Le socialisme, seule réponse possible à la crise historique actuelle
(Franck Marsal – Section des Rives de Dordogne – Fédération de la Gironde)

Notre parti a décidé de tenir un congrès en juillet. C’est un choix courageux, qui doit permettre de renforcer et de développer les positions du parti dans une période difficile, une période d’accélération de l’histoire, de montée des tensions et aussi des opportunités. Il a été décidé, dans ce cadre, de réouvrir la question fondamentale de notre projet historique, que l’on appelle communément la question du socialisme.
Nous devons ouvrir une nouvelle perspective face à la crise historique du réformisme, qui a dominé la vie politique mondiale depuis près de 50 ans. Avec la consolidation du bloc capitaliste pendant la guerre froide, le réformisme, qui avait largement été déconsidéré durant les crises de 1914 à 1945, a connu un regain. L’histoire a commencé à être réécrite autour de l’idée que la démocratie – bourgeoise – était plus importante que la lutte des classes, que le capitalisme pouvait être régulé, réformé, qu’il permettait à la fois d’apporter la paix, la prospérité et la liberté. Certaines apparences allaient dans ce sens, l’économie de l’URSS a cessé de progresser après les réformes de Khrouchtchev. A partir des années 70, alors que le capitalisme état-unien dominait l’économie mondiale et développait des points d’appui en Europe occidentale puis au Japon, il a pu diminuer son niveau apparent de répression, au fur et à mesure du développement des idées réformistes, se donnant l’apparence d’un régime de liberté.
Mais nous avons maintenant le recul de quelques décennies sur cette évolution. Elle ne mène partout qu’à la guerre, au fascisme et à la misère. Plus aucune limite ne vient contenir l’appétit sordide des capitalistes impérialistes. Nous vivons le retour de la faim dans nos quartiers, le retour du fascisme, tant en Europe qu’aux USA. On tire à vue sur des citoyens qui résistent. On défend et on minimise un génocide. On appelle nos enfants à aller mourir dans les tranchées comme leurs ancêtres de 1914. Ce système, tout le montre, arrive au seuil d’une nouvelle phase de crise profonde. Dans cette crise, il devient de plus en plus clair que les outils théoriques, fondés par Marx, enrichis depuis par de nombreux travaux, et notamment bien sûr ceux de Lenine, sont d’une grande actualité. Au contraire, toutes les idéologies qui ont prétendu « rectifier Lenine » ont fait misérablement faillite.
De nombreux travailleurs, travailleuses comprennent désormais que le capitalisme est le problème. Ils se définissent souvent, faute d’une perspective alternative concrète, comme « anticapitalistes ». Mais, une fois ce stade atteint, sans un travail de fond, d’explication, de conscience, de liaison entre la situation réelle et la théorie qui permet de la comprendre et de la transformer, la plupart restent bloqués ou partent dans des fausses routes, de faux espoirs, la recherche illusoire d’améliorations de court terme.
Les prophètes du « ya qu’à / faut qu’on » ne manquent pas.
Il faut changer la 5ème République et la « corriger comme la 5ème a corrigé la 4ème » (Jean Luc Mélenchon). Il faut une taxe sur ceci, une taxe sur cela (PS). Il faut en finir avec le « productivisme », la « sobriété » (les écolos). Cela n’offre aucune perspective crédible ni concrète, à une période où le capitalisme refuse toute amélioration du sort des masses et consacre tous ses moyens à la guerre. Ces fausses pistes laissent le champ libre à l’extrême-droite.
L’accélération de la crise du capitalisme et les soubresauts qui le traversent, rend ces pistes réformistes inadéquates aussitôt qu’elles sont avancées. Leurs faibles avancées paraissent rapidement dérisoires face à la destruction de notre pays, de ses capacités. Le risque est alors la perte de sens, entraînant l’impossibilité de l’unité, la destruction du collectif. Nous avons besoin de nommer, de décrire, nous avons besoin de mots, de concept, de théorie pour porter une alternative réelle, une transformation profonde de la société.
Réformer le capitalisme ? Qui peut affirmer aujourd’hui que c’est réaliste ? Peut-on alors envisagerd’établir tout de suite une société dans laquelle toute forme d’exploitation, de division en classe, en couches sociales diverses sera éliminée ? Dans laquelle chacun pourra contribuer selon ses capacités et recevoir selon ses besoins ?
Pas davantage. Il faut établir une société de transition, une société qui aura pour tâche de réaliser l’émancipation concrète, de développer les forces productives, d’élever le niveau de conscience et le niveau de culture de la population (dans la plupart des révolutions socialistes du 20ème siècle, la première étape concrète fut de vaincre l’analphabétisme).
Cette perspective, nous en avons d’autant plus besoin que notre parti a le devoir et la conscience que pour changer la société, il faut unir : unir la classe, le prolétariat pour reprendre le contrôle des moyens de production, unir le peuple pour vaincre le fascisme et la réaction capitaliste, unir la nation pour défendre la souveraineté et, cela devient d’une urgente actualité, unir les nations en lutte dans un vaste front mondial anti-fasciste et anti-impérialiste. Ces unités nécessaires ne sont ni identiques, ni opposées. Elles s’articulent dialectiquement. Elles ne sont pas des cadres figées, des figures imposées mais des perspectives à construire. Il faut parfois briser une forme d’unité, si elle est inadaptée, insuffisante, pour préparer les conditions d’une nouvelle union, plus forte, plus large, plus à même de réaliser les objectifs.
Dans ces conditions, les communistes, comme le disait Marx, « sont la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. » (Manifeste du Parti Communiste, Partie 2 : Prolétaires et communistes).
Cette conscience des conditions, de la marche et des fins générales est ce qui nous permet d’être les plus audacieux dans l’union, tout en conservant la perspective des transformations profondes qui sont à l’oeuvre. Elle nous permet de saisir les conditions favorables pour franchir les étapes nécessaires du processus historique. La capacité à formuler clairement la perspective profonde de transformation sociale ne s’oppose pas à ces différents niveaux d’union, elle leur donne au contraire du sens, elle les met en perspective. Elle constitue le cadre dans lesquels on peut les développer, les faire progresser et les mener jusqu’à l’atteinte des objectifs historiques. Cela, le réformisme néo-social-démocrate n’est plus capable de faire aujourd’hui, quelles que soient ses différentes formes, socio-libérale ou populiste.
Oui, l’alternative, c’est socialisme ou barbarie. Oui, la lutte des classes est le moteur de l’histoire.
Oui, les changements sociaux sont le produit de l’action révolutionnaire des classes opprimées. La classe ouvrière ou travailleuse (étymologiquement, c’est la même chose), prolétaire, n’a pas disparu. Elle a même atteint une place historique jamais atteinte avec plusieurs milliards d’individus à l’échelle de la planète. En France, malgré la désindustrialisation, le prolétariat ne cesse de se développer, par la prolétarisation des anciennes « classes moyennes ». Oui, la classe ouvrière est la seule classe capable de renverser la classe dominante, de se saisir du pouvoir politique, par son nombre, par sa conscience de l’organisation matérielle concrète, par sa capacité à opposer non pas seulement des idées, mais une réalité, celle de la production des richesses qui est aux mains des travailleurs.
Le prolétariat, est la classe opprimée capable du renversement du capitalisme. Aucun changement n’est possible sans une organisation large et solide de la classe ouvrière, entraînant autour d’elle les larges masses. et sans la construction d’un parti révolutionnaire, d’un parti développant consciemment la préparation et l’organisation de ces transitions historiques fondamentales que sont la prise du pouvoir politique et la création de la société socialiste.
Cette conscience et cette capacité ne tombent pas du ciel. Elle est le résultat d’un travail approfondi, travail théorique ancré dans une pratique militante. C’est sur cette base et dans cet esprit que le parti ouvre son congrès dans cette perspective. C’est une très bonne chose.
Franck Marsal
En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
Salut Franck,
J’ai pris le temps de lire attentivement ta contribution pour le congrès. Tout d’abord, je tiens à te remercier pour la clarté et la profondeur de ton texte. Il est indéniable que nous traversons une période historique difficile, marquée par la montée des tensions sociales, l’accélération des crises économiques et écologiques, et les dérives autoritaires et impérialistes. Ton rappel que le capitalisme, dans sa phase actuelle, échoue à garantir la justice sociale et la paix est juste et nécessaire.
Cependant, en tant que militant communiste de longue date, je me permets de te partager quelques réflexions et nuances sur certains points.
1. Sur le réformisme
Tu présentes le réformisme comme une impasse totale, incapable de produire des avancées durables. Je comprends ton raisonnement : le réformisme ne peut résoudre les crises structurelles du capitalisme, et ses limites sont aujourd’hui évidentes. Mais je crois qu’il faut aussi reconnaître que certaines avancées réformistes ont concrètement amélioré la vie des travailleurs. La sécurité sociale, les retraites, les protections sociales, le droit du travail… ne sont pas des illusions : elles ont été conquises par les luttes, souvent dans le cadre de réformes progressives, et elles constituent aujourd’hui des bases solides pour pousser plus loin la transformation sociale.
Rejeter complètement le réformisme, c’est prendre le risque de tomber dans un dogmatisme abstrait, coupé de l’expérience concrète des luttes, et de fermer la porte à des alliances tactiques avec d’autres forces progressistes qui peuvent contribuer à des avancées réelles.
2. Sur le socialisme et la transition
Je partage ton analyse le socialisme est indispensable, et aucune réforme ponctuelle ne suffira à transformer radicalement la société. Mais je crois que la perspective d’une société socialiste ne peut pas être réduite à une vision unique ou idéalisée. L’expérience historique nous enseigne que la transition vers le socialisme passe aussi par des expériences concrètes et diversifiées : coopératives, entreprises sociales et solidaires, initiatives locales de démocratie économique, politiques de régulation et de redistribution progressives.
Ces expériences ne sont pas secondaires ou « pré-révolutionnaires » : elles préparent, nourrissent et légitiment la construction d’une alternative socialiste crédible, capable d’être comprise et soutenue par les masses. Ignorer cette dimension, c’est donner l’impression que le changement ne peut venir que d’un « grand soir » révolutionnaire, ce qui risque de rester abstrait pour beaucoup de militants et de citoyens.
3. Sur le rôle exclusif du prolétariat
Ton texte insiste fortement sur le prolétariat comme seul acteur capable du renversement du capitalisme. Je partage que la classe ouvrière reste le moteur historique du changement social, mais je crois qu’il faut élargir notre vision les alliances avec d’autres couches sociales, qui subissent elles aussi la domination capitaliste, sont indispensables. Classes moyennes précarisées, paysans, mouvements citoyens, mouvements féministes, initiatives écologiques populaires tous ces acteurs doivent être associés à la construction d’un projet socialiste concret et crédible.
Limiter la perspective au prolétariat seul risque d’exclure ou de décourager des forces qui partagent nos objectifs et qui sont aujourd’hui prêtes à se mobiliser. L’histoire nous montre que les mouvements durables combinent conscience de classe et alliances stratégiques.
4. Sur le ton et l’analyse de la situation
Ton analyse de la crise est très forte et radicale : famine, fascisme, guerre, génocides tout cela est bien réel et dramatique. Mais à force de tout réduire à une catastrophe imminente, le texte peut donner une impression de désespoir ou d’alarme excessive.
Il me semble essentiel de reconnaître aussi les réussites sociales, les mobilisations populaires et les initiatives concrètes, qui montrent que le changement est possible et que le peuple ne subit pas passivement la situation. Un texte militant gagne en force et en crédibilité lorsqu’il combine l’analyse des dangers avec la mise en avant de solutions concrètes et réalisables.
5. Sur l’organisation et la stratégie communiste
Je partage pleinement ton point central nous avons besoin d’un parti solide, conscient de son rôle historique et capable d’organiser les masses. Mais il ne suffit pas de rappeler que « socialisme ou barbarie » est notre alternative. Il faut aussi montrer comment nous construisons ce chemin, étape par étape, en liant théorie et pratique, en développant les initiatives locales, les coopérations, les alliances, et en donnant aux militants et aux citoyens des moyens concrets de comprendre et de participer à la transformation.
La force d’un parti révolutionnaire ne se mesure pas seulement à la clarté de sa théorie, mais à sa capacité à construire un mouvement populaire vivant, capable de changer la société ici et maintenant.
Conclusion provisoirz
En résumé, je partage l’esprit de ton texte nous avons besoin d’un socialisme ambitieux, d’une analyse critique du capitalisme et de l’unité du mouvement populaire. Mais je crois que le réalisme militant et l’ouverture aux alliances concrètes sont essentiels pour que notre parti reste crédible et efficace.
Je te propose les débats autour du congrès nourrissent cette réflexion comment combiner ambition historique et réalisme stratégique, comment préparer le socialisme sans exclure les expériences concrètes et les forces prêtes à se mobiliser, comment unir le prolétariat et les mouvements populaires dans une perspective cohérente et durable.
Merci pour ton travail et ta contribution, elles stimulent le débat et invitent à penser collectivement notre rôle dans cette période cruciale.
Augustin VINALS
Militant CGT dns la Métallurgie et communiste depuis 51 ans à St Etienne département de la Loire