Emmanuel Macron, le 2 mars 2026, lors de son discours sur la base sous-marine de l’Ile Longue, à Brest, dans le Finistère.
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Après de nombreux reports, le président Emmanuel Macron a enfin exposé ce lundi dans la rade de Brest, la stratégie nucléaire française dans un cadre européen. Depuis l’île Longue, qui accueille la base opérationnelle des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), le chef de l’État a lancé : « Nous devons renforcer notre dissuasion nucléaire face à la combinaison des menaces et nous devons penser notre stratégie de dissuasion dans la profondeur du continent européen, dans le plein respect de notre souveraineté, avec la mise en place progressive de ce que j’appellerai une dissuasion avancée ».

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Ce concept de « dissuasion avancée » a été le fil rouge de son discours dans le Finistère. Face aux menaces russes et chinoises, au développement de l’arsenal états-unien et de son dôme d’or, Emmanuel Macron a justifié la possibilité à des alliés européens « de participer aux exercices de dissuasion française » et d’ouvrir par étapes le parapluie nucléaire.

Huit pays ont déjà donné leur accord pour participer à cette « dissuasion avancée » : le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. « Sa valeur sera, je le crois, très forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique avec nous et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion », a-t-il promis.

Une orientation prévue depuis 2017

Réclamée par de nombreux dirigeants européens, cette intervention s’inscrit dans une volonté d’étendre le parapluie nucléaire français qui n’est pas nouvelle. À la Sorbonne, en 2017, le chef de l’État avait déjà appelé l’Europe à développer une « culture stratégique commune ». « Cette orientation s’est traduite par l’ouverture des exercices nucléaires à des partenaires européens et, désormais, par l’hypothèse d’une extension de la dissuasion française », rappelle l’organisation pour la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican).

Depuis plusieurs mois, le président français n’a cessé de promouvoir cette option auprès de ses alliés européens. Une démarche qui s’inscrit en complément de l’Otan et avec l’aval du président des États-Unis justifie Emmanuel Macron. Dans cette nouvelle étape, le président l’assure : « Il n’y aura aucun partage de la dissuasion ultime. Il n’y aura aucun partage des intérêts vitaux. Il n’y aura pas de garantie rigide ».

Mais la France pourra faire des « déploiements de circonstances » des moyens stratégiques chez des alliés… « Cela va prendre du temps. Car un tel déploiement demande des infrastructures. On n’installe pas des armes nucléaires, et leurs Rafale sur un territoire étranger en quelques mois. Forcément, des tensions vont s’aggraver avec nos adversaires en ce qui concerne les futurs pays qui vont accueillir ces avions militaires », estime Jean-Marie Collin, directeur de l’Ican-France.

Pire, le chef de l’État avance que nous ne pouvons pas nous satisfaire de la trajectoire actuelle en termes d’armement. « Après un examen minutieux, explique-t-il. J’ai demandé d’augmenter le nombre de têtes nucléaire de notre arsenal. Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé ».

Une véritable rupture en matière de transparence

C’est une véritable rupture en matière de transparence et une participation directe à l’engrenage en cours au niveau mondial. Pour Jean-Marie Collin, « Il s’agit d’un véritable recul. Le président participe à la prolifération nucléaire et engage le pays dans une stratégie sur plusieurs décennies. Une décision qu’il a prise seul, sans le Parlement alors qu’elle engendre un changement stratégique. Cette escalade nucléaire et conventionnelle va forcément précipiter une réaction des autres puissances et participer à la course aux armements ».

Emmanuel Macron ne s’en cache pas. Depuis l’île Longue, il confirme s’être « fermement engagé, depuis 2017, dans le renouvellement de nos forces stratégiques, et je m’y emploierai jusqu’au terme de ce mandat » en 2027, alors que selon lui « le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires ». Dans cette escalade assumée de la part des dirigeants européens, personne ne semble s’interroger sur les dangers que cette stratégie représente.

Pourtant le 27 janvier, l’horloge de l’apocalypse est passée à 85 secondes avant minuit, soit quatre secondes de moins qu’en 2025 : une première depuis sa création en 1947 par le Comité scientifique et de sécurité (Science and Security Board, SASB) pour symboliser l’imminence d’un cataclysme planétaire. « Cette prolifération affaiblit en profondeur le Traité de non-prolifération (TNP) et favorise une insécurité mondiale. L’Europe va donc continuer à être le territoire qui concentre le plus d’armes nucléaires. Pourtant, la France, l’Allemagne, la Pologne et l’ensemble des pays européens se sont tous engagés à la mise en œuvre du désarmement nucléaire. Emmanuel Macron favorise la destruction du TNP », conclut Jean-Marie Collin.