Le Havre, Roubaix, Arles… Les villes que la gauche pourrait gagner

Bien que la gauche souffre de divisions favorisées par les désaccords nationaux, elle conserve des chances de succès dans bien des villes. Zoom sur dix points chauds où elle peut conquérir des municipalités.

Les partis de gauche espèrent s’appuyer sur leurs politiques locales pour démontrer leur capacité à incarner l’alternative au libéralisme et à l’extrême droite. © Lafargue Raphael/ABACA

Au Havre, le PCF rêve d’éjecter Édouard Philippe

Le Havre (Seine-Maritime), à droite depuis 1995, pourrait-elle repasser à gauche ? Dans la commune la plus peuplée de Normandie (167 000 habitants), les communistes croient en leurs chances. À la tête d’une liste de rassemblement de la gauche (PCF, PS, EELV, Génération.s, Place publique, l’Après…), le candidat PCF Jean-Paul Lecoq défie le sortant Édouard Philippe.

« Nous avons de très sérieuses chances de l’emporter. Édouard Philippe est moins populaire qu’il y a six ans. Il est absorbé par sa campagne présidentielle et a soutenu toutes les politiques d’austérité de Macron », mesure Baptiste Bauza, secrétaire de section PCF.

Alors que 25 000 Havrais sont privés de médecin traitant, la gauche se bat pour la mise en place de centre de santé publics et municipaux, qu’Édouard Philippe refuse mordicus. À gauche, LFI fait cavalier seul pour le moment, mais les mains restent tendues pour le premier comme le second tour.

À Lorient, trois listes de gauche et un espoir

Une anomalie sociologique et historique : jusqu’en 2020, Lorient (Morbihan) n’avait basculé qu’une seule fois à droite entre 1959 et 1965. Trois listes de gauche espèrent donc que le mandat de Fabrice Loher, actuel maire UDI, ne soit qu’une parenthèse.

Sur la ligne de départ : LFI avec Vincent Le Tertre, le PS avec Gaëlle Le Stradic et un attelage Les Écologistes-PCF-L’Après-Debout !-Nouvelle Donne derrière le député vert Damien Girard. Un sondage, paru en novembre, donnait ce dernier en tête de la gauche au premier tour et probable vainqueur au second… si la gauche finit par s’unir.

« En 2020, les listes de gauche n’en avaient pas été capables, rappelle Damien Girard. Cette fois, il faudra une union, y compris si je ne suis pas en tête. » Dès lors, les 58 000 Lorientais auraient de grandes chances d’avoir à leur service une équipe municipale plaçant le logement, les mobilités et la santé au rang de priorités.

À Évry-Courcouronnes, LFI mise sur l’union

Dirigée par le maire divers droite Stéphane Beaudet depuis la fusion, en 2019, d’Évry et Courcouronnes (Essonne), la commune nouvelle (67 000 habitants) fait partie des rares villes dont LFI vise raisonnablement la conquête, avec Roubaix (Nord). En 2022, Mélenchon y a fait 50 % au premier tour.

En 2024, la députée LFI Farida Amrani avait battu largement Stéphane Beaudet aux législatives. C’est logiquement elle que les insoumis ont investie. Dans l’ancienne terre d’élection de Manuel Valls, elle peut compter sur le soutien du PCF, de Génération.s et de certains socialistes locaux.

L’ex-syndicaliste CGT, qui vit à Évry depuis trente ans, revendique de continuer à faire vivre au local les intentions unitaires du Nouveau Front populaire, tranchant avec la stratégie globale de LFI de présenter des listes sans union au premier tour. À Évry-Courcouronnes, la messe pourrait être dite dès le 15 mars, vu le faible nombre de candidats.

À Caen, les écolos emmènent la gauche

Caen (Calvados) n’a été gouverné que pendant un seul mandat par la gauche dans le dernier siècle, mais compte parmi les objectifs des écologistes qui, derrière Rudy L’Orphelin, ont réuni socialistes, communistes, Debout, Place publique et L’Après. Aux législatives de 2024, les candidats du Nouveau Front populaire ont totalisé plus de 40 % des voix sur la ville au premier tour.

La tête de liste a pour lui d’avoir déjà mené par deux fois des campagnes municipales et l’expérience du pouvoir, après avoir été six ans adjoint du maire socialiste Philippe Duron entre 2008 et 2014. L’Orphelin veut « remettre le climat à l’agenda », car il croise « les enjeux d’aménagement urbain, de transport, d’environnement ». Il veut aussi « reprendre le contrôle » sur le marché de l’immobilier, où les prix avoisinent désormais ceux de la petite couronne parisienne.

À Arles, la gauche en opération reconquête

Les communistes sont en reconquête dans la plus grande commune de France de par sa superficie. À Arles (Bouches-du-Rhône), le bilan de droite de Patrick de Carolis, ex-figure de la télévision, divise. La gauche dénonce une gestion solitaire et austéritaire, des services publics fragilisés, une CGT menacée d’être expulsée de la bourse du travail, des associations privées de subventions et virées de la maison… des associations.

À la tête d’une large liste de rassemblement de la gauche, le candidat PCF, Nicolas Koukas, veut changer la donne, dans une ville où 25 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Lors des législatives 2024, il était arrivé en tête à Arles au second tour, grâce à son implication locale reconnue couplée à la dynamique du Nouveau Front populaire. Seule LFI manque à l’appel de l’union de la gauche, mais tout reste possible à l’issue du premier tour.

À Beauvais, une rare union de la gauche complète

Roxane Lundy (Générations) n’est pas peu fière d’être à la tête d’une liste qui rassemble socialistes, écologistes, communistes et insoumis à Beauvais (Oise). « Je crois qu’on est l’exception qui confirme la règle », déplore cette militante de l’union de la gauche. « Cela tient au travail réalisé sur le terrain, complète-t-elle. Quand on mène des combats solides, concrets au niveau local tous ensemble, ça crée des liens forts. »

En face, la droite en place depuis un quart de siècle apparaît « en fin de règne » d’après la candidate. Les scandales se multiplient sur la gestion de l’argent public par la majorité sortante au point de rallier d’anciens adjoints à la liste de gauche.

« On martèle la question de l’exemplarité », affirme Roxane Lundy, qui a comme priorité le pouvoir d’achat, l’éducation et l’environnement à l’heure où l’ancienne maire, Caroline Cayeux, toujours à la tête de l’agglomération, veut doubler le trafic de l’aéroport de Beauvais.

À Roubaix, une droite très affaiblie

C’est une des villes les plus pauvres de France (quasiment 50 % de taux de pauvreté) et l’une où on s’abstient le plus (65 % ont boudé les dernières élections européennes). Lors de ce scrutin, la ville a cependant voté à gauche, s’exprimant à 58 % pour des candidats de cette couleur, dont 43 % pour les seuls insoumis.

Anomalie : Roubaix (Nord) et ses plus de 99 000 habitants sont gouvernés depuis 2014 par la droite. Mais l’exécutif est très affaibli. L’ex-maire Guillaume Delbar, inéligible car condamné pour fraude fiscale, a passé la main. Favori à gauche, le député LFI David Guiraud, en campagne depuis plus d’un an, n’hésite pas à prendre ses distances avec les positions de son mouvement au national, sur l’armement de la police municipale par exemple. Mais refuse toute union, en assurant « ne pas fermer la porte aux autres ».

Ses rivaux, dont le candidat divers gauche Karim Amrouni, soutenu par le PCF et les Écologistes, lui reprochent de vouloir gagner seul. Et au second tour ? L’hostilité entre les deux listes rend compliquée l’hypothèse d’une fusion. De quoi profiter à nouveau à la droite ?

À Saint-Étienne, la gauche pour tourner la page Perdriau

C’est le grand objectif du Parti socialiste : gagner Saint-Étienne (Loire). Dans une ville qui paye les conséquences – et pas seulement en termes d’image – de l’affaire de la sextape commanditée par l’ancien maire LR Gaël Perdriau, la gauche pense avoir un coup à jouer.

Pas si simple dans une ville ouvrière et populaire, mais qui n’a été à gauche que deux fois depuis la guerre. Si la pauvreté et la précarité font partie du tableau, Régis Juanico, ancien député PS, à la tête d’une liste de toute la gauche hors LFI, ne veut pas être « catastrophiste ou misérabiliste ». Il donne la priorité au pouvoir d’achat, avec notamment la gratuité des transports le week-end.

Ici, le problème du logement est moins celui des prix que de la vétusté du bâti. En face, la division de la droite entre pro- et anti-Perdriau pourrait favoriser la gauche.

À Nîmes, grand objectif communiste

Elle pourrait devenir la plus grande ville dirigée par un maire communiste, devant Montreuil (Seine-Saint-Denis). À Nîmes (Gard), 151 000 habitants, la gauche gardoise a tenté de dupliquer l’expérience du Printemps marseillais. Nom de la liste : Nîmes en commun.

Autour de Vincent Bouget (PCF), les socialistes, les écologistes, Place publique, des associations de quartier… Mais pas LFI, qui la joue solo, comme dans beaucoup d’endroits. Nîmes en commun a misé sur une campagne débutée tôt et articulée autour de la démocratie participative, en organisant des débats citoyens et en faisant remonter les doléances via des questionnaires.

Les sondages placent Vincent Bouget en tête du premier tour, devant le premier adjoint sortant Franck Proust (LR). Reste une inconnue : le score du RN, en forte dynamique dans le Gard (tous les députés sont d’extrême droite), représenté par l’eurodéputé et ancien maire de Beaucaire Julien Sanchez. Gagner Nîmes, c’est donc aussi l’occasion d’endiguer la progression brune dans le département.

Amiens, des macronistes à déloger

Il y aurait bien sûr le symbole : faire basculer le fief d’origine du couple Macron. La gauche nourrit de solides espoirs de gagner dans la préfecture de la Somme, gouvernée par des macronistes aujourd’hui minés par les divisions – il y a à ce jour trois listes issues de la majorité sortante.

À gauche, il y a donc un boulevard. Dans l’ancienne cité industrielle, le communiste Léon Deffontaines, soutenu par le mouvement du député picard François Ruffin (Debout), négocie avec le socialiste Frédéric Fauvet, allié aux écologistes, dans l’espoir de trouver un accord pour fusionner et se partager les pouvoirs entre la commune et la métropole.

« A minima, la liste arrivée en tête aura pour mission de fusionner avec la deuxième au second tour », assure Léon Deffontaines. D’autant que le RN, qui était en tête aux européennes sur la commune de 136 000 habitants, est en embuscade.

 

 


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