsal

Le parti communiste ne fait plus 20 % et personne ne l’a remplacé, ni n’est en voie de le faire. C’est un fait.

Nous sommes, en France, dans le stade où tout est fragile et rien encore ne se consolide encore. Il y a de timides avancées, encore essentiellement locales et désordonnées, mais souvent avec une volonté de faire face, quelles que soient les conditions et de chercher une issue..

Ces avancées se produisent dans un contexte qui se tend et où nous sentons monter les dangers : celui de la guerre et celui d’une offensive de la réaction dans notre pays.

Trump a réussi une chose, mettre au pas l’UE et les quelques grands états qui prétendent à la domination en son sein. Ils ont accepté avec joie la mission que la tête de l’impérialisme hégémonique leur a confié : auto-financer et produire l’appareil d’une guerre prolongée et élargie contre la Russie. Trump, de son côté se consacre à la guerre, qui ne s’arrête pas, contre l’Iran au moyen-orient, tout en préparant une possible guerre contre la Chine.

L’Allemagne réarme. La France aussi. L’économie de guerre prend le dessus, les industriels, les uns après les autres (Renault, Arianegroup et tant d’autres) convertissent les usines en usine d’armement. Les milliards affluent obtenus par une pression sans cesse accrue sur le niveau de vie du peuple. La résistance s’accroit aussi et il tenteront bien de la briser.

C’est dans cette perspective que se préparent les prochaines élections dans notre pays.

La grande bourgeoisie maintient encore plusieurs fers au feu, elle a plusieurs cartes dans sa main. Celle du RN est demain susceptible d’être jouée. Ce parti a fait allégeance et il ne cache plus ni sa proximité avec les milliardaires (et même l’aristocratie) ni sa cible principale : les organisations populaires, et en particulier, les organisations syndicales et la CGT. Mais la bourgeoisie et le donneur d’ordre de Washington gardent la possibilité de conserver encore un temps cette force comme un simple repoussoir, pour faciliter l’élection d’un président libéral, pro-guerre et atlantiste.

Le peuple français ne veut pas cela, mais dans la confusion générale et la division, les perspectives d’alternative sont malmenées. Le populisme mélenchonien se concentre sur une chose : éliminer tout débat à gauche, imposer sa candidature unique, marginaliser toute voix discordante. Il s’agit de faire croire que le jeu est fait et que la seule possibilité est de retenter ce qui a échoué déjà par trois fois. Ce faisant, il crée lui-même les conditions de la division.

Or, cette voie est la voie de l’échec assuré : au second tour, Mélenchon serait le candidat contre lequel le capital gagne le plus facilement, et il s’est lui-même désigné ainsi, avec sa logique de « gauche de rupture » (à l’opposé d’une perspective du nécessaire rassemblement populaire) et son autoritarisme. Dans sa propre stratégie, il ne pourrait compter au second tour sur aucun report de voix, ni du centre, bien sûr, ni même d’une partie de la gauche.

Ce n’est pas le seul problème, car le mouvement populaire progressiste ne doit pas se concentrer seulement sur les élections. Il doit être conscient de deux choses :

  1. Les élections ne peuvent à elles seules apporter de solution. Seule la mobilisation organisée et prolongée du peuple peut déjouer les plans de l’impérialisme et des classes dominantes. Les élections sont un moment de cette mobilisation, non leur issue.
  2. La bourgeoisie n’attendra pas mai 2027 pour porter ses coups, comme elle l’a déjà montré il y a seulement quelques semaines en s’attaquant au symbolique 1er mai. Il n’y avait aucune urgence à le faire, sauf pour qui avait l’intention de tâter le terrain pour des attaques de grande ampleur. La situation économique de la rentrée sera très tendue et la logique de guerre va nécessiter des attaques contre les acquis et contre les organisations des travailleurs.

Nous ne devons pas nous laisser endormir par l’idée que les choses se règleront dans les isoloirs en mai 2027, à un moment où tous les coups tordus seront possibles. Nous devons travailler la rentrée avec un esprit de combat et d’organisation large du peuple, et donner le sens de l’élection comme d’un temps de ce combat global en sachant qu’à tous moments, la classe dominante changera les règles du jeu si elle l’estime nécessaire pour son propre intérêt.

Je reste persuadé pour ma part que le PCF est aujourd’hui le point d’accumulation de forces et de compétences autour duquel ce combat peut et va s’organiser. Il y a là une force militante conséquente, qui n’a pas perdu tous ses réflexes d’organisation, même si la plupart des outils sont à recréer. Il y a dans de nombreuses villes, dans les entreprises, des points d’appuis réels. Ils sont diffus, dispersés, il n’y a plus de coordination centrale de ce réseau, mais il existe et est implanté et peut s’appuyer dans de nombreux endroits sur des camarades expérimentés. Le travail entrepris depuis le 38ème congrès peut paraître lent. Des camarades disent : « on se répète, on dit la même chose depuis 3 congrès et ce n’est toujours pas fait ». C’est assez vrai. Mais on ne retrouve pas une perspective historique alors que celle-ci a été abandonnée depuis plusieurs décennies au profit d’une « victoire électorale de la gauche », qui, élection après élection, a été formulée comme la solution principale aux problèmes de la France et des français.

Les points d’appuis isolés doivent être reliés en une base solide et coordonnée. Chacun pourra prendre confiance et gagner la confiance de cercles plus larges de travailleurs. Le travail syndical pourra lui aussi y retrouver de la force et de l’épaisseur, parce qu’un parti portera la perspective la plus large et que les syndicats pourront se concentrer sur l’élargissement de l’action de masse. La bataille l’exigera et les mentalités s’y développeront. Les prises de conscience pourront s’accélérer.

Celles et ceux qui veulent mener un combat collectif, qui veulent organiser les travailleurs et le peuple, qui ne veulent pas se contenter de l’espoir d’un sauveur électorale doivent pouvoir repérer le PCF comme le point d’ancrage à partir duquel cela est possible. Dire qu’il n’y en a pas d’autre ne suffit pas. Il faut expliquer, montrer, relier les faits et les analyses théoriques, s’ouvrir largement aux débats et aux opinions tout en poursuivant le travail théorique critique non pour se perdre dans les détails, mais pour se recentrer en permanence sur l’essentiel.

C’est là, j’en suis convaincu, qu’Histoireetsociété a un rôle important à jouer, rôle que nous devons développer, en réussissant un élargissement du travail,, vers le collectif et l’ouverture. Il n’est pas besoin d’être convaincu de tout un attirail d’idées déjà faites, il est nécessaire de s’engager dans un travail ouvert de réflexion collective armé d’une méthodologie.

Cette méthodologie est là, parce que Danielle l’a construite et nous y a déjà (nous les lecteurs du blog, dont bien sûr, de très nombreux communistes) préparé avec rigueur.

Après y avoir bien réfléchi, je ne veux pas séparer ce travail de mon travail de construction du parti dont nous avons besoin, et je dirai, pour ma part, du PCF dont nous avons besoin.


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