
La luzerne est une protéine végétale qui se consomme sous forme d’herbe verte, de foin, ou de granulés par les animaux d’élevage. En produire d’avantage en France permettrait de réduire les importations d’engrais azotés et de soja. Plusieurs coopératives agricoles souhaitent désormais développer la production de luzerne sous forme de granulés.
Les jours de forte chaleur que nous avons connus depuis ce début du mois d’avril sont venus nous rappeler la nécessité de freiner le réchauffement climatique en cours avant que la situation ne devienne irréversible. Outre la surconsommation d’énergies fossiles qui perdure et coûte de plus en plus cher du fait de la guerre contre l’Iran, l’ampleur de la déforestation au niveau planétaire est aussi l’une des causes du réchauffement en cours, car de moins en moins de superficies participent au stockage du carbone dans les sols et dans les arbres. C’est ce qui se passe en Amazonie et dans d’autres régions du monde depuis des décennies tandis que le récent accord de libre-échange entre la Commission européenne et les pays du Mercosur fera croître la déforestation en Amérique du sud, via l’augmentation de la culture du soja pour l’exportation, mais aussi pour engraisser les bovins dans les grands parcs nommés «Feed-lots», avant d’en exporter leur viande congelée en Europe et ailleurs.
La graine de soja est riche en protéines et elle était utilisée dans l’alimentation humaine depuis des millénaires. Mais, entre 1968 et 2017, la production mondiale de cette graine au augmenté de 750%. Au delà de la production d’huile, c’est l’alimentation du bétail qui a fait croître la consommation de graines de soja depuis un demi-siècle. Outre la Chine et l’Inde, qui produisent surtout pour leur marché intérieur, les principaux pays producteurs de soja sont les Etats-Unis, le Brésil et l’Argentine. Les importations de soja par les pays membres de l’Union européenne ont été multipliées par cinq depuis les années 1970. Elles dépassent désormais les 34 millions de tonnes par an. Ces tourteaux de soja entrent surtout dans l’alimentation des vaches laitières, des porcs charcutiers, des volailles de chair et des poules pondeuses. En France, sur environ 6,6 millions de tonnes de tourteaux consommés par les animaux d’élevage, près de 3 millions de tonnes proviennent du soja importé, le resté étant surtout constitué de drèches de colza et de tournesol après l’extraction de l’huile.
Découvrons les multiples avantages de la luzerne
Afin de moins dépendre du soja importé, plusieurs coopératives agricoles proposent de relancer dans diverses régions de France la production de luzerne. Comme le trèfle, la luzerne pousse sans avoir besoin d’engrais azotés. Elle capte l’azote de l’air en le fixant sur ses racines pour en faire un fertilisant. Une fois fauchée, la luzerne peut devenir du foin ou de l’herbe d’ensilage pour nourrir les vaches, les chèvres e les brebis. Mais les représentants des coopératives insistent sur les avantages de la luzerne déshydratée. Elle peut entrer sous forme de granulés dans l’alimentation des vaches, des chèvres et des brebis laitières, comme dans celle des porcs et des volailles. Les vaches laitières sont les premières consommatrices de luzerne déshydratée devant les chèvres. Chez ces dernières, la production laitière augmente sensiblement quand elles en consomment.
En dépit des multiples avantages que présente cette protéine végétale, la production française est plutôt marginale jusqu’à présent. Seulement 66.500 hectares ont été utilisés à cette fin en 2025 pour une production de 725.999 tonnes de fourrages. Cultivée dans le cadre des rotations de cultures sur les fermes céréalières, la luzerne permet trois à quatre fauches entre le printemps et l’automne pendant trois à quatre ans de suite. Quand une culture de blé ou de maïs succède à la luzerne après un labour, les quantités d’azote stockées dans le sol par cette dernière vont apporter aux céréales un fertilisant gratuit en quantité suffisante.
Une production pouvant se passer de l’irrigation
Les coopératives agricoles disposent de 26 usines capables de produire de la luzerne déshydratée et employant 1.500 salariés. 70% de la production est utilisée dans les élevages français. 25% est exportée dans les pays membres de’ l’Union européenne et 5% dans des pays tiers. L’Espagne est le premier pays producteur de luzerne déshydratée avec 260.000 hectares dont 60% des superficies sont irriguées. La France peut développer sa production dans les régions céréalières comme le Grand Est dont les sols profonds permettent d’avoir de bons rendements fourragers sans recourir à l’irrigation. Dans un document de 148 pages intitulé « Luzerne référence » et publié par La Coopération Agricole, on peut lire à propos de cette plante protéagineuse :
« Grâce à son puissant système racinaire, elle est capable de capter l’eau en profondeur, notamment celle qui est piégée dans les sous-sols de craie de la région Champagne. C’est d’ailleurs pour cette raison que la luzerne est très résistante à la sécheresse car elle saura trouver son alimentation hydrique là où une graminée par exemple, échouera (…) La restauration de la qualité de l’eau est une cause nationale et la luzerne peut y contribuer ».
Alors que la production de miel devient de plus en plus compliquée en France et en Europe, éviter de faucher quelques bordures de parcelles semées de luzerne permet aussi d’installer des ruches pour produire du miel au moment de la floraison de cette plante . La luzerne peut donc contribuer à préserver la biodiversité et la souveraineté alimentaire des Français tout en réduisant le bilan carbone de leur assiette.
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