« J’emmerde le Giec » : comment malgré les canicules le RN appuie sur l’accélérateur du réchauffement climatique

L’actualité de cet été, marquée par les canicules et les incendies, a poussé le Rassemblement national à revoir son discours flirtant avec le climatoscepticisme. Mais, dans ses votes et son programme, le parti agit comme un accélérateur du réchauffement climatique.

Lors de son grand oral au Sommet international des solutions à impact positif, en février à Paris, Jordan Bardella a récolté un zéro pointé.

Janvier 2024. Jordan Bardella a les sourcils froncés, le ton grave. Quelques mois plus tôt, le dernier rapport du Giec a annoncé « l’augmentation rapide de la fréquence et de l’intensité de plusieurs types d’événements météorologiques et climatiques extrêmes ». L’été précédent, plus de 200 000 hectares de forêts ont brûlé en Europe. À Bruxelles et Strasbourg, le pacte vert, série de mesures pour la transition écologique, bien que loin de répondre totalement au défi climatique, est discuté par les parlementaires.

Interrogé sur le sujet par RMC, le président du Rassemblement national, également eurodéputé, marque un silence, avant de répondre, solennel : « Il y a deux grandes menaces qui pèsent aujourd’hui sur la France et qui sont décidées à Bruxelles : le pacte pour les migrations et le pacte vert, qui entraîne les conditions d’une décroissance en Europe. » Puisqu’il faudra en finir avec les pailles en plastique, les voitures essence et les passoires thermiques, Jordan Bardella dénonce « l’écologie punitive qui ignore les intérêts des citoyens », tout en votant contre la création d’un fonds de 17 milliards d’euros « pour une transition juste », en direction des travailleurs touchés par les mesures du « green deal ».

La clim comme écran de fumée

Le combat des eurodéputés RN contre le « green deal » aura été leur principal cheval de bataille lors de cette mandature. Un révélateur de leur idéologie en matière écologique, frôlant le climatoscepticisme et érigeant la « compétitivité économique de la France » au rang de priorité absolue. Dans le détail, Jordan Bardella et ses troupes ont voté contre un plan de rénovation thermique des bâtiments ; l’objectif de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre en Europe d’ici à 2030. Ou encore un « fonds social », de 86 milliards d’euros, destiné aux classes moyennes et populaires pour amortir l’impact de certains aspects du texte, comme le passage aux véhicules électriques ou l’installation d’une pompe à chaleur.

Deux mesures qu’ont défendues les députés RN fin juin 2026, en temps de forte canicule, mais sans les assortir de subventions. Car, désormais, tandis que les mégafeux et les fortes chaleurs se succèdent dans l’Hexagone, le parti d’extrême droite tente de faire oublier son discours anti-écologique. « Nous n’avons jamais été climatosceptiques », clame, le 28 juin dernier, le député lepéniste Jean-Philippe Tanguy.

À contre-courant de l’histoire, l’extrême droite tente alors de s’en sortir en saturant l’espace médiatique avec un mot d’ordre : « Climatiser ! » Tout en rejetant les risques de l’effet d’îlot de chaleur, le « plan clim » du RN, vendu comme une solution miracle, est en réalité relativement proche de ce que défendent l’ensemble des partis. Un premier volet pour équiper crèches, écoles, Ehpad et hôpitaux, un second pour les bâtiments publics. Et pour les gens, chez eux ? Dogmatique, le RN refuse catégoriquement « une politique de chèques, d’argent perdu et le sentiment que l’argent est magique », selon les mots du député Thomas Ménagé. Comprendre : débrouillez-vous. Le parti qui promet « la clim pour tous » ne prévoit donc rien pour cela, si ce n’est la mise en place d’un « prêt vert », tout en s’opposant systématiquement à tout dispositif global de rénovation thermique des logements. En octobre 2023, le député RN a même déposé une proposition de loi visant à réautoriser la location de logements classés G+, véritables bouilloires.

Suppression de normes et d’agences

Démagogique sur l’adaptation au réchauffement climatique, le parti à la flamme ne propose quasiment rien pour lutter contre ses causes. N’en déplaise à Jean-Philippe Tanguy, pour qui ce constat « est une invention des journalistes ». Ce dernier, en conférence de presse, a ensuite soutenu que « la première cause des émissions françaises étant les importations, la priorité était en toute logique la relocalisation des activités et la réindustrialisation du pays ». Pour son programme « écolo », le RN renvoie donc vers son « livret entreprises » – sorte de catalogue de baisse ou de suppression d’impôts de production censés convaincre les grands patrons de relocaliser.

Certes, avec une part importante d’énergie décarbonée en France et en supprimant le transport, réindustrialiser ferait baisser l’empreinte carbone globale. Mais dans des proportions très limitées, surtout sans remise en cause de la façon de produire, tandis qu’en parallèle, le RN propose également un grand plan de suppression de normes, y compris environnementales.

Grand soutien des méga-bassines comme de la loi d’urgence agricole permettant la réintroduction des insecticides néonicotinoïdes, le Rassemblement national soutient dans son programme la suppression de l’Office français de la biodiversité et de l’Agence bio. En 2024, un amendement du parti d’extrême droite a même proposé de « supprimer » l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour « réinternaliser » ses missions au sein des ministères et diluer ainsi ses missions essentielles en termes de transition écologique et réduction des énergies.

« J’emmerde le Giec »

La promotion, par l’Ademe, des énergies renouvelables est l’un des principaux griefs de l’extrême droite pour justifier sa volonté de la faire disparaître. Récemment convertie au nucléaire, Marine Le Pen veut désormais « arrêter les énergies renouvelables parce que ce que vous appelez “énergies renouvelables” n’est pas propre et n’est pas renouvelable, et en plus c’est alternatif ». Une citation de juin 2024 qui tord la réalité scientifique. Le RN en a l’habitude. Comme lorsque sa patronne jugeait en 2022 que « le Giec a toujours été alarmiste ». Son député Philippe Lottiaux est allé encore plus loin, en 2019, en tweetant : « J’emmerde le Giec ! Qu’ils réfléchissent aux problèmes de surpopulation et après on en reparle. »

La palme revient toutefois à Julien Odoul qui, à l’été 2022, en pleine période de fortes chaleurs, estime que « le gouvernement en fait beaucoup trop » sur la canicule et ajoute : « Je préférerais que le gouvernement s’intéresse à des sujets beaucoup plus importants comme le réchauffement islamiste dans la piscine de Grenoble avec cette invasion de burkinis. »

Pour le RN, l’écologie est un adversaire

Un obstacle à son projet économique fondé sur une fiscalité avantageuse pour les grandes entreprises, y compris les plus pollueuses et consommatrices en eau, tout en supprimant « des centaines de normes ». C’est aussi un frein à son agenda politique. Quand la France brûle, la xénophobie paie moins.

 


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