L’aide-soignante et militante communiste, Divine Kinkela, avait été victime d’insultes racistes de ses voisins, comme l’avait révélé un reportage diffusé par France 2 en juin 2024. Depuis, elle continue à subir ce harcèlement raciste. Son voisin a été jusqu’à jeter des excréments sur sa voiture. Pourtant c’est elle qui a été placée quelques heures en garde à vue, jeudi 29 janvier. Elle avait fait usage d’un spray lacrymogène pour se défendre.

Franck Cartelet
Montargis (Loiret), envoyés spéciaux
L’émotion se lit son visage. « Ils m’ont déjà dit qu’ils allaient prendre mon sourire, explique, aux bords des larmes, Divine Kinkela. Mais je suis naturellement joyeuse. Je pense que cela va déranger les racistes de voir une femme noire rayonner ». En 2024, dans la foulée de la dissolution, l’aide-soignante de 57 ans avait été projetée au-devant de l’attention médiatique, après une enquête de France 2 sur le vote Rassemblement nationale, à Montargis, dans le Loiret. Dans le reportage diffusé par Envoyé spécial, ses voisins, Didier et Nelly Harnois, proféraient, face caméra des injures racistes : « On a quitté les HLM à cause de gens comme toi », « On est chez nous alors tu dégages », « Va à la niche »…
Un an et demi plus tard, la pression médiatique est retombée. Les actes racistes demeurent. Par une invraisemblable inversion de la charge de la preuve, Divine Kinkela a été placée en garde à vue, ce jeudi 29 janvier. Tout commence le dimanche 18 janvier, l’aide-soignante, par ailleurs militante communiste, remarque la présence d’excréments sur la voiture de son époux. « Bien que nous ayons de forts soupçons, nous n’avons rien voulu dire. »
Trois jours plus tard, rebelotte, cette fois-ci sur une voiture de location dont Divine fait usage. « J’étais en train de vider le coffre de mes courses. Mes voisins étaient présents, non loin. Dans mon dos, j’ai entendu du bruit. Des excréments avaient été projetés sur le véhicule », témoigne-t-elle, photos à l’appui. Une nouvelle plainte est déposée dans la foulée, que l’Humanité a pu consulter.
« Je pensais qu’il pouvait facilement me frapper »
Le troisième acte intervient jeudi 29 janvier. Alors que Divine est au volant de sa voiture, son voisin s’avance vers elle. « Il a craché sur la fenêtre, assure-t-elle. J’étais d’autant plus inquiète que Didier Harnois sort tout juste de juste de prison pour violence conjugale ». Une information confirmée à l’Humanité, par un proche du couple, qui a refusé nos demandes d’entretiens. Puis Divine et son voisin se font face. « Je pensais qu’il pouvait facilement me frapper. Alors j’ai fait usage d’un spray lacrymogène dont j’avais fait l’achat pour me défendre. »
Cette fois-ci, la police nationale intervient, suite à un appel du couple Harnois. « Les forces de l’ordre connaissent ce dossier et ne se sont jamais déplacées alors que des procédures judiciaires sont en cours », objecte l’aide-soignante originaire de la République démocratique du Congo. Qui poursuit : « Les policiers m’indiquent que je dois me présenter au commissariat. Une fois sur place, on m’a notifié ma garde à vue. »
Six heures plus tard, la militante PCF, candidate sur la liste conduite par Bruno Nottin aux élections municipales, ressort libre. Le lendemain, « le commissariat de Montargis m’a indiqué que je devais me soumettre à une évaluation psychologique », confie l’aide-soignante.
Libération des pulsions racistes
Une situation que dénonce Bruno Nottin : « Divine Kinkela est la victime dans cette affaire, pas la coupable. » Le candidat PCF à la mairie de Montargis n’oublie pas de faire le lien avec l’implantation de l’extrême droite dans l’Est du Loiret. « L’élection d’un député RN conduit à une libération des pulsions racistes. Malgré le précédent reportage de France 2, les actes d’intimidations se poursuivent. Divine est une femme, noire et communiste. C’est manifestement beaucoup trop pour certains. ». De son côté, Divine Kinkela entend rester digne : « Je suis née libre, avec des valeurs. Je ne peux pas accepter de me faire humilier gratuitement. »
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