17 octobre : en dénonçant « l’armée du crime », Jordan Bardella reprend le slogan nazi de l’affiche rouge

Le président du RN, auteurs d’écrits antisémites révélés par Mediapart, tenait une conférence de presse ce lundi 19 octobre pour instrumentaliser les violences en marge des manifestations du 17. Mais celui qui se présente comme le garant d’une « France en ordre » a utilisé une expression très malvenue : « l’armée du crime », qui fait référence à l’affiche rouge.

Dans la bouche de Jordan Bardella, les manifestations ont été un « bain culturel de milliers d’individus issus de l’immigration », et une « Nouvelle France qui cherche à en remplacer une autre ». © Dimitar DILKOFF / AFP

Il faut reconnaître une chose à Jordan Bardella : il n’est jamais décevant… Dans l’abject. Trois semaines après la révélation par Mediapart de ses écrits antisémites, il a convoqué une conférence de presse, ce lundi 19 octobre, pour tenter de revenir à ses sujets de prédilection : l’ordre qu’incarnerait l’extrême droite dans ces temps de colère et de mobilisation sociales. « Face au chaos, la France en ordre », indiquait le président du Rassemblement national (RN) en guise de préambule à cette conférence, organisée à la hâte pour souffler sur les braises encore chaudes de la journée de mobilisation du 17 octobre.

Lors de cet exercice de charognard, Jordan Bardella, qui se voit déjà premier ministre en mai prochain, a employé une expression lourde de sens historique pour désigner les manifestants du 17 octobre, les amalgamant avec les casseurs : « L’armée du crime », dont il a déploré la « capacité de mobilisation ». Or, ce terme renvoie directement à l’affiche rouge visant les membres du groupe Manouchian et à la propagande anticommuniste et antisémite sous le régime de Vichy pour criminaliser les résistants. Guère étonnant quand on connaît les idées – et le passif antisémite – de Jordan Bardella.

Pour le reste, il s’agissait donc de dresser un tableau apocalyptique d’une France « humiliée et lynchée, attaquée de l’intérieur », en reprenant au passage l’analyse commune à Donald Trump et Vladimir Poutine, pour qui les événements de la journée du 17 octobre sont dus à l’immigration. Dans la bouche de Jordan Bardella, cela donne un « bain culturel de milliers d’individus issus de l’immigration », et une « Nouvelle France qui cherche à en remplacer une autre ». Un clin d’œil appuyé au délire raciste du « grand remplacement ».

« Cortège d’ultragauche et de militants syndicaux » également visés

Parmi les éléments de langage employés, celui de casseurs qui seraient « la branche armée de LFI », un terme qui renvoie au Hamas ou au Hezbollah. L’analogie n’a rien d’anodine : Jordan Bardella a d’ailleurs indiqué que le RN demandait l’inscription de « milices antifa » sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne.

Interrogé sur les revendications sociales des lycéens et des Français en général, qui se sont exprimées lors des manifestations pacifiques, le président du RN a botté en touche, renvoyant aux mesures promises par Marine Le Pen en cas de victoire lors de l’élection présidentielle du printemps prochain, « la plus importante des 50 dernières années ». Le sujet social n’intéresse pas Jordan Bardella, qui a répondu en parlant à nouveau des « hordes de casseurs », de « cortège d’ultragauche et de militants syndicaux ». La haine des syndicats est, depuis toujours, un marqueur de l’extrême droite.

Le président du RN s’est ensuite livré à un exercice de contorsionniste : demander la démission d’Emmanuel Macron, tout en se portant garant de la démocratie « pour les Français et les honnêtes gens ». « Plus tôt ce pouvoir s’en ira, mieux ce sera, mais le bulletin de vote est l’arme la plus efficace », a-t-il assuré dans un curieux paradoxe. Quant à l’éventualité de l’État d’urgence ou d’un couvre-feu, Jordan Bardella a martelé que le RN « ne se priverait d’aucun moyen légal », tout en pointant un « problème sécuritaire, judiciaire, migratoire plus profond ».

Son modèle : les méga-prisons du Salvador

Lequel précisément ? Mystère. Mais l’objectif affiché est de « faire respecter la loi et l’ordre sur tout le territoire national », tout en « reprenant le contrôle de nos frontières » – on voit mal le rapport avec les mobilisations. « Loi et ordre » qu’il faut l’entendre au sens d’un ordre autoritaire et réactionnaire propre à l’extrême droite.

Au final, une sorte de service après-vente de son passage dans la matinale de Cnews, où il a déroulé, avec les mêmes éléments de langage, son argumentaire et sa vision d’un État version autoritaire. Il y a notamment accusé Emmanuel Macron d’avoir été « incapable de construire les 10 000 places de prison promises », citant en miroir l’exemple du… Salvador, qui « en 6 mois a construit 40 000 places de prison ».

Le modèle de Bardella, c’est donc les mega-prisons du président Nayib Bukele, où l’on compte près de 500 morts depuis 2022 et où la torture est employée à tour de bras. Un modèle édifiant, mis en avant alors que le RN a prévu son congrès et le lancement de la campagne de Marine Le Pen ce dimanche 25 octobre.


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