Agriculture : la pénurie de fourrages menace les élevages

Par G. Le Puill

Le jeudi 3 septembre, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture doit annoncer quelques mesures pour soutenir les paysans et notamment les éleveurs qui vont manquer de fourrages cet hiver. Mais ce sera après avoir entendu les préfets lui rendre compte de la situation dans les départements, sans entendre ce que les syndicats agricoles ont à lui dire.

Le 26 août dernier, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire, publiait un communiqué donnant les identités des personnalités qu’elle avait rencontrées les jours précédents, sans fournir la moindre information sur le contenu de ces échanges. Elle avait d’abord dialogué avec Serge Zaka, un ingénieur agronome spécialiste en agro-climatologie, puis avec l’ancien ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, ingénieur agronome de formation, et enfin avec Philippe Mauguin président de l’Institut National de la Recherche Agronomique et Environnementale (INRAE). Ces rencontres de la ministre se sont tenues avant sa consultation des préfets sur la situation de l’agriculture le 27 août.

Pour éviter de faire des promesses que le Premier ministre Sébastien Lecornu ne lui permettrait pas financer, la ministre s’est abstenue de recevoir les syndicats paysans porteurs de revendications précises. Les producteurs de lait auraient pu lui expliquer que la production a diminué de 5 à 6 litres par jour et par vache lors des périodes de canicules. Des témoignages parus dans la presse ont indiqué que, faute d’herbe dans les prés, chaque vache consomme 20 kg de foin par jour, ce qui fait croître de 25à 30 % le prix de revient de chaque litre de lait. Mais le prix auquel ce lait est payé au départ de la ferme est 10 % plus bas cet été 2026 qu’en été 2025.

Vers une pénurie de fourrages cet hiver

Maintenir la production laitière et celle de viande bovine dans les mois qui nous séparent du printemps 2027 coûtera très cher et sera souvent impossible. Selon un document à entête du ministère de l’Agriculture « après le retour des pluies, un bilan des prairies post-stress thermique et hydrique permettra de décider d’une rénovation éventuelle de certaines prairies par sur-semis selon les besoins et les réglementations en vigueur. Les épisodes successifs de stress thermique associés au stress hydrique peuvent mettre à mal les graminées » lisait-on encore dans ce document.

Selon l’Observatoire régional de la croissance de l’herbe en Normandie, « certaines plantes ont grillé quand d’autres sont tout simplement mortes ». Le maïs destiné à l’ensilage, dont les tiges et les épis sont broyés au moment de la récolte, ne donnera que de faibles rendements dans les zones d’élevage cette année. Sa valeur nutritive est annoncée en baisse du fait d’une absence de développement des tiges et des épis, au point que l’on a déjà récolté les parcelles où ce maïs séchait sur pied. Pour produire du lait et de la viande il faudra importer encore plus de soja des États-Unis et des pays d’Amérique du Sud. Mais, du fait de la décapitalisation du cheptel faute de disposer de fourrages en quantités suffisantes, le prix des bovins de boucherie au départ de la ferme a déjà chuté en raison d’une offre supérieure à la demande et cela risque de durer d’ici le printemps 2027. Dans la salle de cotation de Châteaumeillant, en seconde quinzaine du mois d’août, le prix du kilo vif d’un broutard mâle de race charolaise vendu à l’exportation pour l’engraissement était tombé à 4,84 € contre 5,58 € le 18 mai et une moyenne de 6,20 € de janvier à mars 2026.

En 2025, l’Union européenne a importé 120 000 tonnes de viande bovine du Brésil dans le cadre de l’accord de libre-échange signé entre l’Europe et les pays du Mercosur. Reconduit le 27 janvier dernier, cet accord est entré en vigueur le 1er mai dans l’attente d’une nouvelle ratification par les pays membres de l’Union et par le Parlement européen. La Cour de justice européenne devant se prononcer prochainement sur les exportations illégales en Europe de viandes bovines brésiliennes traitées aux hormones l’an dernier, la Commission européenne vient de suspendre les importations en provenance du Brésil. Mais de suspendre seulement, dans le but de ne pas être prise en défaut quand sera connue la décision de justice. Ainsi fonctionne la Commission sous la présidence de la présidente Allemande Ursula Von der Leyen, tandis que Stéphane Séjourné, le commissaire macroniste de nationalité française, n’a rien à dire sur le sujet.

Besoin d’un fonds d’urgence face aux pertes de récoltes

Dès le 20 juin, dans une lettre ouverte à la ministre de l’Agriculture, le Mouvement de défense des exploitations familiales (MODEF) demandait la mise en place d’un « fonds d’urgence pour les pertes de récolte ». Il demandait aussi « une politique ambitieuse de souveraineté alimentaire adaptée à l’agriculture familiale », mais aussi « un arrêt de l’artificialisation de sols, y compris l’agrivoltaïsme », estimant qu’une « agriculture sans stocks et sans autonomie alimentaire n’a pas d’avenir ».

Dans un communiqué publié le 20 août, la Confédération paysanne rappelait à Annie Genevard qu’un rapport sénatorial ayant réalisé 189 auditions et publié à la fin du printemps mettait en évidence la brutalité des enseignes de la grande distribution dans les relations commerciales. Ce rapport indiquait que « la sur-marge sur les produits sains et de première nécessité, en particulier les produits bio, ainsi que le contournement de la loi Egalim, notamment via les plateformes européennes ». Ces plateformes ont été mises en place pour faire croître les importations et faire ainsi chuter les prix au départ de la ferme en France, ce que nous avons déjà dénoncé ici à de nombreuses reprises.

Ce communiqué de la Confédération paysanne révélait enfin que 15 cadres des enseignes de la grande distribution admettaient que « la course aux prix bas empêche la transition écologique et sociale et génère des coûts cachés ». Voilà encore un mauvais point pour la politique du gouvernement Lecornu, lequel promet d’agir vite en faveur des paysans mais ne donne aucune précision sur les mesures qu’il proposera.

 


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