Les effets pervers du prix de la guerre sur les prix alimentaires

Gérard Le Puill

Le président Macron et son gouvernement donnent actuellement la priorité aux dépenses militaires au détriment du pouvoir d’achat des ménages. Du coup, les distributeurs font croître les importations de produits alimentaires afin de faire baisser les prix agricoles et comprimer les marges d’un nombre croissant d’entreprises agroalimentaires, ce qui fait reculer notre souveraineté alimentaire.

Ce mois d’avril 2026 aura été marqué par des températures diurnes bien plus élevée que la moyenne dans plusieurs régions de France, tandis que les pluies ont été plutôt rares. Ces conséquences du réchauffement climatique en cours, sont occultées depuis le début de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, sans oublier les frappes israéliennes sur le Liban et sur Gaza. A Gaza, le coût de la reconstruction des infrastructures détruites par l’armée israélienne est estimée à 71 milliards de dollars. Au delà et des blessés handicapés à vie, il reste à mesurer le bilan carbone de ces destructions, en y ajoutant celui de la reconstruction.

En France, dans ses vœux aux Armées le 15 janvier 2026, le président Macron avait notamment déclaré: « l’accélération des périls commande d’accélérer le réarmement de la France. Pour être libre il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. Pour être puissant dans ce monde brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort ». Ce plaidoyer cherchait à justifier l’augmentation du budget militaire de la France en 2027, afin de donner la priorité à la production d’avions de chasse, d’obus, de missiles et de torpilles. Mais c’est au nom de l’augmentation du budget militaire et du blocage du détroit d’Ormuz que le ministre de l’Economie Roland Lescure prévoyait hier de réduire les dépenses budgétaires de 6 milliards d’euros en 2026 (1)

Dépenses militaires et mondialisation mortifère

En 2022, la Commission européenne, présidée par Ursula Von der Leyen, annonçait que l’Europe interdirait en 2035 toute vente de véhicule neuf équipé d’un moteur thermique dans les 27 pays membres de l’Union européenne. La Commission prétendait que le passage à la voiture électrique permettrait d’atteindre la neutralité en 2050. Le 16 décembre 2025, elle annonçait renoncer à interdire en 2035 la vente de s véhicules neufs équipés d’un moteur thermique. Il se disait en coulisse que cette renonciation obéissait à une demande de l’Allemagne, le pays d’origine de la présidente de la Commission.

Toujours, sous la présidence d’Ursula Von der Leyen, la Commission a récemment décidé de faire entrer en application l’accord de libre-échange conclut en 2019 entre l’Union Européenne et les pays du Mercosur que sont l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Cela leur permettra de faire croître leurs exportions de viandes bovines et de volailles en Europe en plus du soja et du maïs pour nourrir le bétail européen. Le bilan carbone de ces exportations sera de plus en plus élevé en raison de la déforestation en Amazonie, mais aussi de la chaîne du froid dans le transport des viandes exportées en Europe. Surtout que des pays européens, dont l’Espagne et les Pays Bas, utilisent les importations d’aliments du bétail pour produire et la viande et des produits laitiers destinés à l’exportation vers les pays tiers.

En France, les négociations annuelles entre les enseignes de la grande distribution et leurs fournisseurs sur les volumes à fournir et les prix d’entrée en magasin se sont terminées à la fin du mois de février. C’était avant la hausse vertigineuse des prix des carburants, du gaz et des engrais qui font croître les coûts de production dans l’agriculture. Depuis le début du mois de mars, la hausse des prix des matières plastiques et des emballages en cartons utilisés par les entreprises agroalimentaires pour livrer leurs produits emballés aux distributeurs pour la mise en rayon renchérissent aussi leurs coûts de production. Des fermes aux usines, à commencer par les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI), cette hausse des coûts de production n’a pas été prise en compte dans les négociations avec les grandes enseignes et ces dernières refusent jusqu’à présent de renégocier.

Le rôle pervers de la grande distribution en France

Entre temps, Anthony Déchaux, réalisateur et scénariste, a produit une fiction titrée « La guerre des prix». Ce film, que nous avons vu en salle, est consacré aux négociations annuelles au cours desquelles les représentants des enseignes mettent une pression énorme sur leurs fournisseurs avec un chantage permanent à la réduction ou la suppression des achats faute d’accepter une baisse des prix d’entrée en magasin pour les 12 mois à venir. Dans un entretien accordé à l’hebdomadaire « La France Agricole » paru le 20 mars, Anthony Déchaux donnait ces précisions :

« La violence des négociations au sein des box est un secret de polichinelle. Le sujet est bien connu des premiers intéressés et de ceux qui en sont victimes, sans dépasser le cercle de ces initiés. Ce film n’incrimine personne en particulier. J’ai eu envie de rendre visible au grand public ces mécanismes et ce système qui est déséquilibré à la base. Quand une enseigne pèse entre 20 et 25% du chiffre d’affaires d’une entreprise, elle a un pouvoir énorme sur cette dernière. Ce film s’adresse à tout le monde, y compris aux politiques ».

Malgré les aides de quelques centimes d’euro par litre de carburants promise aux agriculteurs, comme aux professions qui doivent rouler beaucoup pour exercer le métier, le pouvoir d’achat d’un nombre croissant de ménages va continuer de reculer, qu’ils soient actifs ou retraités. Chez ces derniers, la hausse de la pension de base versée par la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) n’a été que de 0,9% en janvier et les pensions complémentaires n’ont pas été revalorisées.

Occultées par la guerre et par la priorité donnée à la croissance des budgets militaires, la sous-rémunération du travail des paysans et des entreprises qui transforment leur production en produits alimentaires risque de faire reculer notre souveraineté alimentaire dans des prochaines années tout en faisant croître le bilan carbone de notre alimentation via la déforestation et les longs transports de nourriture à travers le monde.

  1. Voir l’Humanité de ce mercredi en pages 6 et 7 .

 


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