Interdiction de chanter « Les Mains d’or » dans l’Allier : « je vais tout faire pour venir les soutenir », promet Bernard Lavilliers

Des écoliers se sont vus interdire de chanter la chanson emblématique de Bernard Lavilliers en soutien aux salariés de l’usine d’Erasteel à Commentry, dans l’Allier, menacée de fermeture. L’artiste réagit.

« J’ai été souvent dans les cours d’usine pour chanter. Ça me touche d’autant plus que je connais vraiment les 3-8, le métier, et ce que ça représente. Et l’honneur aussi de ces ouvriers-là. « Les Mains d’or », c’était une façon de les honorer », répond le chanteur.
© Rémy PERRIN/LE PROGRES/MAXPPP

« Les Mains d’or » interdite aux enfants de Commentry (Allier) ? L’éducation nationale a osé, et devant l’émotion a été obligé de nuancer sa position.

Lire aussi: Chanter « Les Mains d’or » : une atteinte à la laïcité?

Mais la malaise persiste. Bernard Lavilliers réagit à cet imbroglio. Le chanteur, qui a roulé sa bosse auprès des ouvriers, ne comprend pas qu’une simple chanson provoque une telle polémique.

Comment réagissez-vous à l’invocation de la laïcité et aux accusations de prosélytisme formulées contre les Mains d’or par l’académie de Montluçon, qui a voulu interdire aux enfants de la chanter en soutien aux salariés menacés de licenciement ?

Bernard Lavilliers, Chanteur

J’ai été très surpris, à travers cette chanson, d’être traité de prosélyte. On a réagi très vite en demandant à l’éducation nationale ce que ça signifiait exactement. De quoi ont-ils eu peur ? Qu’il y ait tout à coup une révolution dans l’Allier ? La lettre qu’ils ont envoyée est très précautionneuse et ne dit pas grand-chose. Ce n’est quand même pas un brûlot révolutionnaire !

C’est une chanson sensible sur une affaire sensible : le licenciement de gens, hommes ou femmes, qui se sentent inutiles. Je me suis permis d’écrire cette chanson parce que je connais bien le milieu de l’acier. J’avais des amis qui se faisaient licencier dans la vallée de la Fensch (Moselle), chez Arcelor Mittal, autrefois les de Wendel, les princes de l’acier.

J’ai été souvent dans les cours d’usine pour chanter. Ça me touche d’autant plus que je connais vraiment les 3-8, le métier, et ce que ça représente. Et l’honneur aussi de ces ouvriers-là. « Les Mains d’or », c’était une façon de les honorer.

Comment expliquez-vous la postérité de cette chanson ?

Des professeurs des écoles, parfois très jeunes, leur apprennent des chansons, dont celle-là. Et il y a les chorales. Les grandes chorales, comme à Troyes (Aube) ou en Lorraine. C’est une chanson de chorale. Dans les chœurs amateurs, où il y a là 800, parfois 1 000 personnes, les gens travaillent pendant une année pour venir chanter dans des festivals. Je respecte cet engagement, parce qu’ils ont un boulot et, en plus, ils répètent de manière exigeante. Les chœurs sont souvent complexes, et c’est populaire, comme les harmonies. J’y participe dès que je peux.

À Commentry, les syndicats ont monté seuls un projet de reprise de l’activité industrielle, pour « travailler encore ». Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Comme les gens de Lip, à l’époque, qui avait monté un projet alternatif. Et même ceux de Florange, totalement ignorés par Mittal. Dans le refrain, il ne veut pas finir comme un anonyme au chômage et devenir petit à petit dépressif. Pour cette raison, c’est une chanson de lutte, une sorte d’hymne, comme me le disaient les Lorrains. Ils en avaient d’ailleurs fait une autre version, plus cocasse. Il y a eu plein de textes improvisés par des ouvriers sur cette mélodie de Pascal Arroyo, mon bassiste. C’est une chanson vraiment vivante, plastique. Elle s’est souvent transformée et ils y ont mis des choses personnelles. C’est très émouvant.

Si vous aviez un message à adresser aux salariés, quel serait-il ?

Je leur dirais de tenir le coup. C’est le message que j’envoie dans ma chanson. Pour l’instant, ils n’occupent pas l’usine. Ils restent assez élégants. Je vais tout faire pour venir les soutenir le 28 mars, comme je l’ai souvent fait chez les Lorrains et dans beaucoup d’usines occupées.

 


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