Une baisse démographique qui s’accélère
En 2025, le nombre de décès a dépassé celui des naissances. Depuis une décennie, une bascule démographique s’opère qui se répercute déjà sur l’école, en particulier dans le premier degré. « Au total, la baisse des effectifs s’établirait à 1,7 million d’élèves en dix ans, avec des évolutions contrastées selon les académies et les départements », indiquent les auteurs de la note publiée le 7 avril 2026.
125 400 élèves en moins dès la rentrée 2026
À court terme, la tendance est déjà nette. Pour la rentrée 2026, la baisse atteindrait 2 %, soit 125 400 élèves en moins dans le premier degré. Toutes les tranches d’âge ne sont pas touchées de la même manière : le nombre d’enfants de 5 ans augmenterait légèrement (+0,9 %, soit 6 400 élèves). Mais c’est surtout au collège que la baisse s’annonce la plus marquée, avec 20 800 élèves en moins en classe de sixième.
Dans le document de travail détaillé de 48 pages sur lequel s’appuie la note de deux pages de la Depp, reprise par de nombreux médias, les auteurs précisent : « Quel que soit le secteur, ce sont les collèges qui porteraient l’essentiel de la baisse alors que les formations professionnelles verraient leurs effectifs progresser dans les deux secteurs. » Ils ajoutent : « Pour les collèges, la baisse serait légèrement plus marquée dans le secteur public que dans le secteur privé sous contrat (-1,2 contre -0,9 %), conséquence des évolutions de ces dernières années. »
Et soulignent une évolution notable : « Entre 2022 et 2025, le taux de passage des élèves de CM2 du secteur public vers la sixième du secteur public a diminué d’un point alors qu’à l’intérieur du secteur privé sous contrat, le taux de passage du CM2 à la 6e progressait de 0,2 point. » Ainsi, « les flux CM2-6e entre les secteurs ont été relativement plus nombreux au cours de cette période du public vers le privé sous contrat que du privé sous contrat vers le public ». et cette tendance n’est pas un détail.
Inclusion : une hausse qui interroge dans un contexte de précarisation et de manque des AESH
Autre évolution notable : la progression attendue des dispositifs d’inclusion. Les effectifs augmenteraient de 2,2 %, avec une hausse de 0,5 % en ULIS (soit environ 300 élèves supplémentaires), tandis que les effectifs en SEGPA resteraient stables. « Ces évolutions, dans un contexte de baisse générale des effectifs, traduiraient la poursuite des politiques publiques visant à renforcer la scolarisation des élèves en situation de handicap dans le premier degré », indique le document de travail.
Mais sur le terrain, cette lecture est loin de faire consensus. Manque de statut, précarité, absence de formation : les AESH restent largement sous-dotées, interrogeant la réalité des moyens mis en face de ces ambitions affichées.
Une baisse massive d’ici 2035
À plus long terme, la tendance s’accentuerait fortement. Dans le premier degré, la baisse atteindrait – 12,2 % d’ici dix ans. Dans le second degré, le mouvement suivrait – en toute logique – avec un léger décalage. « C’est au collège que la baisse serait la plus marquée avec 513 800 élèves de moins (-15,3 %). Au lycée, à moyen terme, la baisse démographique devrait se répercuter sur l’ensemble des formations, y compris la voie professionnelle qui perdrait 56 500 élèves en dix ans (-8,5 %). Au lycée général et technologique, la baisse serait de 173 500 élèves (-10,8 %) », précise la note. Les auteurs insistent également sur un point : « La diminution des effectifs concernerait les secteurs public et privé sous contrat dans des proportions similaires. »
Une hypothèse discutée, alors que certains travaux, notamment à Paris, montrent des dynamiques différentes, avec une baisse démographique davantage absorbée par le secteur public — un sujet de préoccupation majeur pour les défenseurs de l’école publique.
Une hypothèse de stabilité contestée
Le document de travail avance une projection globale : « À l’horizon 2035, d’après le scénario intermédiaire, il y aurait une baisse des effectifs du premier et du second degré dans les établissements publics et privés sous contrat d’un total de 1 676 800 élèves, soit une baisse de 14,2 % de la population scolaire actuelle. »
Cette projection repose sur une hypothèse clé : « Compte tenu de l’hypothèse de stabilité des comportements de scolarisation entre secteurs, les parts des effectifs dans les secteurs public et privé sous contrat seraient globalement stables par rapport à la situation observée. » Là encore, cette hypothèse interroge, alors que les choix des familles évoluent dans un contexte de perception d’un service public fragilisé.
De fortes disparités territoriales
Enfin, la note met en lumière des écarts importants selon les territoires. Dans le premier degré, les baisses les plus marquées concerneraient Paris, Nancy-Metz et Lille, avec des reculs particulièrement forts dans des départements comme la Meuse, les Vosges ou le Nord. D’autres académies, comme Nice ou Lyon, seraient moins touchées mais avec de fortes disparités internes.
Dans le second degré, la baisse serait quasi générale, particulièrement dans le nord et l’est, avec des reculs dépassant 20 % dans certains territoires comme le Pas-de-Calais ou la Meuse. À l’inverse, Versailles, Créteil et Nice seraient relativement épargnées.
Outre-mer, les évolutions sont plus contrastées : en Martinique, la baisse est forte, plus modérée en Guadeloupe et à La Réunion, tandis que la Guyane et Mayotte verraient leurs effectifs progresser dans le second degré.
Dans un contexte de mobilisation contre les suppressions de postes, cette projection démographique nourrit un débat central : la baisse du nombre d’élèves doit-elle conduire à réduire les moyens, ou au contraire à améliorer les conditions d’enseignement, particulièrement dans le service public d’éducation fragilisé ?
Djéhanne Gani
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