École – Désinformation et résistance

 

Alors que la mission de l’école demeure de former de futurs citoyens éclairés, en capacité de distinguer faits et croyances, force est de constater que le compte n’y est pas, qu’il y est de moins en moins quand la post-vérité est instituée comme stratégie majeure de domination. La violence et l’agressivité des politiques dites illibérales sont à la hauteur des enjeux : droites et extrêmes droites ne se trompent pas sur l’importance de l’éducation et de la culture pour mener à bien leur projet mortifère. Continuer la lecture de École – Désinformation et résistance

L’antifascisme, l’affaire de tous et de toutes

Écrivaine et éditrice, Juliette Rousseau estime que l’antifascisme ne peut pas être pratiqué de la même façon à la campagne. Elle invite à convaincre et à rassembler en réveillant la joie d’une collectivité qui refuse de se laisser réduire ou enfermer.

Alors que l’antifascisme est actuellement en proie à toutes les attaques dans le débat public, y compris les plus malhonnêtes, et que la mort tragique de Quentin Deranque rend manifeste la convergence d’une forme de national-syncrétisme au sein de l’extrême droite, une question fondamentale demeure : comment maintenir et amplifier la résistance nécessaire à la montée du Rassemblement national et à la flambée de violence due en grande partie à la droite radicale ? Continuer la lecture de L’antifascisme, l’affaire de tous et de toutes

Des élèves interdits de chanter, Lavilliers en soutien aux salariés d’une aciérie promise à la fermeture…

Par Acide Carton, Inspecteur Honoraire de l’Éducation Nationale, Commandeur des Palmes Académiques

Voilà où nous en sommes en France: Disons d’abord, comme le démontrent les historiens Johann Chapoutot et Pierre Serna : voilà un bel exemple de l’extrême-centre en action. Il devient même inquiétant que des fonctionnaires deviennent à ce point si serviles ; qu’ils aient à ce point perdu tout recul critique face aux injonctions de leur hiérarchie bien ignorante des fondamentaux de l’action pédagogique et des missions historiques de l’école publique. La réaction ne remontera jamais assez loin pour traquer toute conception révolutionnaire de la Nation. Elle nous enfermera dans le « travail, famille patrie » pour les détruire tous les uns après les autres (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Faut-il rappeler ici que les corps d’inspection de l’éducation nationale furent « inventés » vers 1793 par Condorcet et les révolutionnaires Le Pelletier de Saint-Fargeau et Bouquier, pour veiller à l’indépendance de l’École vis-à-vis des pouvoirs quels qu’ils fussent et que celle-ci soit en phase avec les citoyens et le contexte social, géographique dans lequel elle se trouvait.

Y a-t-il quelque chose de plus inhumain, d’invraisemblable pédagogiquement, que de priver des enfants de travailleurs de chanter en soutien à leurs parents et ainsi d’apprendre concrètement à quoi sert l’instruction civique ? Eh bien, voilà donc ce que l’Inspection d’Académie de l’Allier, soutenue sans aucun doute possible par le Ministère extrême-centriste, s’est permis. Ces mêmes rectorats ne sont pas si prompts à contrôler ce qui se chante dans certains établissements catholiques sous et hors contrat. Continuer la lecture de Des élèves interdits de chanter, Lavilliers en soutien aux salariés d’une aciérie promise à la fermeture…

Némésis: Le vrai visage, à la croisée de toutes les extrêmes droites

Après nos révélations des échanges confidentiels d’une de ses cadres locales avec des néofascistes lyonnais, le collectif est dans la tourmente. En dépit de ses dénégations, le mouvement cultive bien des liens tous azimuts avec les groupuscules les plus radicaux comme avec le RN ou Reconquête. En arrière-plan, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin veillent à populariser et financer ses actions.

Alice Cordier du collectif Némésis dans la manifestation parisienne du 8 mars 2025 à Paris.  © Lionel Préau

Pendant plusieurs jours, profitant de la sidération, c’est une vraie fable qu’elles ont dictée. Après la mort tragique, le 14 février, de Quentin Deranque, le jeune identitaire frappé au sol à coups de pied dans la tête par des militants antifascistes à Lyon, les dirigeantes de Némésis ont pu dérouler leur récit des événements, tissé de rumeurs, d’omissions, voire de mensonges.

Voyez ces gentils garçons qui, venus défendre une action pacifique contre la tenue d’une conférence, subissent une attaque au couteau d’antifas menée notamment par une étudiante « identifiée », dont Alice Cordier, cheffe du groupe fémonationaliste, livrera le nom à deux reprises chez Pascal Praud à l’antenne d’Europe 1… Mais rien n’était vrai ! Continuer la lecture de Némésis: Le vrai visage, à la croisée de toutes les extrêmes droites

Un 24 février par Jakline Boyer

De la propagande ordinaire en France, une propagande qui sans doute pour la première fois depuis l’union sacrée et à la mort de Jaurès assassiné (dont l’assassin fut gracié comme un patriote) tant le consensus en faveur de la boucherie était total, il n’y a aucun parti, aucune presse pour s’y opposer. Voici une illustration de ce que je décris dans le Zugzwang(1) comme une « censure militaire » décrite par Jakline Boyer dans la manière dont l’UE et son système de propagande a célébré le 24 février 2022. (note de danielle Bleitrach pour histoire et societe)


Publié le 24 février 2026 par Boyer Jakline

Battez, tambours, sonnez, trompettes : 24 février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. 

Anniversaire : Von der Leyen débarque à Kiev, bouquet de fleurs à la main. Anne Ponsinet, pour France 2, est en direct de Moscou, où  » l’économie commence à donner des signes d’essoufflement ». Bref, les petits plats dans les grands pour conforter le « narratif »  menteur et criminel. Car à quelques centaines de kilomètres de là, les services ukrainiens kidnappent les hommes dans la rue pour les envoyer au front, et à Donetsk, Lougansk on est dans la douzième année de guerre : écoles, hôpitaux bombardés, vie dans les caves, comme l’avait promis le président d’alors Porochenko, des milliers de morts, civils de préférence, femmes et enfants… Tiens, tiens,  cela ne rappellerait pas quelque chose ? Continuer la lecture de Un 24 février par Jakline Boyer

Mort de Susan George, figure altermondialiste et écologiste visionnaire

Susan George s’est éteinte le 14 février. En lutte contre « la classe de Davos », elle avait dénoncé les effets de la révolution verte dans les pays du Sud et mis au jour la fusion entre néolibéraux et néoconservateurs.

Geneviève Azam est économiste, essayiste et membre d’Attac.

Susan George (1934-2026), une voix majeure et une âme inspirante de l’altermondialisme, s’est éteinte le 14 février. Elle était présidente d’honneur de l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac) qui lui a rendu hommage dans un communiqué, retraçant les étapes essentielles de son engagement contre ce qu’elle nommera plus tard, « la classe de Davos ». Continuer la lecture de Mort de Susan George, figure altermondialiste et écologiste visionnaire

Mort de Quentin Deranque : malgré les déclarations du RN, la majorité des crimes politiques sont le fait de l’extrême droite

L’instrumentalisation de la mort du militant nationaliste Quentin Deranque participe à une réécriture de l’histoire de la violence politique en France. Les chiffres et archives montrent pourtant que la majorité des meurtres à caractère idéologique sont le fait de l’extrême droite.

Une fresque en mémoire d’Aboubakar Cissé, tué dans une mosquée de La Grand-Combe par un raciste.
© Dragan Lekic/Hans Lucas

Quand il consiste à compter des morts, l’exercice de la statistique est d’une froideur affreuse. Mais il s’avère en certaines circonstances nécessaire pour saisir la réalité des faits dans un climat politique délétère. Depuis le 14 février, la mort tragique du militant d’extrême droite Quentin Deranque, lors d’un affrontement avec des antifascistes à Lyon, fait l’objet d’une instrumentalisation effrénée. Laquelle donne lieu à une réécriture de l’histoire de la violence politique en France.

« La violence d’extrême droite est dérisoire, ça n’existe pas statistiquement, a ainsi osé affirmer Marion Maréchal sur BFM TV, le 17 février. La seule violence qui est structurelle, massive, systématique est d’extrême gauche. »

Les chiffres et les archives disent tout le contraire. En France, selon la contribution de Nicolas Lebourg, historien, à l’ouvrage de référence Violences politiques en France (les Presses de Sciences Po, 2021), sur 53 morts attribuées à des militants politiques entre 1986 et 2014, 5 impliquent des militants de gauche (dont 4 pour le seul groupe Action directe) et 48 incombent à l’extrême droite.

L’extrême droite tue parce qu’elle est raciste, antisémite, homophobe, antiféministe

Et derrière les chiffres, il y a des profils. Les assassinats perpétrés par le groupe Action directe ont visé des représentants de l’appareil d’État, des figures du patronat. Les crimes commis par l’extrême droite sont, eux, motivés par le rejet de « l’autre », assigné à une identité essentialisée. Bref, l’extrême droite tue parce qu’elle est raciste, antisémite, homophobe, antiféministe.

« Depuis une dizaine d’années, il y a eu une forme de dissociation entre le Rassemblement national, qui s’est institutionnalisé, et les milices d’extrême droite violentes. Elle n’a pas donné lieu à un arrêt des violences, au contraire, elles s’intensifient, avec une stratégie de quadrillage du territoire », analyse Arié Alimi, avocat et membre de la Ligue des droits de l’homme (LDH).

Entre 2022 à 2026, douze homicides impliquent l’extrême droite, dont cinq pour la seule année 2022. Dans son livre les Tueurs d’extrême droite, le journaliste Paul Conge (éditions du Rocher, 2025) inscrit cette acmé de violence meurtrière dans le contexte d’une « campagne présidentielle marquée par la montée en puissance de Marine Le Pen et Éric Zemmour ». Celle-ci a contribué, selon lui, à galvaniser des « tueurs radicalisés ».

Les victimes : le rugbyman argentin Federico Martin Aramburu, tué par l’ex-militant du GUD Loïk Le Priol, pour s’être interposé au cours d’une agression raciste ; Éric Casado Lopez, abattu par le complotiste antisémite Martial Lenoir ; les Kurdes Mir Perwer, Abdurrahman Kizil et Emine Kara, assassinés par William Malet, fanatique de Jean-Marie Le Pen et d’Éric Zemmour.

« Auparavant, il y avait une séparation entre les orientations politiques des différents groupuscules d’extrême droite. Maintenant, elles ont fusionné, formant un magma qui est en train de forger l’extrême droite violente à venir », estime l’avocat.

Peu d’émoi et une justice lente pour les victimes de l’extrême droite

Ces douze meurtres en à peine quatre ans ont suscité peu d’émoi sur la scène politique. Alors qu’une minute de silence a été unanimement respectée à l’Assemblée pour Quentin Deranque, les macronistes et le RN s’étaient ainsi opposés à celle proposée par la gauche pour Aboubakar Cissé, poignardé de 57 coups de couteau dans la mosquée de La Grand-Combe (Gard) le 25 avril 2025.

Certains homicides passent aussi sous les radars médiatiques. « Malheureusement, cela relève de la tradition française, de l’habituation et peut-être d’une indifférence aux actes violents ou criminels de l’extrême droite française », observe Arié Alimi.

Et pour bien des crimes commis en raison de l’origine ou de la religion de la victime, la justice a choisi de ne pas retenir le motif raciste comme circonstance aggravante. C’est le cas dans l’affaire Djamel Bendjaballah, cet éducateur de 43 ans tué le 31 août 2025 près de Dunkerque par Jérôme D., pilier de la Brigade française patriote, un groupuscule d’ultradroite. De multiples plaintes pour « injure non publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion » avaient pourtant été déposées par la victime. Toutes classées sans suite.

Ces crimes meurtriers s’inscrivent tous dans un continuum de violences politiques rarement pris au sérieux. À Lyon, selon Rue 89, sur 102 attaques, agressions et actes haineux documentés et attribués aux groupuscules d’extrême droite entre 2010 et 2025, 70 % sont restés impunis.

La critique de l’Humanité est malheureusement aisée, trouver des solutions dans et hors parti.

Nous recevons un certain nombre d’articles de militants communistes qui disent leur désarroi devant la ligne éditoriale du quotidien l’Humanité. Les mêmes souvent soulignent l’apport d’Histoireetsociete comme celui de ce camarade de l’Isère. Cette appréciation concerne en priorité ceux qui dans notre équipe sont membres du PCF à savoir Marianne Dunlop et Franck Marsal. Mais pas seulement parce que l’absence d’une presse qui dénonce le consensus atlantiste voire celui qui nous mène vers le fascisme et la guerre concerne notre pays, la France, qui devient de plus en plus la proie d’attitudes inquiétantes. A ce titre, si je n’ai jamais eu de sympathie pour les casseurs et ceux qui divisent le mouvement ouvrier sous prétexte de radicalisme, voir l’assemblée nationale française contribuer à promouvoir debout un « Horst Wessel » (pour ceux qui ignoreraient de quoi il s’agit, je leur conseille une petite recherche). Le véritable problème est l’affaiblissement du PCF, en nombre de militants mais aussi dans leur formation dont l’état de la presse et des débats est l’illustration. C’est contre cet affaiblissement que quelle que soit l’adhésion ou non de ses membres définit sa propre ligne éditoriale. merci de l’avoir compris. C’est d’ailleurs le sens du livre que je viens de publier : Le Zugzwang, la fin du libéralisme libertaire, et Après? qui se situe dans le prolongement de notre livre précédent sur la nécessité pour la France de s’éveiller à la Chine et au monde multipolaire. Il ne s’agit pas de régler des comptes mais d’insister sur l’urgence de retrouver la profondeur historique et géopolitique de l’événement (note de Danielle Bleitrach pour histoireetsociete).

Commentaires d’un militant sur l’Humanité du 16 février

Une nouvelle fois l’Humanité fait la démonstration de son désintérêt pour les communistes, illustrant ainsi sa lente dérive qui l’éloigne de la lutte des classes et l’installe dans le mouvement gazeux de l’intersectionnalité où les luttes sociétales sont rendues dominantes.

Ce lundi 16 février j’attendais autre chose qu’un article insignifiant, voire méprisant pour le PCF, seul parti d’envergure ayant appelé et organisé les rassemblements pour CUBA. En marge de la double page consacrée à Francesca Albanese (rien à dire) un petit article de 3 paragraphes titre sur « Un élan de solidarité mondial pour Cuba »… C’est un peu juste, pour un élan de solidarité mondial, non? Plus grave, sur les 3 paragraphes un est intitulé « La société civile s’organise » où l’on cite pêle-mêle les initiatives, et en fin d’article le pseudo-journaliste qui ne s’est manifestement pas rendu sur les lieux de manifestations écrit qu’ »à l’appel d’associations et de partis politiques, dont le PCF, des rassemblements se sont tenus dans de nombreuses villes de France ».

Si ce journaliste avait fait son boulot il aurait vite vu que le PRCF, Révolution Permanente, la CGT etc. ont appelé à rejoindre l’action initiée par… le PCF. Pas par le PS, pas par LFI, pas par EELV, par le PCF ! Je me suis dit, c’est pas possible il y aura quelque chose mardi. Non mardi, il n’y avait rien sur CUBA ni sur le PCF d’ailleurs.

J’ai trouvé le même lundi 16 février deux autres exemples assez caractéristiques. En page 9, dans la rubrique Politique et Société, on trouve un article ovni, comme ça arrive régulièrement dans l’Humanité, sorti d’on ne sait où mais pas de la rédaction à priori. Ici, il s’agit, avec une seule photo et de quelques mots d’exploiter le scandale Epstein contre la Chine. La photo présente un diplomate français mouillé dans cette sordide affaire avec Wang Yi, une des personnalités politiques chinoises la plus importante. C’est rien vous me direz, mais lire « En 2014, le prédateur sexuel a sollicité le Consul général de France aux Etats-Unis pour faciliter la venue de « trois assistantes » (à la demande, c’est dans l’article, d’un conseiller diplomatique de Sarkozy, amis d’Epstein et pas clair du tout). Aujourd’hui, le diplomate est ambassadeur de France en Chine ».

Pourquoi avoir choisi cette photo avec Wang Yi qui est sans rapport avec le contenu de l’article ?

L’autre article est celui relatif à la conférence de Munich. Si l’analyse globale n’est pas mauvaise, elle est toutefois assez faible et largement sous-documentée. un conseil : réduire la taille des photos, surtout celle de Rubio, et augmenter le texte… Bref, le journaliste n’a retenu comme réponse à Rubio que l’intervention de la Démocrate américaine Alexandra-Ocasio-Cortez qui semble faire fi des enjeux internationaux, comme la paix par exemple. Si on n’est pas un peu curieux, on en reste à cette information très en-deça de ce qu’un journal dit communiste devrait produire. Je conseille donc aux journalistes de l’Humanité traitant des questions internationales de consulter le site Histoire et société où l’on retrouve pléthore d’articles autrement documentés. A la conférence de Munich il y avait aussi Wang Yi, tiens c’est étrange, et l’article trouvé sur le site Histoire et société dit ceci, ce qui me parait bien plus… communiste !

« Dans les salles de conférence, la seule alternative crédible à la dystopie proposée par Rubio est venue du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi , qui a insisté sur l’importance des mécanismes internationaux fondés sur la coopération mondiale – et non sur la bonne volonté des puissances occidentales, comme le suggérait l’intervention américaine – ainsi que sur les alternatives à la confrontation armée. « Si le système international ne fonctionne pas correctement, ce n’est pas l’ONU elle-même qui en est responsable, mais plutôt un certain pays qui cherche à exacerber les divergences et les désaccords, à se placer au-dessus de tous, à attiser les tensions entre blocs et même à raviver la mentalité de la Guerre froide », a déclaré Wang.

« La Chine sera une force inébranlable pour la paix », a-t-il poursuivi. « Nous nous engageons sur la voie du développement pacifique et appelons tous les pays à faire de même. La Chine sera un pilier de stabilité. […] La Chine sera une force de progrès dans l’histoire. Nous défendrons avec résolution les acquis du progrès de la civilisation humaine, ferons progresser les quatre grandes initiatives mondiales et œuvrerons à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité. » sources : Histoire et société

De deux choses l’une, soit le sénateur de l’année et par ailleurs directeur de l’Humanité (c’est beaucoup quand même…) est complètement dépassé, soit il est l’artisan de cette dérive. A suivre…

Interdiction de chanter « Les Mains d’or » dans l’Allier : « je vais tout faire pour venir les soutenir », promet Bernard Lavilliers

Des écoliers se sont vus interdire de chanter la chanson emblématique de Bernard Lavilliers en soutien aux salariés de l’usine d’Erasteel à Commentry, dans l’Allier, menacée de fermeture. L’artiste réagit.

« J’ai été souvent dans les cours d’usine pour chanter. Ça me touche d’autant plus que je connais vraiment les 3-8, le métier, et ce que ça représente. Et l’honneur aussi de ces ouvriers-là. « Les Mains d’or », c’était une façon de les honorer », répond le chanteur.
© Rémy PERRIN/LE PROGRES/MAXPPP

« Les Mains d’or » interdite aux enfants de Commentry (Allier) ? L’éducation nationale a osé, et devant l’émotion a été obligé de nuancer sa position.

Lire aussi: Chanter « Les Mains d’or » : une atteinte à la laïcité?

Continuer la lecture de Interdiction de chanter « Les Mains d’or » dans l’Allier : « je vais tout faire pour venir les soutenir », promet Bernard Lavilliers

Droit aux vacances, à la santé, au logement… le communisme municipal, pourquoi ça marche ?

Depuis un siècle le communisme municipal œuvre, au niveau local, à l’émancipation des travailleurs et des citoyens. Et s’empare des grands combats à mener, notamment sur le besoin de renouveler la démocratie et d’affronter la question climatique. Deux millions de Français ont aujourd’hui un maire communiste.

En 2026, les communes communistes insistent plus que jamais pour conserver une part importante de logement social, pour ne pas reléguer les classes populaires aux marges des métropoles.

Changer la vie ne dépend pas que de l’élection présidentielle. Les communistes le démontrent chaque jour depuis un siècle. Ils administrent encore aujourd’hui 630 communes. Plus de 2 millions de personnes ont la chance d’avoir un maire communiste ; 20 millions de Français vivent dans une ville comptant au moins un adjoint PCF. Entre les années 1920 et aujourd’hui, les équipes municipales communistes ont répondu aux manques de l’État en menant des politiques innovantes et faisant du commun : incarner la solidarité, développer les services publics, émanciper le temps hors travail.

« Le grand marqueur du communisme municipal, ce sont les politiques sociales, résume Emmanuel Bellanger, directeur du Centre d’histoire sociale du CNRS. Il existe deux grandes matrices. Ces municipalités ont développé le logement social municipal avec les HBM, en s’appuyant sur des offices municipaux. La deuxième est la politique de santé à destination des travailleurs et enfants. On pense immédiatement aux colonies de vacances et centres de santé ».

L’une des premières actions, dans l’entre-deux-guerres, fut de faire reculer l’habitat insalubre qui régnait en lisière des métropoles. Cette politique est née dès les années 1920. Elle s’est poursuivie à la Libération. Et aussi dans les années 1960 et 1970, période durant laquelle la municipalité de Champigny-sur-Marne, avec à sa tête Louis Talamoni, sort des milliers de Portugais d’un bidonville pour les reloger dans des HLM. Et cette politique existe encore aujourd’hui. Maire de Saint-Denis avant 2016, Didier Paillard a fait face à l’installation de camps de Roms sur des friches industrielles. « Au départ, nous avons mis en dignité les habitants, fournissant un accès à l’eau, puis nous avons amélioré l’habitat avec des préfabriqués. En lien avec l’État, nous avons inscrit les habitants dans une démarche d’insertion par le travail pour les adultes, d’inscription à l’école pour les enfants », témoigne-t-il. Petit à petit, les campements ont été résorbés, y compris en accueillant une partie des familles dans le parc de logement public.

Contre les déserts médicaux et pour les logements sociaux

En 2026, les communes communistes insistent plus que jamais pour conserver une part importante de logement social, pour ne pas reléguer les classes populaires aux marges des métropoles.

Dans nombre de villes PCF, on compte plus de 40 % de logement public. C’est cette pratique qui a inspiré la loi solidarité renouvellement urbain (SRU) promue par le ministre communiste Jean-Claude Gayssot, qui exige 20 % de logement social dans les communes en tension. Car la ville est pour toutes et tous.

S’appuyant sur la fiscalité locale dans des territoires abritant de l’industrie, nombre de ces communes ont mis en place des politiques de redistribution, par l’intermédiaire de dépenses sociales élevées. Bien que n’étant pas une compétence communale, la santé s’est imposée comme l’une des politiques publiques les plus importantes dans les villes communistes. « Les dispensaires sont nés dans l’entre-deux-guerres, notamment dans la banlieue populaire. La situation sanitaire y était déplorable », relate Benoît Carini-Belloni, maître de conférences en sociologie de la santé. Dans les années 1930, la tuberculose fait rage. « C’était l’époque où s’organisait la médecine libérale, avec ses principes structurants : la relation directe entre médecin et patient, la fixation libre des honoraires et la libre installation », poursuit-il. L’expression « déserts médicaux » n’existait pas encore, mais c’était déjà un défi.

Dès l’origine, les dispensaires prodiguent une médecine à destination des classes les plus populaires, mais très vite l’objectif devient de permettre un « accès aux soins à toute la population », relate le chercheur. Après la guerre, appuyés par la Sécurité sociale, les centres municipaux de santé (CMS) se multiplient, essentiellement dans les villes rouges, permettant l’accès à la médecine spécialisée (dentistes…) à toutes les populations. C’est un effort important. « Dans les années 1970 à Bagnolet, la santé représentait 17 % du budget municipal », souligne Benoît Carini-Belloni.

Aujourd’hui, le modèle renaît. Les CMS permettent de faire face aux manques de personnel soignant, tant en banlieue qu’en dehors des métropoles. Cela s’accompagne d’une transformation des métiers. « Une nouvelle génération de soignants ne veut plus faire de la médecine comme avant », souligne le sociologue. La nouvelle génération veut travailler en équipe et n’est pas gênée par le salariat, qui permet de concilier vie professionnelle et familiale.

L’attention au temps hors travail marque d’ailleurs profondément le territoire urbain. « L’un des facteurs du communisme municipal est de réconcilier travail et vie sociale. On travaillait et habitait dans la ville rouge. Cela crée du lien social, de l’acculturation politique et de la conscience de classe. En sortant de l’usine, on retrouvera des formes de socialisation qui permettent de se reconnaître dans sa ville. Cela crée une fierté d’être ici quand on vient d’ailleurs », souligne Emmanuel Bellanger. Dans les villes gérées ou anciennement gérées par le PCF, les installations sportives ou culturelles sont ainsi très nombreuses, pour permettre une démocratisation des pratiques.

L’écologie pour se renouveler

Ainsi, on ne compte plus les stades du nom d’Auguste Delaune, dirigeant syndical et fondateur de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT). Ou les théâtres au nom de Jean Vilar ou Gérard Philipe. « Les politiques culturelles sont structurantes. Le théâtre vivant est un marqueur important du communisme municipal. Il participe de l’éducation populaire », expose Emmanuel Bellanger.

C’est dans ce cadre que Jack Ralite, maire d’Aubervilliers, a installé le célèbre Théâtre de la Commune dans sa ville. Cette pratique n’est pas qu’un souvenir historique : Fontenay-sous-Bois est l’une des seules villes à avoir inauguré un théâtre municipal lors du mandat sur le point de s’achever.

Pour beaucoup, l’imaginaire du communisme municipal convoque bien sûr le droit aux vacances. Un droit immortalisé dans la chanson entonnée par les enfants de Bagnolet envoyés en colonie sur l’île d’Oléron dans les années 1930 : « C’est nous, les gosses de la Vignerie/qui bien loin du mauvais air/ont un séjour à la mer. /Les gosses de riches en meurent d’envie. /Le séjour est tellement bon à Oléron. /Et c’est bien grâce aux communistes si les enfants sont si joyeux. » De nombreuses villes disposent donc de colonies de vacances, de résidences ou de campings dans des zones de villégiature, à destination de leurs habitants.

À la ville comme à la campagne (la plupart des 630 maires PCF sont élus dans des territoires ruraux), le communisme local est donc marqué par une façon différente de faire de la politique.

Le personnel politique y est « à l’image du corps social de la ville. Dans une commune ouvrière, le maire était ouvrier. Dans une commune rurale, il était paysan », souligne Emmanuel Bellanger. Si ce n’est plus vrai systématiquement, l’origine sociale des élus est encore plus modeste que pour d’autres familles politiques. « Nos élus sont souvent issus de quartiers populaires, de professions intermédiaires, sont des ouvriers ou employés », relève Pierre Lacaze, responsable aux élections du PCF.

La participation populaire et l’extension de la citoyenneté à ceux qui en sont privés sont ainsi une constante du communisme municipal. Dans plusieurs villes, les consultations référendaires sont nombreuses, notamment sur des projets municipaux concernant les personnes de nationalité étrangère. À Ivry-sur-Seine, il est envisagé pour le prochain mandat de faire participer certains étrangers aux décisions de la municipalité. Il y a deux décennies, à Bobigny, ont été inaugurés les premiers budgets participatifs. Une initiative qui a ensuite essaimé partout en France.

C’est que le communisme municipal cherche à se renouveler. Et la question écologique y contribue. Ces dernières années, avec d’autres, les communistes ont poussé pour un retour en régie municipale de l’eau. Même s’il n’est pas maire, Christophe Lime est président de France eau publique (FEP), qui fédère 160 collectivités qui ont fait le choix de la gestion de l’eau en régie.

« C’est un marqueur communiste, l’eau est un bien commun », relève-t-il, soulevant le « besoin de réinventer un communisme moderne, en lien avec les attentes d’aujourd’hui, avec le développement durable ». Car l’eau publique est un combat en France, où la gestion de l’eau est dominée par deux acteurs privés, la Générale et la Lyonnaise des eaux, devenus Veolia et Suez. La part du public progresse depuis vingt ans, à la faveur du combat d’élus communistes, de gauche et sous l’impulsion de collectifs citoyens. « Alors que le service public recule partout, le seul qui progresse est celui de l’eau et de l’assainissement », se félicite Christophe Lime.

Les municipalités comme « laboratoires politiques »

Si le terme « communisme municipal » fait florès, ce n’est pourtant pas celui qu’emploient les communistes. Dans l’après-guerre, la gestion municipale est même perçue avec un certain scepticisme ; certains y voient une forme de réformisme. Aujourd’hui, le PCF lui préfère le terme de « municipalisme communiste ». « Nous essayons de faire des municipalités des laboratoires politiques. Mais nous n’avons pas affaire à des îlots de communisme dans une société capitaliste », relativise Igor Zamichiei, coordinateur national du PCF. L’échelon municipal montre surtout, selon lui, qu’une « gestion collective, avec les habitants, pour répondre à leurs besoins et qui ne soit pas centrée sur le profit, est possible ». Et qu’elle ne demande qu’à s’étendre, avec en son cœur la question des services publics.

Avec le temps, les originalités du communisme municipal ont été reprises par des équipes municipales d’autres couleurs, et c’est tant mieux. Mais la baisse des dotations aux collectivités locales rend aujourd’hui les expérimentations plus difficiles. Hors de question, pour autant, de baisser les bras pour des élus de combat qui se réinventent.

« La politique, c’est gérer dans le cadre de contraintes et donner du sens politique », rappelle Patrice Leclerc, qui tente de faire évoluer l’action municipale de la ville de Gennevilliers, dont il est le maire. « Notre objectif doit être de promouvoir la démocratie et l’auto-organisation des gens », expose-t-il, avançant deux pistes : la réforme des services publics pour faire plus de place aux usagers, et la démarchandisation. Au cœur du municipalisme doit s’imposer « l’appropriation des conditions de vie par les citoyens ».

Le communisme réside non pas dans « l’utilisation différente qui est faite de l’argent, mais dans la construction politique avec les habitants », estime-t-il, appelant à « démocratiser la commune ». De l’autre côté de Paris, à Bonneuil, Denis Öztorun résume ainsi l’ambition municipaliste des communistes : « Chacune et chacun doit apporter sa pierre au collectif ; chacune et chacun reçoit en retour. Toutes et tous, nous enseignons aux autres et apprenons des autres. En somme, nous faisons de Bonneuil une université populaire à ciel ouvert. » Dans la commune, la mise en commun passe par les citoyens.