Trois semaines après la mort de Quentin Deranque, le collectif d’extrême droite Némésis n’a pas cherché à s’imposer dans la manifestation féministe du 8 mars, contrairement aux autres années. Un rassemblement, aux accents xénophobes, s’est en revanche tenu dans le XVIe arrondissement. Avec le soutien d’élus RN.

Pour Némésis, le 8 mars est essentiel. Non pour faire avancer la lutte pour les droits de femmes mais pour se faire connaître et instrumentaliser cette journée au profit de leurs idées racistes. « Nous refusons d’être de la chair à canon au nom du vivre-ensemble et du laxisme migratoire », résume dès le début de son discours la fondatrice du collectif, Alice Cordier. Face à elle, environ 200 personnes, la plupart habillés en blanc avec une casquette rose, se sont réunies sur une place du XVIe arrondissement de Paris.
Cela signe un changement de méthode. Ces dernières années, c’est en s’imposant dans la manifestation des associations féministes, que les Némésis ont fait parler d’elles. Une stratégie d’agit-prop, volontiers provocatrice, avec des mots d’ordre visant « les étrangers violeurs » ou les « gauchistes complices ». Et tant mieux si cela génère des tensions, rapidement mises en scène sur leurs réseaux sociaux.
Le journal l’Humanité conspué
Cette année, trois semaines après la mort de Quentin Deranque, après un affrontement entre des militants antifas et des néofascistes venus faire le service d’ordre d’une action de Némésis, le collectif a préféré faire un contre-rassemblement. Et ce, sans attendre la décision du ministère de l’Intérieur, sommé par les organisatrices du 8 mars d’interdire la présence de Némésis dans leur cortège. « Nous sommes obligées d’être loin pour pouvoir manifester sans se faire tuer », prétend à la tribune Alice Cordier. Le défilé du 8 mars ? « Des manifestations d’extrême gauche avant d’être des manifestations féministes », « des militantes qui en réalité parlent de tout sauf des droits des femmes », vomit-elle.
Dans le 16e arrondissement pourtant, il a peu été question des femmes dans la bouche des Némésis. Mais beaucoup des« étrangers », de « cultures importées » ou encore de « gauchistes qui haïssent la France ». « Nous sommes le cri de justice de la femme française qui refuse d’être étrangère sur ses propres terres », rebondit Louise, porte-parole de l’Uni, syndicat étudiant d’extrême droite, invitée à prendre la parole sur l’estrade.
Sur les pancartes s’affichent des slogans comme « Qui protège les femmes ? Ni l’État ni l’islam » ou les photos de Rima Hassan et Danièle Obono, clouées au pilori, tandis que les responsables du collectif font chanter « LFI assassins ».
Le journal l’Humanité est également conspué. Il y a deux semaines, nous révélions dans nos colonnes des échanges entre des membres de Némésis et le groupuscule néofasciste Audace, à Lyon, afin que les premières servent d’ « appât » pour tendre un « traquenard » aux militants antifascistes, permettant à leurs partenaires d’extrême droite de les attaquer. Ces liens avec les groupes fascistes – qui ne s’arrêtent pas là, comme détaillées dans un second article – n’empêchent pas l’extrême droite institutionnelle de maintenir sa proximité avec le collectif.
« Je voudrais parler du Rassemblement national, de Reconquête, de certains élus LR qui nous ont soutenues, ne nous ont pas lâchées », salue Alice Cordier. La députée européenne Marion Maréchal, le candidat RN à la mairie de Paris Thierry Mariani et la députée apparentée RN Anne Sicard sont notamment présents, ce 8 mars. La première n’a pas parlé de féminisme mais de « l’extrême gauche (qui) a organisé une offensive politique et médiatique après la mort de Quentin (Deranque), dans un processus d’inversion d’accusations absolument abjecte », sous-entendant une alliance entre LFI et notre quotidien : « Le journal l’Humanité a fait le sale boulot », accuse la petite-fille de Jean-Marie Le Pen.
Thierry Mariani et ses « barbares d’aujourd’hui »
À la tribune, l’élu RN Thierry Mariani lui succède en convoquant l’histoire pour imager sa rhétorique xénophobe. Après avoir monologué sur « Paris, placée sous la protection de Sainte-Geneviève contre les hordes de barbares au Ve siècle », il enchaîne : « Les barbares d’aujourd’hui ne sont plus les Huns mais ils menacent tout autant notre sécurité, notre société, notre liberté. »
À chaque prise de parole, la gauche et les étrangers sont ciblés. Pour les violences sexistes et sexuelles, la surexposition des femmes à la précarité, le sexisme ordinaire, le combat pour la liberté de nombreuses femmes dans le monde, ce n’est évidemment pas sur ce rassemblement-là qu’il faut compter.
Le ton du meeting improvisé finit toutefois par changer lorsqu’une femme, victime de viol, vient témoigner des atrocités qu’elle a subies. Son propos est sincère, poignant, nécessaire. Elle raconte les failles de la justice qui en première instance a prononcé un non-lieu contre ses agresseurs. Précisément l’un des principaux combats des associations féministes, qui proposent des changements de législation et des actions concrètes, alors que 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Jamais les représentantes de Némésis n’en parlent.
En revanche, les deux agresseurs étaient sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, témoigne la victime. Voilà tout ce qui intéresse le collectif, qui en conclusion de son témoignage lance pour slogan « Application des OQTF ! ».
Le féminisme de Némésis n’est qu’un faux-nez pour ce collectif au sein duquel les propos misogynes pullulent, et qui œuvre en outre pour « un retour de la virilité européenne », selon les propres mots d’Alice Cordier. Ce qui en dit davantage sur les raisons de leur combat contre les associations féministes.
Némésis entend d’ailleurs leur disputer le terrain. « On retournera aux manifestations du 8 mars et de fin novembre comme les années précédentes », promet Alice Cordier, en guise de conclusion à son raout xénophobe.
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Florent LE DU