Quand la sécheresse accentue le pillage des paysans

Gérard Le Puill

Les semaines passent et, malgré quelques orages, la sécheresse s‘aggrave obligeant les éleveurs à nourrir le bétail avec le foin récolté pour l’hiver et des aliments importés. Parallèlement, les enseignes de la grande distribution font croître les importations de produits alimentaires pour réduire les prix payés aux agriculteurs français, faisant ainsi reculer la souveraineté alimentaire du pays.

Publié le 4 juin 2026, un rapport du Sénat nous informait que les cinq enseignes que sont Leclerc, Carrefour, Intermarché, Système U et Auchan cumulent désormais 84,8% des parts de marché dans la grande distribution, dont 63,5% pour les trois premières nommées.

Chaque année, entre novembre et février, ces enseignes mettent la pression sur leurs fournisseurs de l’industrie agroalimentaire dont beaucoup de Petites et Moyennes Entreprises (PME) , d’Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI ) ainsi que des coopératives agricoles engagées dans la transformation des fruits et légumes, des produits laitiers, des viandes et dans la production de vins. Continuer la lecture de Quand la sécheresse accentue le pillage des paysans

Ne laissons pas nos forêts se transformer en brasier

 

Notre forêt brûle. D’après le Système européen d’information sur les feux de forêt (Effis), 40 000 hectares sont déjà partis en fumée depuis le début de l’année.  L’heure n’est pas à la consternation, mais bien à l’action. Les effets du dérèglement climatique sont là, d’où l’urgence d’œuvrer dès à présent à la réduction des émissions ainsi qu’à l’adaptation des populations.

Pour le Parti communiste français, la nécessaire atténuation du dérèglement climatique passe notamment par la mise en œuvre des mesures proposées dans son Plan Empreinte 2050 visant la neutralité carbone d’ici vingt-cinq ans. Toutefois, ces projections ne se fondent pas uniquement sur la seule réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elles visent également à maintenir les puits de carbone que sont les prairies permanentes et les forêts. Or, d’après les rapports Secten du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), la capacité de stockage de carbone du puits forestier a été quasiment divisée par 2,5 en dix ans du fait des maladies, sécheresses et incendies.

Outre l’impératif climatique de protéger nos forêts, ces feux sont également un traumatisme pour les riverains et professionnels du tourisme voyant leur habitation ou leur camping dévasté, mais aussi pour l’ensemble des professionnels de la filière forêt bois, impuissants face à la destruction d’une ressource si précieuse. Continuer la lecture de Ne laissons pas nos forêts se transformer en brasier

« Ils ont tout perdu en quelques heures » : les agriculteurs livrés à eux-mêmes face aux incendies et à la sécheresse

Face aux incendies et à la sécheresse, les agriculteurs sinistrés dénoncent les failles de l’assurance-récolte privée et le désengagement de l’État. Le député Julien Brugerolles propose une refonte : la création d’un régime public d’assurance et de prévention face au réchauffement climatique.

En pleine troisième canicule, la France traverse une sécheresse historique. Les feux ravagent plusieurs départements. En quelques heures, les agriculteurs voient leurs cultures et le travail d’une vie partir en fumée. Rien n’échappe au feu.

Dans les Pyrénées-Orientales, l’heure est au recensement des dégâts pour la Confédération paysanne. Certains bâtiments agricoles et des cultures ont été réduits en cendres. « Les agriculteurs sont désemparés. Ils ont tout perdu en quelques heures, déplore François Douville, porte-parole départemental du syndicat. On se dit que demain ça sera peut-être mon tour, qu’on peut disparaître d’un moment à l’autre. » Continuer la lecture de « Ils ont tout perdu en quelques heures » : les agriculteurs livrés à eux-mêmes face aux incendies et à la sécheresse

Le congrès du PCF en direct vidéo (LILLE 2026)

Suivez les débats, les prises de paroles, les moments forts du 40ème congrès du Parti Communiste Français

Fabien Roussel : « Il faut relancer l’économie par les salaires » In Alternatives Économiques

Entretien avec: Fabien Roussel, Secrétaire national du Parti communiste français, maire de Saint-Amand-les-Eaux

A moins d’un an de l’élection présidentielle, les idées fusent à gauche. Pour nourrir les débats et les réflexions, Alternatives Economiques a décidé d’interviewer plusieurs personnalités politiques de gauche afin d’éclairer comment, chez chacun et chacune, s’articule une vision du monde, un programme et des combats prioritaires.

Après Jean-Luc Mélenchon et Olivier Faure, nous poursuivons notre série d’entretiens avec le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel. Il développe son plan de relance et de réindustrialisation de l’économie française, son choix du nucléaire ainsi que sur le modèle agricole, l’évolution de la protection sociale, l’immigration, etc., et ses priorités pour le quinquennat.

Comment jugez-vous la situation économique et budgétaire de la France ?

Fabien Roussel : La France traverse une crise grave. Nous sommes confrontés à un risque réel de récession. Mais je tiens à le dire immédiatement : ce n’est pas une fatalité. Nous avons les moyens de sortir de cette crise et d’en limiter les effets. Pour cela, il faut s’attaquer aux vrais sujets : l’énergie, la réindustrialisation, la pauvreté au travail, les salaires, les retraites. Une relance de l’économie par la consommation et par la production est possible. La situation est sérieuse, mais nous avons les moyens de nous en sortir.

Le débat budgétaire va bientôt revenir au premier plan. La réduction du déficit et de la dette doit-elle être une priorité ? Continuer la lecture de Fabien Roussel : « Il faut relancer l’économie par les salaires » In Alternatives Économiques

Louboulbil, la boulangerie pétrie de bonnes intentions: Salaires et congés doublés

Travail

 Semaine de quatre jours, dix semaines de congés payés, salaire minimum à 2 000 euros… Dans la boulangerie du Tarn-et-Garonne, le patron a mis en place une série de mesures qui ont fait leurs preuves. 

  
Un boulanger de la coopérative de panifcation Loulboulbil à Castelgarat, le 10 décembre 2024. PHOTO : Valentine CHAPUIS / AFP
Par Sophie Bourlet

 

Au bout d’un chemin boisé qui sillonne depuis Castelsagrat, petite ville du Tarn-et-Garonne, se cache une boulangerie pas comme les autres. Depuis 20 ans, le patron Jean-Pierre Delboulbe y met en place sa vision de l’entreprise idéale : une semaine de quatre jours, dix semaines de congés payés par an, une rémunération minimum de 2 000 euros. Son mantra ? Plus d’argent, plus de temps libre et plus de tranquillité pour les travailleurs… ainsi que pour les patrons. Continuer la lecture de Louboulbil, la boulangerie pétrie de bonnes intentions: Salaires et congés doublés

Retraites agricoles : ce que contient la proposition de loi communiste adoptée à l’Assemblée (PCF)

A la quasi-unanimité, les députés ont adopté en première lecture un texte du communiste Julien Brugerolles qui complète les précédentes lois Chassaigne adoptées en 2020 et 2021 sur les petites retraites agricoles.

Le texte prévoit, entre autres, d’étendre la revalorisation à 85 % du SMIC des pensions des anciens conjoints collaborateurs et aides familiaux ayant une carrière complète.
© iStock 

L’Assemblée nationale a adopté, ce jeudi 4 juin, une proposition de loi du communiste Julien Brugerolles pour l’augmentation de certaines petites retraites agricoles. Hormis quelques abstentions dans les rangs macronistes, le texte a été adopté en première lecture à la quasi-unanimité des députés présents. Une performance politique d’autant plus importante que le gouvernement ne soutenait pas la proposition communiste.

Le texte prévoit d’étendre la revalorisation à 85 % du SMIC (1 200 euros par mois) des pensions des anciens conjoints collaborateurs et aides familiaux ayant une carrière complète. Une avancée qui concerne presque 200 000 personnes, quasi exclusivement des femmes, précise le groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR). La proposition votée comprend aussi le changement de calcul de la pension majorée de référence et la suppression du mécanisme d’écrêtement qui pénalise 100 000 pensionnés ayant cotisé à plusieurs régimes de retraite.

La suite des lois « Chassaigne »

Cette proposition de loi du député Julien Brugerolles, qui a remplacé à l’Assemblée André Chassaigne début 2025, est la poursuite du travail engagé il y a des années par l’ancien président du groupe GDR. Deux lois dites « Chassaigne », en 2020 et 2021, avaient permis une première revalorisation des retraites agricoles « après plus de quatre ans de bataille parlementaire », rappelle le groupe. Le présent texte tente de combler plusieurs trous dans la raquette qui existent encore.

Le parcours législatif de la proposition de loi ne fait néanmoins que commencer ; son destin est désormais entre les mains du Sénat. Si jamais la Haute Assemblée l’adoptait à son tour, il faudrait alors une seconde lecture dans chacune des deux chambres, sauf si le gouvernement reprend le texte à son compte, ce qui paraît à l’heure actuelle peu probable.

 

La grande distribution réalise des marges 81 % plus élevées sur les fruits et légumes bio

Si les fruits et légumes bio coûtent beaucoup plus cher que leurs équivalents produits de manière dite conventionnelle dans les supermarchés, ce n’est pas seulement à cause des coûts de production plus importants pour les agriculteurs. C’est surtout par ce que la grande distribution pratique des marges beaucoup plus élevées sur ces produits, révèle l’association Que-Choisir Ensemble (ex UFC-Que Choisir) dans un rapport paru mercredi 27 mai. Continuer la lecture de La grande distribution réalise des marges 81 % plus élevées sur les fruits et légumes bio

Les coopératives agricoles face au recul de l’élevage

Par Gérard Le Puill

Qu’il s’agisse de la production de lait de vache, de viande bovine, ovine, porcine ou de volaille, la France peine à installer des jeunes dans les filières de l’élevage quand les plus âgés partent en retraite. Ce fut le constat un unanime de quatre éleveurs responsables de coopératives agricoles dans ces filières lors d’une rencontre avec la presse le 13 mai à Paris.

En France, les coopératives agricoles vendent des fertilisants, des semences, des produits de traitement des cultures et du matériel agricole aux paysans. Elles collectent aussi et transforment en produits alimentaires les céréales, les fruits et légumes, le lait, les œufs et la viande des animaux d’élevage. La France compte actuellement 2.100 coopératives agricoles et trois agriculteurs sur quatre en sont membres. Ces mêmes coopératives emploient quelques 200.000 salariés en France pour un chiffre d’affaire annuel de 118 milliards d’euros, soit 50% de l’agroalimentaire en France.

Mais les coopératives sont soumises à la concurrence des entreprises privées et à la pression des enseignes de la grande distribution. Ces dernières font croître les importations de produits alimentaires pour faire baisser les prix payés aux transformateurs de produits agricoles, ce qui fait également baisser le prix payés aux paysans. A titre d’exemple, le 5 mai 2026, la tonne de blé tendre rendue au port de Rouen pour l’exportation ne cotait que 184€ contre 220€ en mai 2024 et même plus de 300€ au début de l’année 2023.

Le jeune bovin d’une dizaine de mois, vendu en maigre par des éleveurs pour l’engraissement, cotait 6,20€ le kilo vif en mars, avant de tomber à 5,55€ le 4 mai à Mauriac. Deux ans plus tôt, dans cette même salle de cotation, son prix du kilo vif n’était que de 3,50€. Selon Philippe Colin, éleveur de bovins en Meurthe-et-Moselle et président de la section bovine de la coopération agricole, le nombre de vaches allaitantes et laitières en production a baissé de 1,2 million de têtes en France entre 2016 et 2026. C’est donc la baisse de l’offre au regard de la demande qui fit remonter les prix des bovins de boucherie dernièrement. Mais les accords de libre-échange que l’Europe a signé avec le Mercosur et l’Australie feront croître les importations et chuter les cours à nouveau.

La production recule quand la consommation augmente

Aux côtés de Philippe Colin, trois autres éleveurs responsables de la coopération agricole se sont adressés aux journalistes lors de cette rencontre. Il s’agissait du drômois François Monge pour la production ovine, du finistérien Philippe Bizien pour la fédération porcine, du landais Bernard Tauzia pour le secteur avicole. Le dossier de presse remis aux journalistes à cette occasion indiquait que 30% de la viande bovine, 52% de la production ovine, 58% de la viande porcine et 50% de la production avicole sont vendues aux distributeurs par des coopératives. Il faisait état d’un léger redressement des prix et des revenus des éleveurs par rapport au début de la décennie en cours. Mais il reste à voir ce qu’il en sera dans les prochains mois, suite à l’actuelle flambée des prix des carburants et des engrais. En attendant, Philippe Bizien a expliqué que la filière porcine voit son nombre d’élevages diminuer. En 2025 « le niveau d’autosuffisance en viande porcine était de 98% en recul sur 2024 alors qu’une part importante des ateliers est exploitée par des éleveurs proches de la retraite ».

De son côté, Bernard Tauzia a montré que « la consommation de volaille et d’œufs augmente de 3 à 5% par an en France au point que 45% de la volaille consommée en France était importée en 2025 dont 52,4% des poulets». Voilà une situation plus que paradoxale dans un pays qui produit beaucoup de céréales secondaires destinées aux volailles alors que les prix de vente de ces céréales ont baissé sensiblement depuis 2022.

Selon François Monge, la filière de la viande ovine a connu « une chute des 40% des abattages en 20 ans et son taux d’auto-approvisionnement est désormais inférieur à 50%. Près d’un million d’agneaux français manquent tout au long de l’année pour répondre à la demande nationale ». Selon lui, la stratégie portée par les coopératives doit permettre « d’améliorer la productivité des troupeaux, d’optimiser les coûts de l’alimentation, de réduire les pertes, de mieux planifier les agnelages, de sécuriser les revenus et les conditions de travail des éleveurs ».

Mondialisation des échanges et distorsions de concurrence

Mais à aucun moment, l’éleveur drômois n’évoqua dans son intervention les difficultés croissantes auxquelles font face les éleveurs de moutons face à la multiplication des attaques des loups contre les troupeaux. Quand nous lui avons posé la question , il a indiqué que la présence de plus de 1.200 loups en France fait reculer l’élevage ovin, mais aussi le revenu des éleveurs qui doivent investir dans les clôtures et les chiens de protection. Ajoutons que la France importe ses viandes ovines des pays comme l’Irlande, le Royaume Uni, la Nouvelle Zélande et l’Australie, lesquels ne comptent aucun loup sur leur territoire, ce qui donne aux éleveurs de ces pays un avantage de compétitivité par rapport à leurs homologues français.

A défaut d’évoquer les problèmes posés par le loup, le dossier de presse  remis aux journalistes le 13 mai indiquait que « ces dernières années, les productions animales ont été fortement perturbées par plusieurs épizooties majeures: influenza Aviaire (IAHP) Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) ». Face à ces risques, les responsables des coopératives souhaitent voir «renforcer l’anticipation sanitaire, notamment par l’élaboration en amont de plans de lutte contre chaque maladie et la constitution de banques d’antigènes afin de disposer rapidement de vaccins ».

Avec le réchauffement climatique en cours, le métier de paysan est également confronté à une multiplication des risques que sont les inondations, les dégâts des tempêtes sur les cultures, les aux sécheresses prolongées, en plus des maladies contagieuses dont sont victimes les animaux d’élevage. Mieux vaudrait donc investir en faveur de notre souveraineté alimentaire que dans la surproduction des armes de guerre.

Ormuz : comment le blocage des engrais peut nous précipiter dans une crise alimentaire mondiale

Malgré le cessez-le-feu au Moyen-Orient, le détroit d’Ormuz, stratégique pour l’exportation d’engrais sur tous les continents, est toujours partiellement paralysé. Pertes agricoles colossales et famine guettent de nombreux pays du monde, notamment en Afrique.

Faute d’acheteur et de possibilités d’acheminement, des milliers de tonnes de thé kenyan ont pourri dans les entrepôts et les rares stocks écoulés l’ont été à des prix dérisoires. © Xinhua/Wang Guansen/ABACAPRESS.COM

La situation au Moyen-Orient ne fait certes plus la une des journaux télévisés. Mais les conséquences en cascade – économiques, énergétiques, alimentaires – engendrées par la guerre illégale israélo-états-unienne contre l’Iran, et le blocage du détroit d’Ormuz, n’ont pas miraculeusement disparu. Les négociations sur la poursuite d’un cessez-le-feu fragile entre Washington et Téhéran patinent, quand le Liban vit toujours au rythme des attaques de l’armée israélienne. Continuer la lecture de Ormuz : comment le blocage des engrais peut nous précipiter dans une crise alimentaire mondiale