Après nos révélations des échanges confidentiels d’une de ses cadres locales avec des néofascistes lyonnais, le collectif est dans la tourmente. En dépit de ses dénégations, le mouvement cultive bien des liens tous azimuts avec les groupuscules les plus radicaux comme avec le RN ou Reconquête. En arrière-plan, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin veillent à populariser et financer ses actions.

Pendant plusieurs jours, profitant de la sidération, c’est une vraie fable qu’elles ont dictée. Après la mort tragique, le 14 février, de Quentin Deranque, le jeune identitaire frappé au sol à coups de pied dans la tête par des militants antifascistes à Lyon, les dirigeantes de Némésis ont pu dérouler leur récit des événements, tissé de rumeurs, d’omissions, voire de mensonges.
Voyez ces gentils garçons qui, venus défendre une action pacifique contre la tenue d’une conférence, subissent une attaque au couteau d’antifas menée notamment par une étudiante « identifiée », dont Alice Cordier, cheffe du groupe fémonationaliste, livrera le nom à deux reprises chez Pascal Praud à l’antenne d’Europe 1… Mais rien n’était vrai !
Némésis se démultiplie dans les médias alliés, du Figaro à Boulevard Voltaire ou Valeurs actuelles, en passant, bien sûr, par tous les titres du groupe Bolloré. Plus éloquent encore : dans des messages sur une boucle interne – dont nous avons pu prendre connaissance –, les militantes identitaires relaient les appels de leurs complices dans la presse. Parmi d’autres, « Louise de Frontières » cherche ainsi des gens qui auraient subi des « agressions des antifascistes, même en dehors de tout militantisme à Némésis ». « Plus elle aura de témoignages, plus ce travail sera utile », incite le mouvement.
La stratégie d’intox de Némésis révélée au grand jour
Patatras ! Tout s’écroule comme un château de cartes quand s’affichent ces conversations secrètes, en octobre dernier, entre une cadre lyonnaise de Némésis et quelques gros bras néofascistes. Au premier rang desquels on trouve Calixte Guy, porte-parole du groupuscule Audace Lyon, lui-même mis en examen pour violence aggravée en réunion. Après cette révélation par l’Humanité, la parenthèse enchantée pour Némésis se referme.
À tel point que ce qui monte, désormais, c’est la demande de dissolution d’une organisation qui, depuis des années, base son agit-prop xénophobe sur la confrontation physique et souvent violente. Jusqu’à proposer – à plusieurs reprises dans l’édifiante discussion que nous avons dévoilée – de tenir le rôle d’« appât » pour le compte de néofascistes avides de « choper » des adversaires par surprise, dans la capitale des Gaules.
Au moment même, mardi 24 février, où notre enquête était corroborée en tous points par BFMTV, Némésis faisait paraître un communiqué fleuve pour « dénoncer », non sans un certain embarras, « l’intoxication grossière » de notre journal.
« Jamais notre association n’a donné de directive, de consigne ou permis à quiconque d’organiser le moindre ”traquenard”, écrivent ses dirigeantes avant d’esquisser une mise à distance. Toute initiative personnelle contraire à notre charte ne pourrait en aucun cas être revendiquée ”Némésis” et appellerait évidemment des sanctions internes appropriées. »
Évoquant ses « six ans d’existence immaculée sur le plan judiciaire », le mouvement affirme avoir « constamment condamné l’usage de la violence physique comme mode d’action politique » et être « très ferme et clair dans sa dénonciation des idéologies totalitaires et néfastes pour les femmes, telles que l’islamisme et le nazisme ».
Proche du GUD
Derrière Alice Cordier, figure de proue dont le parcours, entre adhésion à l’Action française et fricotage avec la mouvance issue du GUD, est bien connu, ou d’autres fondatrices passées par Génération identitaire ou la Cocarde, la distance paraît bien plus ténue que ne le dit Némésis. Propulsée plus récemment parmi les porte-parole du collectif, Nina Azamberti symbolise assez bien cette position au carrefour des extrêmes droites qui, encore aujourd’hui, ne forment qu’un seul et même écosystème.
La jeune femme – qui n’a pas répondu à nos questions – a supprimé une page personnelle Instagram qui, d’après les éléments exhumés par l’Humanité, en disait long sur son idéologie. Outre les photos-souvenirs de sa présence au siège du mouvement néofasciste italien Casapound, à Rome, ou sa proximité avec les identitaires du groupuscule aixois Tenesoun, Nina Azamberti publie en avril 2023 un autoportrait d’elle, casque de moto vissé sur la tête, réalisant le salut de Kühnen – une version contemporaine du salut nazi utilisée pour contourner la loi. A propos de ce geste, le collectif nous répond qu’il s’agit « tout simplement du salut classique des motards : un petit signe de la main, celui que l’on s’adresse très couramment quand on se croise sur la route pour se dire bonjour ou marquer un minimum de respect entre usagers. » Némésis affirme également « n’avoir strictement aucun lien, ni organisationnel, ni idéologique, ni personnel » avec CasaPound.
Malgré ces activités, toujours en 2023, le député RN Romain Baubry l’embauche comme assistante parlementaire – leur collaboration ne durera que quelques mois –, tout comme une autre membre de Némésis, Clémence Le Saint.
C’est patent, et cela se vérifie en toutes circonstances jusqu’ici : les méthodes provocatrices, voire violentes, de Némésis et la proximité récurrente avec des groupes néofascistes n’entravent en rien les relations étroites avec l’extrême droite institutionnelle. Régulièrement célébré par les députés lepénistes ou par les élus Reconquête – Sarah Knafo figurait au centre de leur cortège imposé par la préfecture le 8 mars 2025 –, le collectif a aussi des liens réguliers avec le RN.
Il a notamment été invité à trois reprises par les parlementaires européens du parti à la flamme, à Bruxelles ou Strasbourg, pour des conférences et des colloques. Comme en 2022, lorsque Alice Cordier développe sa vision identitaire du « féminisme » selon laquelle l’immigration serait la « plus grande menace face aux libertés des femmes aujourd’hui en France », tout en déplorant le déclin de ce qu’elle appelle une « virilité européenne ».
Némésis dans la galaxie Stérin
En lien avec toutes ces franges, Némésis se tient également sur les passerelles, consolidées depuis une dizaine d’années, entre les ex-païens de la Nouvelle Droite et les catholiques ultraréactionnaires. Alice Cordier fraie depuis ses débuts avec la mouvance suprémaciste liée à l’Institut Iliade. Il y a cinq ans, elle a fait ses armes au Forum de la dissidence avec Jean-Yves Le Gallou et, comme l’avait révélé Libération, elle était l’une des vedettes du gala organisé, fin 2024, en vue de la création d’un « club privé réservé aux Européens » à Paris.
Mais Némésis sait également profiter des opportunités offertes par Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. Avec, grâce au premier, un accès privilégié à des médias de masse, et à la faveur du soutien du second, une forme de confort financier pour son mouvement.
Autour de Némésis, gravitent de nombreuses comètes de la galaxie du milliardaire architecte et financier du plan Périclès visant à faire gagner les extrêmes droites dans les têtes et dans les urnes. Elles se déploient d’ailleurs dans la crise actuelle, à des degrés divers. C’est l’organisatrice de la manifestation en « hommage à Quentin » de samedi 21 février à Lyon qui, compagne d’un militant néofasciste et militante anti-avortement, est chargée de mission dans une association, l’application de prière Hozana, financée par Stérin. C’est Transparence citoyenne – une association soutenue par Périclès – qui interpelle la présidente de l’Assemblée au sujet des collaborateurs parlementaires de Raphaël Arnault.
C’est l’Institut des libertés, un nouveau lobby qui se veut « une Ligue des droits de l’homme de droite » lancé ces dernières semaines grâce à Périclès, qui saisit la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique sur des « omissions » du même député, ex-leader de la Jeune Garde. Et puis encore, l’ancien dirigeant des jeunes zemmouristes Stanislas Rigault qui tient la tranchée dans les médias, notamment après nos révélations sur Némésis. Mais son agence de conseil et de communication, Nexus Influence – dont Périclès est actionnaire –, n’a toutefois été « missionnée par personne dans cette tragique affaire », nous précise-t-il.
De façon bien plus structurelle, alors que, en septembre 2025, Libération avait décrit des « militantes de Némésis venues toucher leurs deniers » dans les bureaux parisiens de Stérin, l’organisation, qui, comme ses militantes, n’a pas donné suite à notre sollicitation sur ce sujet, peut bel et bien compter sur ces mannes. Interrogé par l’Humanité, Arnaud Rérolle, le directeur général de Périclès, confirme, mais refuse de donner le montant et la nature de l’aide financière apportée à Alice Cordier et ses camarades. « Je continue à lire l’Humanité donc j’ai en effet bien pris connaissance de votre ”enquête” sur Némésis, nous fait-il savoir, avec une pointe d’acidité. Vous savez bien que nous n’indiquons pas les sommes allouées aux initiatives que nous lançons ou soutenons, donc je ne répondrai pas. »
En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"
Subscribe to get the latest posts sent to your email.