Effondrement du bloc macroniste et percée de l’extrême droite chez certains : un sondage permet d’y voir plus clair sur le vote aux municipales des sympathisants des syndicats.

Vote-t-on davantage pour le RN quand on est proche de la CGT ou de FO ? Les sympathisants de la CFDT se sont-ils détournés du vote macroniste ? Un sondage récemment réalisé par Harris donne quelques indications quant au comportement des électeurs se déclarant proche des syndicats lors du premier tour des municipales, même si les chiffres doivent être pris avec un certain recul (il ne s’agit pas d’un sondage réalisé auprès des adhérents).
Premier enseignement, « le très net recul du bloc central (Majorité présidentielle et alliés) chez les salariés syndiqués, note l’institut de sondage. Alors qu’il captait une part significative de ces électorats en 2020, le centre ne recueille plus que 14 % des voix chez les proches d’un syndicat de salariés, soit une baisse de 5 points. Ce désamour est particulièrement visible à la CFDT, où le bloc central s’effondre de 11 points (passant de 25 % en 2020 à 14 % en 2026). » Il est probable que ce « désamour » trouve notamment sa source dans la violence de la politique macroniste à l’endroit du Code du travail et de la démocratie sociale dans son ensemble.
Progression de l’extrême droite chez FO… et chez les patrons
Deuxième enseignement, si la gauche reste majoritaire auprès des sympathisants syndicaux (44 % choisissent ce camp, contre 27 % chez les électeurs proches d’aucun syndicat), cela cache des tendances plus contrastées. En baisse chez les proches de certains syndicats, la gauche gagne à l’inverse des points de manière assez spectaculaire chez les sympathisants de la CFE-CGC.

« Le vote pour le bloc de gauche y bondit de 11 points (32 % contre 21 % en 2020), au détriment direct de la droite et du centre », note Harris. Cette forme de « radicalisation » (sans connotation péjorative) est probablement liée à un ras-le-bol grandissant chez les cadres, en butte à une dégradation de leurs conditions de vie et à une forme de perte de sens au travail.
Ce malaise a notamment déjà été mesuré par l’UGICT-CGT à travers plusieurs enquêtes.
Dernier enseignement et non des moindres, la progression de l’extrême droite, à la fois chez FO et chez les sympathisants patronaux. La progression est impressionnante chez les personnes se déclarant proches de la CMPME ou du MEDEF, chez lesquelles le vote pour l’extrême droite est passé de O % en 2020 à 14 % en 2026 : un signe supplémentaire que les chefs d’entreprise sont de plus perméables aux idées du RN.
Pour ce qui est des proches de FO, on observe que le bloc extrême droite recueille 15 % des suffrages, contre « seulement » 5 % chez les proches de la CGT ou 6 % chez ceux de la CFDT. Pour Stéphane Sirot, spécialiste du syndicalisme, ces chiffres confirment des tendances observées de longue date. « Historiquement, il ne faut pas oublier que FO s’est construite sur une ligne anticommuniste, ce qui a permis à des militants de droite ou d’extrême droite de s’y retrouver. Ensuite, ce syndicat a pris pour habitude de ne pas regarder la provenance politique de ses adhérents. À la CGT, dès qu’un élu est identifié comme lié à l’extrême droite, il est démis de ses mandats. Ce n’est pas le cas à FO, où vous êtes en quelque sorte autorisé en tant que militant à avoir la préférence politique que vous voulez. »
Et l’historien de conclure en élargissant la focale : « Au-delà de FO, on constate qu’aucune organisation n’est immunisée contre l’extrême droite, ce qui assez normal : même si les syndicats défendent des valeurs d’antiracisme et de solidarité, ils ne peuvent pas complètement s’extraire du climat général dans lequel ils sont plongés. »
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Cyprien Boganda