Quelles finances pour les collectivités locales ?

Les baisses de dotation, la réduction des dépenses publiques et la non-compensation des reculs de la fiscalité mettent particulièrement sous tension les communes et les départements. Des alternatives à l’austérité existent.

« La dette locale représente environ 262 milliards d’euros, soit près de 9 % du PIB et environ 8 % de la dette publique totale », rappelle Johan Theuret.
© JPL/REA

Pour assumer leurs missions, les territoires doivent retrouver visibilité, autonomie et confiance. C’est une question de démocratie.

Johan Theuret, Cofondateur du think tank le Sens du service public, directeur général adjoint chargé des ressources de la ville et métropole de Rennes

 

Les collectivités territoriales sont le premier échelon de réponse aux besoins quotidiens des citoyens. Écoles, crèches, voirie, mobilités, action sociale, culture ou transition écologique : les services publics locaux et les politiques publiques portées par les communes, intercommunalités, départements et régions structurent concrètement la vie des territoires. Pour assumer ces missions, il faut aux collectivités des ressources financières suffisantes, mais aussi une visibilité pluriannuelle sur leur évolution. Cela suppose de savoir, au-delà de l’année budgétaire, sur quelles recettes compter demain.

Or, le financement durable des politiques publiques locales repose historiquement sur une autonomie financière et, plus encore, sur une autonomie fiscale, c’est-à-dire la capacité à lever l’impôt et à en maîtriser l’évolution des taux. Cette autonomie n’est pas un privilège, elle est le fondement de la libre administration des collectivités et du lien démocratique entre le contribuable et le décideur local. Depuis plus d’une décennie pourtant, cette autonomie fiscale s’est progressivement érodée.

La suppression de la taxe professionnelle en 2010 a constitué une première rupture. Le mouvement s’est nettement accéléré, depuis 2017, avec la disparition de la taxe d’habitation sur les résidences principales et la suppression programmée de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. En contrepartie, les collectivités se voient attribuer des fractions d’impôts nationaux, notamment de TVA. Si ces mécanismes assurent une compensation financière, ils réduisent fortement la capacité de décision locale et renforcent la dépendance vis-à-vis de l’État, tout en affaiblissant la lisibilité des ressources dans le temps.

Dans ce contexte, la participation des collectivités à l’effort de redressement des finances publiques doit être juste et proportionnée à leur poids dans les finances publiques. Les finances locales ne sont pas à l’origine du déséquilibre financier. La dette locale représente environ 262 milliards d’euros, soit près de 9 % du PIB et environ 8 % de la dette publique totale.

À la différence de l’État, cette dette finance exclusivement l’investissement et s’inscrit dans un cadre budgétaire strictement équilibré. Demander aux collectivités un effort excessif, sans tenir compte de ce poids réel, reviendrait à fragiliser l’investissement public local et, in fine, les services rendus aux usagers.

À l’heure où s’ouvre une nouvelle séquence municipale, un nouveau dialogue doit s’instaurer entre l’État et les collectivités. Un dialogue fondé sur la confiance, la connaissance réciproque des contraintes et la prévisibilité. La mise en place d’une loi de programmation des finances locales, à l’image de celle existant pour la Sécurité sociale, offrirait une trajectoire claire, des engagements partagés et une visibilité indispensable à l’action publique locale. Donner de la stabilité aux finances locales, c’est renforcer la démocratie de proximité.

Face au piège tendu aux élus de ne plus pouvoir répondre aux exigences sociales, il faut créer des fonds alloués au plus près des besoins.

Jean-Marc Durand, Membre de la commission économique du PCF

 

 

Les programmes municipaux proposent projets et engagements. Mais dans quelle mesure pourront-ils être menés à terme ? La réponse réside dans leur financement. Jamais cette question ne s’est posée aussi crûment. Les baisses de dotation, la réduction des dépenses et les pertes de fiscalité propre non compensées, imposées aux collectivités locales depuis quinze ans, les mettent en grande difficulté, et elles doivent notamment réduire leur coût de fonctionnement.

Conséquence, les services publics sont rationnés, la démocratie locale est ébranlée, les élus étant dépossédés de leur liberté d’initiative par la limitation de leur capacité à lever l’impôt. L’objectif assigné aux collectivités locales est aujourd’hui de réduire leurs dépenses et plus d’apporter des réponses sociales et environnementales à leurs populations, cela en faveur du capital.

Une sorte de piège est tendu aux élus. Soit ils acceptent de serrer la ceinture de leurs administrés, soit ils y seront contraints. Dès lors, traiter des financements des politiques municipales devient un passage obligé. La fiscalité directe locale doit reprendre sa place. D’abord par une nouvelle fiscalité des entreprises, un impôt local sur leur capital immobilier, mobilier et financier.

Mais la question d’une nouvelle fiscalité locale des personnes se pose également, s’accompagnant d’une baisse de la TVA utilisée pour compenser les pertes de recettes fiscales locales. Par ailleurs, le fonds de compensation TVA doit être appliqué à toutes les opérations des collectivités soumises à TVA et les transferts de compétences accompagnés des moyens de les assumer. S’agissant des dotations indexées sur le coût de la vie, elles doivent être affectées en fonction des besoins réels des collectivités, à partir d’une planification démocratique.

Le recours au crédit bancaire, une nécessité pour financer le développement des collectivités locales, doit être le moins cher possible. La naissance au sein du pôle public bancaire (la Poste, la BPI, la CDC) d’une structure de financement spécifique par création monétaire, à taux réduit, voire à 0 %, le permettrait.

Enfin, l’emploi est un levier. Si la politique de l’emploi ne relève pas des élus locaux, les collectivités locales subissent les dégâts du chômage et ont besoin de création de richesses sur leur territoire pour se développer. Une réponse novatrice passe par les comités économiques, sociaux et environnementaux locaux (Cesel), qui rassemblent les différents acteurs et les administrations.

À partir des besoins des territoires, les Cesel seraient un lieu d’élaboration collective des projets, ou contre-projets économiques. Ils s’intéresseraient à la situation des entreprises, notamment à l’utilisation des aides publiques. En favorisant la constitution de fonds locaux pour l’emploi et la formation, ils permettraient aux entreprises de s’adresser aux banques pour obtenir le financement de leurs projets à taux bonifié. Les Cesel seraient les garants de l’objet social et environnemental des investissements programmés.

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Municipales 2026: Tu seras féministe, ma ville ! + Video

Les élections municipales (15 et 22 mars 2026) sont l’occasion pour les 35 000 maires et mairesses de France de mettre en avant les enjeux de genre à l’échelle de leur commune. Dans un contexte de restrictions budgétaires pour les acteur·ices de la lutte contre les violences faites aux femmes, des villes expérimentent ce à quoi pourrait ressembler une politique féministe. 
Crédit de l’image : Calypso Breon

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°21 Obtenir justice, parue en février 2026. Consultez le sommaire

Des vulves et des clitoris en peluche, des flyers colorés disposés sur des tables, un drapeau arc-en-ciel au mur, des éclats de rire : ce 28 juin 2025, l’ambiance est à la fête au Planning familial de Loire-Atlantique, à Nantes. Salariées et bénévoles de l’association inaugurent leur nouveau local. Une éclaircie dans l’actualité sombre de la structure, dont les subventions promises par la région Pays de la Loire pour 2025, 2026, 2027 et 2028 ont été annulées. Grâce au soutien financier de la ville, dirigée depuis 2020 par la socialiste Johanna Rolland, le Planning a pu acheter les murs dans lesquels il s’installe. Un moyen « de ne pas craindre la perte de [son] local si la mairie change de couleur politique », explique l’ex-directrice de l’association Bérengère Tessé. Continuer la lecture de Municipales 2026: Tu seras féministe, ma ville ! + Video

La commune, un bouclier de protection sociale ?

Face à des préoccupations très diverses (pouvoir d’achat, insécurité, santé et logement), les municipalités constituent un levier pour répondre aux attentes populaires. Ce défi est pourtant menacé par les politiques austéritaires. Alors, la commune, un bouclier de protection sociale ? Johanna Rolland, maire PS de Nantes, Anne Vignot, maire EELV de Besançon et Patrice Bessac, maire PCF de Montreuil, nous livrent leurs réponses.

« Les communes ne promettent pas l’impossible : elles transforment concrètement le quotidien des gens », estime Patrice Bessac.
© JPL/REA 

Le maire est l’élu le plus apprécié. Pour autant, les municipalités sont tiraillées entre la réponse aux attentes actuelles très multiples et la pression financière exercée par le désengagement de l’État

Dans ce contexte, cette opinion favorable se construit au quotidien grâce à des politiques humaines inventives et à l’engagement de collectifs de proximité. Trois maires, acteurs en première ligne, en témoignent à quelques semaines des élections municipales.

Selon le baromètre Odoxa, 63 % des Français ont une bonne opinion de leur maire, loin devant les autres élus. À quoi expliquez-vous cette préférence ? Continuer la lecture de La commune, un bouclier de protection sociale ?

MUNICIPALES : Un combat local décisif pour l’emploi, les services publics et l’unité populaire (Jean Paul Legrand)

Les élections municipales ne sont pas des élections secondaires. Elles constituent un moment politique central, car elles conditionnent la capacité des communes à agir concrètement sur l’emploi, le développement économique et la cohésion sociale. Dans un contexte marqué par l’austérité budgétaire, la domination du capital financier, les menaces de l’impérialisme sur notre nation et l’affaiblissement des services publics, le rôle des équipes municipales est stratégique.

Doter les communes d’équipes unies autour d’un objectif prioritaire clair – défendre et promouvoir le développement des entreprises locales et de l’emploi – est une nécessité car sans essor de nos forces productives le pays s’appauvrit et son indépendance est de plus en plus précaire . Continuer la lecture de MUNICIPALES : Un combat local décisif pour l’emploi, les services publics et l’unité populaire (Jean Paul Legrand)

Police municipale : pourquoi les villes de gauche finissent par s’y résoudre

Après s’être longtemps opposées aux polices municipales, les villes de gauche s’y résolvent de plus en plus face au désengagement de l’État. En veillant toutefois au respect de son rôle et de son périmètre, permis par la loi, au contraire de la droite.

Le PCF, lui, tout en exprimant sa « grande vigilance face à plusieurs dérives possibles », ne se dit « pas opposé par principe » à leur développement « dans un cadre précis » à définir – qui exclut l’armement létal.
©Max BAUWENS/REA 

En six ans, le changement de ton est spectaculaire. En 2019, alors candidat à la Mairie de Paris pour Europe Écologie-Les Verts (EELV), David Belliard est catégorique : « La police municipale, c’est inutile, électoraliste. Ça ne sert à rien ! » Cinq ans plus tard, en août 2025, l’adjoint d’Anne Hidalgo se félicite de la création d’une police municipale par la majorité de gauche en 2021. Et plaide, désormais, pour un renforcement de ses effectifs « parce que nous avons besoin d’agents sur le terrain » en complémentarité des missions de la police nationale. Continuer la lecture de Police municipale : pourquoi les villes de gauche finissent par s’y résoudre

« Nous travaillons au rassemblement dans chaque commune autour de projets d’intérêt général » P. Lacaze, responsable aux élections du PCF

Malgré les divisions à gauche, le responsable aux élections du PCF, Pierre Lacaze, se réjouit du rassemblement de plusieurs forces de gauche dans 80 % des communes de plus de 10 000 habitants. Un point d’appui pour combattre l’extrême droite et mener des politiques au service des populations, estime-t-il.

Pierre Lacaze souligne l’importance du rassemblement de la gauche dans les communes pour remporter les élections municipales.
© Anthony MICALLEF/HAYTHAM-REA

« Les élections municipales, ce sont près d’un million de candidats, soit six à sept millions d’hommes et de femmes qui mènent campagne, discutent, présentent des projets », fait remarquer Pierre Lacaze, responsable aux élections du PCF. D’où l’importance pour la gauche de se montrer à la hauteur. Continuer la lecture de « Nous travaillons au rassemblement dans chaque commune autour de projets d’intérêt général » P. Lacaze, responsable aux élections du PCF

C’est quoi le féminisme municipal ? (video)

👉 C’est quoi, concrètement, le féminisme municipal ? On a posé la question à plusieurs camarades engagées dans les communes : qu’est-ce que ça veut dire mener une politique féministe à l’échelle municipale ?

👉 Services publics, urbanisme, transports, santé, petite enfance

👉 Lutte contre les violences sexistes et sexuelles

👉 Sécurité dans l’espace public

👉 Place des femmes en politique et dans les exécutifs locaux

👉 Émancipation, égalité réelle et accès aux droits À travers leurs réponses, une conviction se dégage :

➡️ le féminisme municipal, c’est transformer la ville pour qu’elle soit pensée pour toutes et tous.

➡️ renforcer les services publics, c’est une politique féministe.

➡️ Et pour beaucoup, le féminisme municipal rejoint le combat du communisme municipal.

📣 Une vidéo pour nourrir le débat, outiller les militant·es et préparer les batailles municipales à venir.

✊ Féminisme, communisme, services publics : mêmes combats.

Avec : Elsa Siffert, Sigrid Gérardin, Saïda Safir, Charlotte Blandiot-Faride, Shirley Wirden, Gladys Grelaud, Amandine Liard et Barbara Gomes

00:00 – Services publics et féminisme municipal

00:31 – Femmes, travail et charge mentale

01:05 – Santé publique et égalité d’accès

01:35 – Une politique municipale pensée pour les femmes

01:58 – Lutte contre les violences sexistes et sexuelles

02:31 – Accompagner l’émancipation des femmes

02:57 – Urbanisme féministe et sécurité

03:16 – Sortir les femmes des compétences assignées

03:38 – Femmes, pouvoir et responsabilités locales

04:00 – Combattre le sexisme en politique

04:22 – Transmettre d’autres modèles d’engagement

04:40 – Légitimité des femmes dans l’espace public

05:05 – Prévenir et protéger face aux violences

05:16 – Féminiser l’espace public et la mémoire collective

06:12 – Donner réellement le pouvoir aux femmes en politique

Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches Par Patrick Le Hyaric

 

Voir les vaches et les veaux euthanasiés, chargés comme de vulgaires déchets par des camions-grues, installés au coin de l’étable, est une indescriptible tragédie pour les familles paysannes et leur entourage.

Entendre, à l’aube, des animaux souffrant, appelant au secours, est un déchirement.

L’émotion, le respect dû aux êtres doués de sensibilité, n’auraient jamais dû quitter l’action publique. Cela permettrait de mieux mesurer à quel point ce qui se passe dans les campagnes, avec la propagation de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, est un terrible drame. Cette maladie extrêmement dangereuse et contagieuse pour les animaux*, transmise par les piqûres de mouches appelées stomoxes, ne se soigne pas. Déjouant les frontières, elle est passée par le continent africain, où elle a décimé une grande partie du cheptel, puis remontée vers les Balkans, avant de toucher l’Asie puis d’apparaître en Sardaigne et en Lombardie au printemps 2025 avant de pénétrer en France par la Savoie. Continuer la lecture de Dermatose, Mercosur… On achève bien les vaches Par Patrick Le Hyaric

Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC): les communistes refusent l’abattage total et promeuvent un grand service public vétérinaire (Communiqué)

 

Publié le 15 décembre 2025

Cinq mois après l’apparition du premier cas de DNC en Savoie, 110 foyers détectés dans 10 départements et plus de 3 000 bovins abattus, l’Etat ne peut rester sourd aux revendications des éleveurs. Si les mesures d’abattage total auraient pu se justifier au début de l’épidémie, elles s’avèrent aujourd’hui non seulement inefficaces mais aussi dangereuses socialement et économiquement pour de nombreuses exploitations familiales et pour les territoires dans lesquels elles s’inscrivent.

Cette politique sanitaire ne tient pas compte du travail de sélection génétique effectué depuis des décennies – voire des générations – par les éleveurs. Un troupeau n’est pas un moyen de production comme un autre. Difficilement substituable car non standardisé, il est issu de longues années de relations de travail entre éleveurs et animaux, d’où une forte attache émotionnelle. Continuer la lecture de Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC): les communistes refusent l’abattage total et promeuvent un grand service public vétérinaire (Communiqué)

Reprendre la main sur le logement : défendre et amplifier la loi SRU

Par Eddie Jacquemart, président de la confédération nationale du logement (CNL).

 

Le 13 décembre, la loi solidarité et renouvellement urbain (SRU) fête ses 25 ans.

Peu d’actualité lui fera de la place. Pourtant, l’oublier serait une faute. Cette loi porte l’un des principes les plus essentiels de notre République sociale : chaque commune doit garantir à toutes et tous l’accès à un logement digne. La mixité sociale n’est pas une option. C’est une condition démocratique pour vivre dignement. Continuer la lecture de Reprendre la main sur le logement : défendre et amplifier la loi SRU