Extrême droite radicale et chef d’entreprise, Axel Loustau poursuivi pour plusieurs entraves aux droits syndicaux

Ancien du GUD, ce proche de Marine Le Pen est accusé d’avoir organisé des élections professionnelles « factices » dans son entreprise Astoria Sécurité. Un procès était organisé mercredi 18 février, à Paris.

Axel Loustau, au tribunal de Paris, lors du procès sur le financement des campagnes du Front National, le 6 novembre 2019. © Patrice Pierrot/ABACAPRESS.COM

La carrure est imposante, le costume ajusté. C’est pourtant un homme d’affaires dans ses petits souliers qui s’est présenté, mercredi 18 février, devant la 31e chambre correctionnelle du Tribunal judiciaire de Paris. Le militant d’extrême droite Axel Loustau, 55 ans, fondateur et dirigeant de la société Astoria Sécurité, y était poursuivi pour quatre « entraves » au droit syndical, des infractions rarement débattues dans le cadre d’un procès.

« S’il n’y avait eu que quelques manquements, les choses auraient pu être réglées avec l’inspection du travail, a justifié la procureure à l’audience. Mais là, les manquements étaient multiples. Il ne s’agissait pas d’approximations ou de simples ”trous dans la raquette”, comme l’a dit M. Loustau, mais de faits graves, qui ont porté atteinte aux droits des salariés. »

Elections « factices » et « faux » PV

L’affaire commence début 2023 par une enquête de l’inspection du travail, consécutive à un courrier de la fédération CGT Commerce Distribution et Services réclamant la tenue d’élections professionnelles dans cette entreprise de plus de 200 salariés, qui remplit des missions de sécurité, notamment pour le compte de la Cité des Sciences ou de la RATP, grâce à de juteux contrats, comme l’avait révélé StreetPress en 2024. Astoria Sécurité assure, elle, que les élections ont bien eu lieu en 2022, comme en 2019 d’ailleurs, et que le Comité Social et Économique (CSE) fonctionnait normalement.

Les investigations des inspecteurs du travail vont montrer une tout autre réalité. Dans leur rapport de juillet 2024, que l’Humanité a pu consulter, ils qualifient de « factices » ces élections, assurent que les PV établis alors étaient « des faux », et estiment que le CSE a donc été « frauduleusement instauré ». « Les participants au processus électoral comme les membres élus sont soigneusement choisis parmi la famille ou les plus proches collaborateurs, pour s’assurer le contrôle de l’instance », accuse notamment le rapport.

Parmi ces proches opportunément élus au CSE dans le collège des cadres, figure le propre fils d’Axel Loustau, Gabriel, 21 ans à l’époque. Un jeune homme visiblement déterminé à marcher dans les traces de son père, puisqu’en plus de son poste de directeur général de la Financière Wagram (propriétaire à 100 % d’Astoria Sécurité), il est considéré aujourd’hui comme l’un des dirigeants du GUD, réactivé en 2022 par un autre militant d’extrême droite, Marc de Caqueray-Valménier.

Loustau se présente comme un modeste patron de PME

L’inspection du travail n’évoque à aucun moment cet arrière-plan politique, mais ses coups, sur le terrain du droit social, font mal : « Le CSE d’Astoria Sécurité fonctionne aujourd’hui comme un alibi pour la société qui par son existence prétend démontrer qu’elle remplit ses obligations en matière de représentation du personnel. Il n’a en réalité aucune existence propre et aucun fonctionnement indépendant de la direction: pas de formation, pas de consultations ni d’informations, pas de budget, pas d’ordre du jour. »

La charge est lourde pour Axel Loustau, qui s’est présenté à l’audience comme un modeste patron de PME, qui « se bat depuis vingt ans, douze heures par jour, pour sauver les contrats » qui font fonctionner son entreprise. Problème : l’homme est aussi un militant politique radical, au passé plus que sulfureux. Militant du GUD dans les années 1990, il s’affichait alors en admirateur zélé de l’ancien Waffen-SS belge Léon Degrelle – une erreur de jeunesse, plaide-t-il aujourd’hui.

Proche de Marine Le Pen, croisée à cette époque sur les bancs d’Assas, il fut le trésorier de son micro-parti Jeanne entre 2012 et 2022, avant de devenir conseiller régional FN en Île-de-France de 2015 à 2021. « Mon activité politique a été un peu médiatisée, ça ne fait pas bon ménage avec les affaires », a-t-il expliqué au tribunal, mercredi, pour justifier l’usage d’un nom d’emprunt, Bancarel (celui de sa femme), dans les documents d’Astoria Sécurité.

Les élections professionnelles, « ça n’intéresse personne »

Mais sur les entraves ? L’absence de local, comme de panneau réservé aux syndicats ? Les élections « factices » et les « faux » PV ? Les « 120 688 euros » qui auraient dû être versés par la société au CSE entre 2020 et 2023 et ne l’ont pas été, selon l’inspection du travail ? Les 10 % de cette somme qui auraient dû revenir aux salariés par le biais des œuvres sociales ? Axel Loustau fait le tri. « Je reconnais que tout n’a pas été parfait. Mais ce que je démens catégoriquement, c’est de ne pas avoir procédé à des élections sincères », assure-t-il, en fustigeant un dossier « très, très à charge ». S’il concède « ne pas être un spécialiste des élections » professionnelles, le dirigeant estime surtout que ce genre d’échéance, « ça n’intéresse personne ».

Partie civile dans ce procès, le Syndicat National du Spectacles Communication Sports et Loisirs (SNS), présent sur le site de la Cité des Sciences, n’est pas tout à fait de cet avis. « Dans une pétition lancée fin 2022 par le SNS, 64 salariés ont indiqué ne pas avoir été informés de la tenue d’élections professionnelles. Ce chiffre est beaucoup plus important que les 12 votants comptabilisés officiellement… » a ironisé Me Natacha Zukowski, l’avocate du syndicat.

Pour cette dernière, surtout, les manquements constatés « ne sont ni isolés, ni ponctuels. Ils s’inscrivent dans une organisation structurelle destinée à neutraliser les institutions représentatives du personnel et à restreindre l’exercice du droit syndical au sein de l’entreprise ».

Pour l’ensemble de ces faits, le parquet a réclamé la condamnation d’Axel Loustau à 7 500 euros d’amende, dont 3 000 euros avec sursis, et celle de la société Astoria Sécurité à 30 000 euros d’amende. Le Syndicat SNS a lui demandé 15 000 euros de dommages et intérêts au titre du « préjudice collectif » subi par l’ensemble des salariés.

Le délibéré sera rendu le lundi 30 mars, à 13 h 30.

 


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