Le passage du Canon français à Caen, samedi 18 avril, a été l’occasion pour des partisans d’extrême droite locaux d’enchaîner les saluts nazis et les insultes racistes ou homophobes en pleine rue. Conseillère municipale, l’eurodéputée insoumise Emma Fourreau a recueilli une cinquantaine de témoignages, dont une partie a été publiée sur les réseaux sociaux.

© Julien Marsault
Avec la prise de participation au Canon français, Pierre-Édouard Stérin comptait imposer la vision d’une France faussement surannée, où l’on s’empiffre de pinard, bières, charcuterie et cochon braisé, au travers de banquet comptant plusieurs centaines d’invités. L’édition du samedi 18 avril dernier, à Caen, en est un nouvel exemple.
Malgré les 2 600 signatures d’une pétition dénonçant la tenue de l’événement, 4 100 personnes ont participé au banquet. Et cinquante témoins ont dénoncé, auprès de l’eurodéputée insoumise Emma Fourreau, des violences dues à des militants d’extrême droite en parallèle de l’événement.
« Bardella n’est pas assez de droite »
« Le jour même, il n’y avait aucune présence policière dans les rues, fustige la conseillère municipale de Caen, jointe par l’Humanité. Alors que toutes les serveuses et serveurs que j’ai rencontrés étaient unanimes pour dire que c’était le pire service de leur vie, avec des saluts nazis dans la rue et des injures. »
L’élue de la France insoumise (LFI) a publié quatorze témoignages sur Instagram et X. On apprend ainsi qu’un groupe d’hommes a appelé à « tondre comme à la bonne époque » et estimé que « les Françaises qui se convertissent à l’islam sont des traîtres » et « méritent le viol ». Elle rapporte aussi que des personnes attablées dans un bar estimaient que « Bardella n’était pas assez de droite, que le mieux était Zemmour et qu’il faudrait un nouveau Hitler ».
Un groupe aurait « interpellé des Noirs (et) des Arabes » dans la rue pour les insulter, un homme aurait « refusé de se faire encaisser par mon collègue pour sa couleur » et un témoin a été menacé de mort – « va crever PD », « je vais te péter la gueule gauchiasse ». Des passants affublés d’un béret du Canon français auraient quant à eux enchaîné les références au régime nazi.
« Le maire et le préfet ont failli dans leur devoir de protection, regrette Emma Fourreau. Toute une ville a été en proie à des actes et des propos sexistes, racistes, misogynes. Tout cela était prévisible. » Interpellé en amont de l’événement, le maire de Caen, Aristide Olivier (divers droite), a estimé qu’il n’avait « pas assez d’éléments » pour interdire l’événement, annonce l’eurodéputée insoumise.
Des chants à la gloire de l’extrême droite
Les signaux ne manquaient pourtant pas, sans même compter les déclarations de Pierre-Édouard Stérin, qui se vante d’être « encore plus à droite que l’extrême droite sur l’immigration » dans les colonnes du New York Times. Le banquet de Caen a donné lieu à son issue, selon les témoignages, à des saillies racistes, et autres chants à la gloire de l’extrême droite.
Les organisateurs, Géraud du Fayet de la Tour et Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse, eux, estiment être « des victimes ». Dans un entretien accordé au magazine d’extrême droite Valeurs actuelles – dont Pierre-Édouard Stérin est l’un des actionnaires -, publié lundi 20 avril, le premier a annoncé des poursuites judiciaires visant Emma Fourreau.
« Je n’ai pas plus de nouvelles que ce qui a déjà été relayé dans la presse, répond l’élue insoumise. Ce qui est clair, c’est l’orientation de cet événement. On ne peut pas juste accepter la propagande des fondateurs du banquet. »
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