Qui sont les véritables incendiaires ? + Fabien Roussel (TF1)

Violences du 17 octobre : police, casseurs, gouvernement… Qui sont les véritables incendiaires ?

Le pouvoir macroniste refuse d’endosser la moindre responsabilité dans les violences et destructions de la journée de samedi. Pourtant, de nombreuses critiques s’expriment sur la répression comme unique réponse aux manifestants.

Ce sont deux chiffres qui, mis en miroir, résument cette journée du samedi 17 octobre. D’un côté, près de 800 000 manifestants selon les organisations syndicales (550 000 selon les autorités policières), qui ont défilé pacifiquement partout en France : lycéens, étudiants, fonctionnaires, ex-gilets jaunes ou simples citoyens pris à la gorge par l’augmentation du coût de la vie.

Preuve d’une colère sociale toujours aussi ardente, un mois après le début du mouvement lycéen qui a servi d’étincelle à cette flambée de contestation politique. De l’autre, des milliers de casseurs sans que l’on soit capable de connaître leur nombre exact. Ils se sont rués sur les petits commerces et les grandes enseignes des métropoles, en toute liberté, tout au long de la journée, avec des dispositifs sécuritaires incapables de les contenir. Ces mêmes scènes de pillages se sont reproduites le lendemain.

Les maires pointent une défaillance de la stratégie du maintien de l’ordre

Le lundi 19 octobre, au micro de France Inter, le maire de Marseille, Benoît Payan, a directement pointé la responsabilité du ministre de l’Intérieur : « Pourquoi un mouvement de repli des CRS a-t-il permis à des voyous de s’introduire dans ma mairie ? (…) Pourquoi les forces de l’ordre se sont-elles employées à tirer des lacrymogènes sur les manifestants et pas sur les pilleurs ? »

La ville phocéenne a été particulièrement touchée par les pillages et les dégradations : sa propre mairie centrale a été investie et vandalisée. De quoi déclencher la colère de l’édile, qui va jusqu’à remettre en cause les chiffres avancés par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône pour se dédouaner. Celle-ci indiquait, dimanche, avoir eu affaire à près de 30 000 pilleurs pour justifier son incapacité à agir sur tous les fronts. « Je trouve cette défense assez ridicule. 30 000, c’est la moitié du stade Vélodrome », a balayé Benoît Payan. Selon lui, « des policiers et des gradés de la préfecture parlent eux de 1 500 ».

À ses côtés, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, s’est lui aussi agacé des justifications du pouvoir macroniste pour expliquer les dégradations subies dans la capitale : « Des casseurs qui s’infiltrent dans les mouvements sociaux, il y en a eu de tout temps dans l’histoire. La question, c’est pourquoi peuvent-ils si facilement se déployer et casser parfois pendant plusieurs heures sans que la police n’intervienne ? »

Le matin même, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a, lui, refusé de parler de « défaillances », expliquant simplement que le dispositif policier s’était « trouvé en asymétrie par certains endroits ». Une jolie posture de contorsionniste sur les ondes du service public, alors même qu’il a durant le week-end proposé sa démission au chef de l’État – refusée par ce dernier –, confirmant par ce geste sa responsabilité dans ces désordres.

Des forces de sécurité en sous-nombre

Sur le terrain, les forces de sécurité dressent leur propre constat : « un dispositif en sous-nombre », « des policiers déjà épuisés », « un problème de ravitaillement en munitions », soufflent des sources policières. Un sous-effectif conforté par les chiffres.

Le 10 septembre 2025, lors de la journée de mobilisation sous le mot d’ordre « Bloquons tout », 80 000 membres des forces de sécurité intérieure ont été mobilisés, dont 40 000 gendarmes. Pour ce samedi 17 octobre, le premier flic de France a avancé une « estimation de l’ordre de 60 000 » agents sur le terrain. Des forces de sécurité trop peu nombreuses en raison, selon lui, d’un raté du côté du renseignement territorial (ex-RG) qui aurait sous-estimé en amont le nombre des manifestants comme celui des casseurs.

Un argument qui laisse pantois un policier s’exprimant sous couvert d’anonymat : « J’aimerais bien les voir les notes qui ont été produites. Le RT est quand même bon lorsqu’il s’agit de faire la photographie d’un mouvement social. Je peine à croire qu’il se soit autant planté. »

Un sentiment partagé par Sebastian Roché, directeur de recherches au CNRS et auteur du livre la Police contre la rue (Grasset, 2023). « Il est manifeste que les remontées d’information du renseignement territorial et des antennes de PJ n’ont pas été lues ou comprises par le général en chef, le ministre en charge », écrit-il sur son compte X. Surtout, dénonce le chercheur, l’erreur originelle du gouvernement est d’avoir, depuis que les lycéens ont décidé de se faire entendre, fait le choix de la répression plutôt que celui de la discussion.

« La lecture autoritaire et policière s’est substituée à une politique visant à rechercher le compromis avec le mouvement et à ne pas miser sur l’étouffement policier de la protestation politique. (…) La police ne peut qu’accompagner les compromis politiques qui permettent la paix publique. Elle ne peut être le socle de l’ordre politique », observe-t-il.

Une réponse autoritaire à la contestation sociale

Cette faute originelle, aux conséquences lourdes, Anthony Caillé, policier et secrétaire général de la CGT Intérieur, la dénonce également : « Les policiers sont sursollicités par un pouvoir en manque de légitimité politique. Ils sont constamment en alerte. Les heures supplémentaires s’accumulent, les blessés et la fatigue aussi, prévient-il. Et le risque est qu’à un moment, mes collègues mobilisés perdent leur discernement. »

Pour lui, ce choix continu de la contention policière sans la moindre réponse politique aux demandes sociales est une impasse : « Le pouvoir politique a répondu aux revendications des lycéens et des fonctionnaires par l’usage de la matraque. C’est la continuité de ce qui se fait depuis le premier quinquennat d’Emmanuel Macron. La police est vue comme un organe de contrôle social plutôt que comme un moyen de gérer, d’accompagner et de protéger les manifestants. »

Un choix qui n’en finit plus de miner la démocratie.


S’organiser pour porter encore plus haut et plus loin n,os revendications dans les entreprises, les lycées, la rue.

Ensemble Retraités-es, salariés-es, jeunes…

← Retour

Merci pour votre réponse. ✨

Je rejoins le PCF !

 


En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.