« Les enfants sont des sujets de droits à part entière »
Portée notamment par Francesca Pasquini administratrice de La fabrique des communs pédagogique rejointe par Arnaud Gallais de Mouv’Enfants, l’initiative vise à faire des droits de l’enfant un axe structurant de l’action municipale. La campagne pour la création d’une délégation aux droits de l’enfant dans chaque commune réunit 54 associations. Plus de 200 candidats se sont engagés à créer cette délégation.
« Les enfants sont des sujets de droits à part entière » a rappelé Arnaud Gallais, président de Mouv’Enfants lors de la cofnérence de presse du 11 mars. Pour lui, instaurer une telle délégation constituerait « un signal politique fort ». Les associations souhaitent que cette fonction devienne une obligation dans les municipalités après les élections de 2026, et non plus une simple option.
L’objectif est aussi de réduire les inégalités d’accès aux droits, encore très marquées selon les territoires et les milieux sociaux. « Aujourd’hui, les droits des enfants ne sont pas appliqués de la même manière sur tout le territoire », ont insisté plusieurs intervenants, pointant notamment les difficultés rencontrées dans les territoires ultramarins.
Pour Fleurine Pruchon, responsable plaidoyer de la dynamique droits de l’enfant, l’enjeu est de « faire de l’enfance une priorité dans les futures municipalités ». Elle plaide pour une approche globale : « Aujourd’hui l’enfance est traitée en silo. Il faut accorder des moyens mais aussi associer les enfants aux décisions », notamment via des dispositifs participatifs.
« Tous les enfants ont leur place à l’école »
Elle rappelle que l’école doit être un lieu d’égalité et d’inclusion et « lutter contre toutes les discriminations », insiste-t-elle, soulignant que « chaque enfant qui est sur le territoire français doit avoir sa place à l’école ». « Chaque enfant doit bénéficier du service public, donc de l’école, de la cantine, mais aussi de tout ce qui va avoir attrait à la culture », poursuit-elle. Pour la responsable syndicale, la mission de l’école ne se limite pas à l’enseignement des savoirs. « L’école doit transmettre des savoirs », mais aussi « faire en sorte que chacun, chacune puisse s’émanciper ».
Elle insiste également sur la fonction sociale du service public d’éducation : « Chacun doit trouver à l’école ce qu’il n’a pas dans sa famille, on n’est pas tous égaux quand on naît ».
Mayotte a ainsi été particulièrement évoquée, certains responsables dénonçant un territoire « laissé pour compte », notamment en matière de santé et d’accès aux services publics. Aurélie Gagnier a interpellé sur cette situation, évoquant un bâti scolaire sous-dimensionné et des enfants « qui n’ont qu’un tiers d’école » en raison d’un système de rotation des classes.
Violences et inceste : un phénomène massif
La conférence de presse a également mis en lumière l’ampleur des violences subies par les enfants. Selon Suzanne Frugier, secrétaire générale de Mouv’Enfants, un Français sur dix serait victime d’inceste, soit plus de trois enfants dans une classe de trente élèves.
Les associations rappellent que ces violences ont des conséquences durables sur les parcours de vie et sur la cohésion sociale. L’association « Face à l’inceste » souligne également que seuls 5 % des parents portent plainte lorsque leur enfant révèle un inceste, et appelle à renforcer la prévention, le repérage et l’accompagnement des victimes.
Pauvreté et logement : des enfants particulièrement touchés
Les représentants de l’UNICEF France ont rappelé plusieurs données préoccupantes issues de leur observatoire. En France, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, soit près de trois millions d’enfants.
Les inégalités sont particulièrement fortes à Mayotte, où huit enfants sur dix vivent dans la pauvreté. Par ailleurs, 17 % des enfants vivent dans un logement surpeuplé et 32 000 enfants seraient sans abri ou hébergés à l’hôtel.
Faire des enfants des citoyens d’aujourd’hui
Pour les associations, la création d’une délégation municipale dédiée permettrait d’évaluer les décisions politiques « à l’aune des droits de l’enfant » et de mieux intégrer leurs besoins dans les politiques locales. Les différentes prises de paroles rappellent enfin que la commune est au contact quotidien des enfants, de la petite enfance aux activités de loisirs, en passant par l’école, la culture ou le sport.
« Une commune à hauteur d’enfant », plaident-ils, est une commune qui fait connaître les droits de l’enfant, les fait comprendre et les fait vivre, en associant les plus jeunes aux décisions qui les concernent.
Djéhanne Gani
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