De nouveaux pouvoirs pour les travailleurs : une question de dignité, de pouvoir, d’avenir

La tentative du gouvernement de remettre en cause le caractère chômé du 1er Mai, notamment pour les commerces, n’était pas anodine. Elle dit une chose simple : jusqu’aux conquêtes les plus symboliques du monde du travail peuvent être remises en cause. Dans ce contexte, rester dans la seule résistance ne suffit pas.

Car l’impasse est là. Économique, sociale, politique.

Les logiques du capital financiarisé, tournées vers la rentabilité immédiate, désorganisent la production, dégradent le travail et vident la démocratie de son contenu. Cependant cette crise révèle aussi des contradictions qui ouvrent des possibles.

Ces contradictions se vivent concrètement dans les luttes. Chez Thalès, à Mérignac, des ingénieurs, des techniciens et des ouvriers se sont retrouvés en grève, débattant ensemble des salaires mais aussi des choix de gestion du groupe. Très vite, la question dépasse la revendication immédiate : pourquoi ces choix ?, au service de qui ?, qui décide ? Dans le conflit, des frontières tombent, une conscience commune émerge, et avec elle l’idée que les salariés doivent pouvoir intervenir sur les décisions.

À Vencorex, c’est la même logique : derrière la défense de l’emploi et de l’outil industriel, surgit la question de la maîtrise collective des choix industriels. Peut-on laisser des décisions aussi structurantes aux seuls actionnaires ? Là encore, la bataille pose, parfois sans le dire d’emblée, la question du pouvoir.

Dans les services publics, notamment le ferroviaire, les tensions sont tout aussi fortes. Suppressions de lignes, dégradation du service, ouverture à la concurrence, logique de rentabilité : les cheminots comme les usagers font l’expérience d’un système qui décide loin d’eux. Et pourtant, dans les mobilisations, des propositions émergent : autre organisation du service, priorité donnée aux besoins des populations, exigence de continuité territoriale. La question démocratique, là aussi, monte très vite face aux choix de gestion.

Car c’est bien là le point clé : la démocratie n’est pas toujours le point de départ des luttes, mais elle en devient rapidement un enjeu central. Dès lors que les salariés se heurtent à des décisions incompréhensibles ou injustes, la question du pouvoir surgit.

Parler de nouveaux pouvoirs, c’est prendre au sérieux cette dynamique. Ce n’est pas ajouter un supplément de démocratie, mais transformer en profondeur qui décide et selon quels critères. Aujourd’hui, les choix essentiels sont guidés par la rentabilité financière. Demain, ils doivent être orientés par l’utilité sociale, les besoins humains et les impératifs écologiques.
Passer de la résistance à la conquête, c’est donc franchir un cap. Défendre l’existant ne suffit plus face à un système qui détruit. Il faut construire une alternative concrète, en partant de ce qui s’invente déjà dans les conflits sociaux.

À l’approche du 1er Mai, l’enjeu est clair : faire de chaque lutte un point d’appui pour avancer vers une démocratie réelle, dans l’entreprise et l’économie. Là où aujourd’hui tout se décide sans les salariés, il s’agit d’imposer leur intervention. Il s’agit d’un chemin essentiel pour la transformation, afin que le travail devienne un lieu de dignité, de pouvoir et d’avenir. C’est au cœur des luttes, sans doute faut-il le mettre au cœur des échéances électorales à venir.

Fred Mellier
membre de la Commission entreprises


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