L’intersyndicale enseignante appelle à des mobilisations toute la semaine, pour empêcher une catastrophe annoncée à la rentrée 2026. Point d’orgue : la grève de ce mardi 31 mars.

Il y a le bruit médiatique et politique, soigneusement entretenu à droite et à l’extrême centre. Celui-là ne parle de l’école que quand des violences s’y commettent ou s’y subissent, entretient depuis le XIXe siècle l’idée que « le niveau baisse » et se livre avec délices au « prof bashing » en répétant à longueur d’antenne que les enseignants ne travaillent pas assez. Et puis il y a la réalité.
Celle qui dit que ce n’est pas sans de bonnes raisons que, chose rare, une intersyndicale quasi unanime (CFDT éducation, CGT-Éduc’action, FSU, SUD éducation et Unsa éducation) a appelé à une semaine de mobilisation, du 30 mars au 3 avril. Semaine dont le point d’orgue sera une journée de grève et de manifestations, mardi 31 mars.
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Des chiffres qui rappellent l’ère Sarkozy
Et, à écouter les responsables nationaux de ces différentes organisations, réunis lundi 30 mars au siège de la FSU-Snuipp (premier syndicat du primaire), ces raisons sont évidentes – et le bruit médiatique évoqué ci-dessus aurait avant tout pour fonction de les taire.
Depuis janvier, dans de nombreuses académies, dans de nombreuses villes, dans le premier comme dans le second degré, les mobilisations locales se sont multipliées. Contre des fermetures de classe, contre des suppressions de poste, contre des réductions d’heures d’enseignement… Au fur et à mesure que les annonces et les prévisions sont arrivées dans les écoles et les établissements, c’est une rentrée de septembre 2026 catastrophique qui s’est profilée à l’horizon.
Alors qu’on arrive en avril, la dissémination des données ne permet toujours pas d’avoir une vue globale, au-delà de l’annonce nationale de 4 000 suppressions de poste, que le gouvernement justifie par la baisse de la population scolaire – bien réelle dans le premier degré. Sophie Vénétitay, porte-parole du Snes-FSU, donne quelques exemples qui montrent que « les chiffres se rapprochent de ce qu’on a connu à l’ère Sarkozy », de sinistre mémoire : « Dans le Nord, les 87 suppressions de poste dans le secondaire vont nous ramener à 24,2 élèves par classe l’an prochain, soit pire que les 23,7 mesurés en 2017. »
Et surtout, précise-t-elle, « ce sont les collèges les plus défavorisés qui ont le plus perdu depuis dix ans ». Le reste est à l’avenant : dans le Gard, un collège sur deux perdra une classe ; à Toulouse, un demi-poste supprimé par collège, en moyenne…
L’éducation prioritaire laissée-pour-compte
Mohamed Attia, pour l’Unsa éducation, zoome sur le problème des services de vie scolaire, au cœur des problèmes actuels de climat scolaire et du « plan santé mentale » des élèves annoncé comme une priorité : non seulement il n’y aura aucune création de poste de CPE (conseiller principal d’éducation) à la rentrée, mais, « depuis 2017, 304 postes ont été supprimés ».
Les autres métiers non enseignants ne se portent pas mieux avec, par exemple, « une infirmière pour 1 500 élèves ». Sa collègue Aurélie Gagnier, porte-parole de la FSU-Snuipp, s’attarde sur la question de l’école inclusive, « cette promesse que le pays doit tenir » aux élèves et aux parents, mais pour laquelle on refuse les moyens de se mettre en place : manque d’enseignants (notamment spécialisés), manque d’AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap), « manque de temps pour travailler en équipe, sur les projets d’école, sur le binôme enseignant-AESH… ». Sans parler du statut de fonctionnaire de catégorie B, qui leur est toujours refusé, au mépris de leurs compétences.
Michaël Marcilloux, de la CGT-Éduc’action, évoque le désinvestissement dans l’éducation prioritaire, « dont le rôle est de donner plus à ceux qui ont le moins » : « Depuis sept ans, on nous refuse de réviser la carte de l’éducation prioritaire, alors que la population s’est paupérisée et que des écoles, des collèges ont besoin de l’intégrer. »
Catherine Nave-Bekhti, pour la CFDT éducation, rappelle encore que « beaucoup d’emplois ont été supprimés dans les administrations » depuis Sarkozy et que les 80 créations de poste prévues pour la rentrée prochaine ne suffiront pas : au final, « on prend le risque de fragiliser encore l’école publique… jusqu’à la rupture ». La notion de « point de bascule » revient dans toutes les bouches.
Sans présumer des taux de participation au mouvement de grève de ce mardi, Charly Lebec, de SUD éducation, indique qu’il s’agit d’« imposer un réel rapport de force » au ministère même si, constate Sophie Vénétitay, « la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron a mis en question l’efficacité des mobilisations ».
Un défi majeur, que les syndicats entendent relever dès à présent mais aussi dans la perspective de la préparation de la loi de finances 2027 : « Hors de question que le service public de l’éducation nationale soit encore sacrifié. Il n’y aura pas de résignation », prévient la porte-parole du Snes-FSU.
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Olivier Chartrain