
Alors que la mission de l’école demeure de former de futurs citoyens éclairés, en capacité de distinguer faits et croyances, force est de constater que le compte n’y est pas, qu’il y est de moins en moins quand la post-vérité est instituée comme stratégie majeure de domination. La violence et l’agressivité des politiques dites illibérales sont à la hauteur des enjeux : droites et extrêmes droites ne se trompent pas sur l’importance de l’éducation et de la culture pour mener à bien leur projet mortifère.
L’offensive de désinformation est d’envergure, y compris dans ses formes les plus grossières, jusqu’au ridicule si ce n’était si grave, menée à visage découvert, par les droites, extrêmes droites, médias à leur service et réseaux dits « sociaux ». Les attaques sont d’une rare violence contre la recherche scientifique comme démarche d’élaboration de vérités scientifiques (et non dogmatiques), les universités, le système scolaire dans son ensemble, les chercheurs eux-mêmes. Tout est bon pour prendre le pouvoir jusque dans nos vies, nos professionnalités : brouiller, opacifier, trahir : fakes news ; menaces ; chasse aux « woke » et autres « islamogauchistes » ; langage perverti dont le sens se dérobe ; répression ; service public d’éducation dégradé ; réduction continue des financements indispensables à la démocratisation au profit de formations privées en croissance exponentielle… La culture n’est pas épargnée. Ce sont toutes les institutions culturelles, scolaires, universitaires qui se trouvent dans l’impossibilité de jouer leur rôle d’enculturation.
L’entreprise de désinformation est puissante, massive et s’appuie sur ce qu’elle met en place : l’inquiétude, le sentiment d’insécurité, la perte du sens d’apprendre et d’enseigner, le rapport à soi… La résistance à l’endoctrinement est rendue difficile par la puissance de frappe réactionnaire et autoritaire, qui se manifeste dans une domination perverse, où les faits objectifs, leur réalité sont falsifiés, éloignant toute possibilité de rationalité.
Dans ce dernier numéro, Carnets rouges s’attache à analyser les mécanismes idéologico-politiques qui combattent rationalité, savoirs objectifs, discours critiques, toujours les premiers ciblés dans tous les systèmes néofascistes ou fascistes. Les diverses contributions mettent en partage des outils qui visent à rendre intelligibles les enjeux de cette offensive néofasciste d’obscurantisme, de formatage et d’endoctrinement.
Le rapport de force est déséquilibré, certes, mais l’exigence maintenue du rôle émancipateur de l’école pour penser et construire une humanité commune est un puissant levier d’action, comme en témoignent dans ce numéro de Carnets rouges les initiatives d’enseignants et enseignantes qui cherchent à donner aux élèves les capacités de résister aux stratégies propagandistes qui instrumentalisent les connaissances au service de leurs visées. Des enseignants et des enseignantes qui transmettent des savoirs scolaires ’appuyant sur des vérités scientifiquement établies. Une vérité à laquelle chacun et tous ont droit.
Carnets rouges, raison, vérité(s) et pouvoir
Christine Passerieux
Rédactrice de Carnets rouges
En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"
Subscribe to get the latest posts sent to your email.