
« Monsieur le président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être… » Quelle école voulons-nous : l’école doit-elle devenir un instrument de défense nationale ?
Enseigner la citoyenneté et la cohésion ne pourrait-il pas se faire dans une Ecole où tous les élèves apprennent ensemble, dès lors ne faudrait-il pas s’acharner à lutter contre le tri social, la ségrégation subie comme choisie et le phénomène de séparatisme croissant à l’œuvre aujourd’hui dans nos écoles ?
L’armée à l’assaut des classes
Le budget de l’armée dépasse désormais celui de l’Éducation nationale : le PLF 2026 prévoit 68,4 milliards pour la Défense contre 64,5 milliards pour l’école. Et ces chiffres sont biaisés pour l’éducation selon l’Institut des Politiques Publiques. Ses travaux ont souligné que l’État gonfle artificiellement le budget de l’Éducation nationale en y intégrant les pensions, donnant une illusion d’investissement réel. Une fois ces chiffres corrigés, la France investit moins que la moyenne européenne, notamment dans le primaire, si fondamental et déterminant pour le parcours.
Pendant que l’armée renforce son matériel et son recrutement, l’enseignement de la défense s’invite dans les établissements scolaires, sans débat démocratique. Sitôt le SNU enterré, les classes « défense » et le Service National Volontaire, valorisés sur Parcoursup, brouillent la frontière entre éducation et préparation militaire. L’école, censée émanciper, devient un outil de normalisation militaire dès la 4ᵉ.
Éducation, embrigadement, mise au pas ?
Réformes du lycée, Parcoursup, classes de niveau, stages, SNU, classes « défense »… tout concourt à former des élèves « prêts ». Mais prêts pour quoi ? Pour le marché du travail, pour l’armée, pour la société de 2030 ? Le devoir de défense remplace la pensée critique. La présence militaire et les programmes remodelés donnent priorité à l’embrigadement sur l’émancipation. Les dispositifs comme le service militaire volontaire ou les partenariats avec la police sont perçus comme des outils d’acculturation militaire, au détriment de l’éducation à la paix et de la citoyenneté. Dans les lycées populaires, enseignants et élèves dénoncent le manque de moyens, la répression et l’injustice sociale, tandis que la jeunesse est appelée « à se tenir sage », comme à Mantes la jolie.
Une école pour tous ou pour l’armée ? L’urgence d’un débat national
L’école doit rester un lieu d’émancipation et de citoyenneté, pas un tremplin vers l’armée. Former des citoyens libres doit primer sur la formation de soldats. La cohésion sociale, la rencontre de l’autre et l’éducation au savoir et à la citoyenneté doivent être des objectifs prioritaires, pas la militarisation de la jeunesse. Il est temps d’ouvrir un débat démocratique de fond sur la place de l’armée dans l’éducation et de refuser toute instrumentalisation de l’école publique.
Il est temps d’agir
L’éducation doit primer sur l’embrigadement. L’école n’est pas un champ de bataille : c’est un espace de réflexion, de rencontre et de citoyenneté. Le sujet mérite qu’on s’y attarde vraiment, et de manière démocratique, n’en déplaise au président Macron affirmant que « l’éducation est un domaine réservé ».
Depuis 2017, les réformes – du lycée professionnel, du lycée, les groupes de niveaux au collège, Parcoursup – trient les élèves dès le plus jeune âge, laissant une école qui sépare plutôt qu’elle ne rassemble.
Faute de volonté politique pour assurer la cohésion, l’armée serait-elle désormais chargée de la remplacer ?
Djéhanne Gani
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