Le juriste Jan Fermon estime que les États-Unis et Israël violent la Charte de l’ONU, car ils ne se trouvent pas dans une situation d’autodéfense.

Avocat belge, membre du bureau de l’Association internationale des juristes démocrates (AIJD), dont il était encore récemment le secrétaire général, Jan Fermon dénonce l’attitude des États-Unis et revient sur l’application du droit international.
Comment l’Association internationale des juristes démocrates regarde-t-elle cette nouvelle guerre ?

Jan Fermon, Avocat, membre du bureau de l’Association internationale des juristes démocrates
Il s’agit évidemment d’une violation indéniable et claire du droit international. L’usage de la force a été interdit par la Charte des Nations unies. De toute évidence, les États-Unis ne se trouvent pas dans une situation d’autodéfense telle que prévue par l’article 51 de la Charte. Le but avoué est en fait de changer le régime, ce qui constitue une violation tout à fait claire et nette de la souveraineté iranienne. Empêcher un pays d’avoir un programme nucléaire qu’il assure depuis très longtemps ne pas être militaire mais civil constitue aussi une violation de la souveraineté.
Nous vivons dans un monde où le vernis de droit international derrière lequel les États-Unis se cachaient encore s’est effrité. Nous sommes dans une période où tous les acquis de la lutte des peuples contre le fascisme d’une part, avec la Charte des Nations unies, et de l’autre côté contre le colonialisme et le néocolonialisme, avec l’affirmation du principe de l’autodétermination, disparaissent.
Les Américains, après avoir violé pendant des années ces règles, tout en maintenant une apparence de soutien à ce droit international, disent maintenant ouvertement qu’ils n’en veulent plus, que le droit est mort et que la force brute va régler le problème. America First.
Toutes les règles sont mises de côté. Ils ne font même plus un effort. C’est une caractéristique du fascisme. Une dictature ouverte, brutale, basée sur la force et qui se fiche totalement des règles de droit. Voilà à quoi nous assistons au niveau international et qui se développe aussi, petit à petit aux États-Unis même, avec ICE, la police anti-immigration.
Cette guerre dépasse-t-elle la seule problématique de l’Iran ?
C’est une guerre contre l’Iran, évidemment, avec des objectifs particuliers pour le Moyen-Orient, pour sécuriser Israël, briser toute résistance contre l’impérialisme américain et ses projets dans la région. Mais c’est le début d’une guerre qu’on pourrait presque qualifier de mondiale, parce qu’elle vise à isoler les tentatives de la Chine de créer un nouveau multilatéralisme. Les attaques et la volonté de mettre la main sur le pétrole vénézuélien aussi bien qu’iranien s’inscrivent dans cette tentative d’étranglement de la Chine.
Cela veut-il dire que les États-Unis imposent un nouveau type de relations internationales qui ne serait basé que sur la loi du plus fort, la loi de la jungle, plutôt que sur le droit international ? Ou utilisent-ils encore le droit international lorsque cela les arrange ?
Je constate qu’ils font de moins en moins référence au droit international. Cela dit, l’administration américaine, depuis la Seconde Guerre mondiale, a toujours violé ce droit international. Cela a commencé par la guerre de Corée. D’un point de vue historique, évidemment, ça n’a rien de nouveau. C’est ce qui existait avant 1939. L’imposition par la violence d’un rapport de force, par ceux qui s’estiment être des nations fortes, à celles qui sont plus faibles.
Le « conseil de la paix » que Trump a mis en place représente-t-il une tentative pour doubler l’ONU, l’écarter totalement ?
Cela ressemble plus à des clans mafieux qui se mettent ensemble. Quand une activité est totalement dérégulée, il faut quand même un lieu où ceux qui ne respectent aucune règle se rencontrent pour… régler certaines choses entre eux. Donald Trump veut-il vraiment remplacer le Conseil de sécurité par cet organe-là ? Oui et non. Il veut détruire les principes de base de l’ONU. Son « conseil de la paix » entre là-dedans, mais il n’entend pas remplacer le Conseil de sécurité. La seule chose qui intéresse l’administration américaine actuelle, et évidemment les monopoles qui sont derrière elle, est de casser toutes les règles au niveau international.
N’y a-t-il pas un sentiment d’impuissance face à cette remise en cause du droit international ? Comment y palier ?
Le facteur qui permet de faire du droit international une réalité a toujours été la lutte des peuples. Le respect du droit international, comme l’interdiction de l’usage de la force ont été arrachés par la résistance des peuples du monde contre le fascisme. De même, la reconnaissance du droit à l’autodétermination dans les pactes de l’ONU de 1960 a été obtenue grâce aux luttes anticoloniales en Algérie ou au Vietnam. Cela ne changera pas. Personne ne va défendre le droit international à notre place. Les peuples vont devoir le faire.
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Pierre Barbancey