Le premier tour des élections municipales confirme une progression de l’abstention et une avancée du RN, face auquel la gauche montre de bonnes résistances.

© Fred TANNEAU / AFP
Les Français aiment leurs maires. Mais ils aiment semble-t-il de moins en moins les élections. Ce dimanche, seuls 56 % des Français sont allés voter lors du premier tour des municipales, alors que les édiles restent les élus préférés des Français, loin devant les parlementaires et le président de la République. Cette abstention – record si l’on exclut le scrutin de 2020 marqué par la pandémie de Covid – progresse de 7 points par rapport à 2014, signe d’une crise démocratique toujours plus profonde.
À Marseille par exemple, à l’heure où nous écrivons ces lignes, seuls 50,6 % des électeurs sont allés voter. La quadrangulaire qui pourrait se jouer au second tour entre le socialiste Benoît Payan (38,4 % des voix), le candidat du RN Franck Allisio (33,6 %), l’insoumis Sébastien Delogu (12,3 %) et la candidate de droite Martine Vassal (12 %) ouvre tous les scénarios possibles, et pourrait conduire au pire en cas d’union des droites si la gauche refusait de le faire.
Tentative de grand renversement
Car, de façon totalement inédite dans l’histoire de la Ve République, ces municipales sont aussi le théâtre d’une tentative de grand renversement. Alors que l’extrême droite se banalise toujours plus, que son union avec la droite dite républicaine progresse comme jamais, la gauche se fragmente dangereusement. À Paris, où le socialiste Emmanuel Grégoire, soutenu par le PCF et Les Écologistes, est en tête (38,5 %), la candidate de droite Rachida Dati (24 %) pourrait profiter de la division de la gauche, alors que l’insoumise Sophia Chikirou arrive troisième (11,7 %).
À Lyon, l’écologiste Grégory Doucet arrive à égalité avec le candidat de la droite Jean-Michel Aulas (37,5 % chacun), quand LFI réalise 9,7 % des voix. Et à Toulouse, c’est le sortant de droite Jean-Luc Moudenc qui arrive en tête (38,4 %), devant l’insoumis François Piquemal (26,9 %) puis le socialiste François Briançon (24,7 %).
Dès dimanche soir, les négociations ont donc débuté entre les différentes forces progressistes dans tout le pays. Si la fusion des listes derrière celle arrivée en tête au premier tour est une tradition à gauche depuis 1962, obtenue à l’initiative des communistes, elle semble de plus en plus compromise, alors qu’insoumis et socialistes se tirent dessus à boulets rouges depuis des mois.
Le fondateur de Place publique, Raphaël Glucksmann, a déclaré la semaine dernière que « tout en nous, et autour de nous, nous oblige à rompre définitivement et sans retour possible avec Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ». Des mains ont toutefois été tendues dimanche soir, de différentes façons selon les villes. Le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, a appelé à des « fusions techniques », non pas pour cogérer des villes, mais pour organiser « un front antifasciste au second tour de l’élection ». Les listes fusionnées, ou non, peuvent être déposées jusqu’à mardi 18 heures.
172 maires PCF réélus dès dimanche soir
De l’autre côté, la droite et l’extrême droite multiplient les signaux de convergence depuis des mois. Des passerelles ont été observées dès le premier tour. Si le président du Sénat, Gérard Larcher, les écarte fermement, le président du parti LR, Bruno Retailleau, prétend refuser tout accord électoral mais s’adresse « aux électeurs du RN pour que l’union des droites se fasse par le terrain, dans les urnes ». Jordan Bardella appelle pour sa part à constituer un « cordon sanitaire anti-LFI ». Reste à savoir si de possibles unions de la droite et de son extrême se concrétiseront d’ici à mardi, lors de fusions, ou d’ici à dimanche, à travers des consignes de vote.
L’extrême droite, dont les maires sortants ont souvent été réélus dès le premier tour, (Fréjus, Béziers, Hénin-Beaumont), arrive en tête à Toulon (Laure Lavalette, 41,2 %) et à Nice (Éric Ciotti, 42,5 %). Elle l’a emporté dès dimanche à Cagnes-sur-Mer. Elle pourrait battre son record de maires élus et de conseillers municipaux siégeant dans plusieurs villes du pays. Mais elle échoue à ravir Lens, Avion, et Saint-Amand-les-Eaux à la gauche, où le socialiste Sylvain Robert, et les communistes Jean Letoquart et Fabien Roussel sont élus dès le premier tour.
172 maires PCF ont d’ailleurs été réélus dès dimanche soir, notamment à Dieppe, Le Tréport, Genneviliers, Mitry-Mori ou Tarnos. À Nîmes, le candidat communiste Vincent Bouget et celui du RN Julien Sanchez sont à égalité (30,05 %) avant un second tour qui s’annonce très serré. Le candidat PCF Bruno Nottin affrontera lui aussi l’extrême droite à Montargis. La compétition entre forces de gauche s’annonçait par ailleurs dans un mouchoir de poche dans des villes comme Vénissieux ou La Courneuve. Aubervilliers ou La Courneuve. Et Le PCF en tête devant LFI à Vénissieux. Les insoumis Bally Bagayoko et David Guiraud étaient donnés largement en tête à Saint-Denis et Roubaix. La communiste Amandine Demore était donnée en tête à Echirolles.
Participation historiquement faible
La gauche qui dirige pour le moment l’ensemble des plus grandes villes du pays, en dehors de Toulouse et Nice, semble bien placée pour conserver Rennes, Strasbourg, Montpellier, Lille, Bourges et Clermont-Ferrand. Les maires écologistes, après la vague verte de 2020, sont partout défiés par une droite revancharde, mais semblent mieux résister qu’annoncé, notamment à Poitiers.
Au Havre, le candidat PCF Jean-Paul Lecoq (33 %) défiera Édouard Philippe (43 %) au second tour. L’ancien premier ministre a fait de sa réélection la condition de sa candidature à la présidentielle de 2027. Mais de façon générale, les médias ont surnationalisé le scrutin, parlant peu des problématiques locales.
Le vote sanction vis-à-vis du gouvernement a très peu guidé les électeurs, selon l’Ifop (26 % des sondés, contre 36 % en 2020). Les macronistes et les partis au pouvoir, invisibles dans cette campagne et quasiment inexistants en termes d’implantation locale, auront joué les figurants dans ce scrutin.
Avec une participation historiquement faible au premier tour, la gauche pourrait toutefois déjouer les pronostics en mobilisant massivement au second tour dans les villes et quartiers qui se sont massivement abstenus ce dimanche. Une autre élection commence, avec une campagne de deuxième tour qui durera moins d’une semaine, loin du délai d’entre deux trous connu en 2020 avec le Covid.
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Aurélien Soucheyre