Alimentation : signes de qualité et recul du pouvoir d’achat… par G. Le Puill

Pascal Sittler/REA

Comme chaque année, ce 16 octobre est la « Journée mondiale de l’alimentation ». Son thème est « innover aujourd’hui pour nourrir demain ». Mais avec la mondialisation des échanges agricoles sur fond de recul du pouvoir d’achat des consommateurs, cela devient de plus en plus compliqué en France, malgré l’existence de signes de qualité comme le Label rouge.

En 2025, selon le rapport récemment publié sur la sécurité alimentaire et la nutrition dans le monde, la faim a touché 645 millions de personnes. Comme l’année 2026 a connu de fortes sécheresses et d’autres aléas climatiques destructeurs de récoltes, la situation va encore s’aggraver. On ne peut donc qu’approuver les mots d’ordre de la journée mondiale de l’alimentation qui nous disent qu’il faut « repenser l’approvisionnement et l’accès à l’alimentation saine face aux défis climatiques et économiques mondiaux ». Mais avec la mondialisation capitaliste fondée sur la course aux profits des firmes via la loi dite « de l’offre et de la demande » pour la formation des prix payés aux agriculteurs, les orientations préconisées en cette journée mondiale sont rendues impossibles.

Benoit Drouin est éleveur de poulets fermiers de Loué en agriculture biologique dans le département de la Sarthe. Il est aussi le président du Syndicat national des labels avicoles de France (SYNALAF). A ce titre, et sans liens avec la journée mondiale de l’alimentation, il tenait une conférence de presse à Paris le 14 octobre pour mettre en exergue les garanties offertes aux consommateurs de volailles et notamment de poulets par le Label rouge. En label rouge, la taille des élevages et limité à quatre poulaillers de 400 m2 maximum et les volailles ont accès à des parcours en plein air, herbeux et ombragés, aménagés avec des arbres et des haies. L’existence de ce cahier des charges permet de produire des volailles de qualité.

13% des volailles produites sous label rouge

Mais seulement 13% des volailles produites en France le sont sous label rouge contre 79% pour les volailles qualifiées de « standard », le bio ne représentant que 1% de la production. En Label rouge, les volailles festives vendues aux consommateurs à l’occasion des fêtes de Noël et de la nouvelle année atteignaient 2,2 millions de têtes en 2025 dont 64% de chapons et 15% de poulardes. La durée d’élevage du chapon fermier est de 150 jours contre 81 jours pour le poulet fermier et celle d’une poularde est de 120 jours. Pour les volailles de bas de gamme et massivement importées, la durée de l’élevage est inférieure à 40 jours.

Originaire d’Afrique, la pintade est peu élevée en France. Néanmoins, notre pays concentre les quatre cinquième des 1.500 élevages de pintades dans l’Europe des 27, le reste étant surtout produit en Italie et en Pologne. La pintade se distingue par une chair ferme et savoureuse au goût plus affirmé que le poulet et légèrement giboyeux. Le chapon de pintade associe ce caractère à une chair plus tendre et moelleuse, particulièrement adaptée aux repas de fête. Concernant les poulets, les pintades et autres volailles de chair, le mot chapon désigne un mâle castré. Cette castration aurait débuté à Rome 162 ans avant Jésus-Christ dans le but d’obtenir une chair plus tendre.

En France, on consomme entre 2,15 et 2,16 millions de tonnes de volailles par an, soit une moyenne de 31,7 kilos par habitant. Le poulet représente entre 78 et 80% de la consommation, la dinde arrive loin derrière avec 11,6%. Le canard représente 8,2% et ce chiffre résulte pour une grande part de la production foie gras dans plusieurs régions dont la Nouvelle Aquitaine. 63% des volailles consommées en France sont vendues en grande distribution et dans les autres commerces dont les boucheries. 37% sont consommées dans la restauration collective.

52% des poulets consommés en France sont importés

Environ 52% des poulets consommés en France sont désormais importés dont 80% en provenance d’autres pays membres de l’Union européenne, la Pologne étant notre premier fournisseur, devant la Belgique et les Pays Bas. Mais la Pologne importe beaucoup de poulets d’Ukraine pour sa consommation intérieure, ce qui fait croître ses exportations. En 2024, le Brésil avait exporté 26.124 tonnes de poulets dans les pays membres de l’Union européenne. En 2025 ce chiffre est monté à 41.509 tonnes. Mais sur les six premiers mois de 2026 le chiffre atteignait 41.556 tonnes ce qui rend possible un doublement sur l’ensemble de l’année. Il est probable que les Pays Bas en importent beaucoup en plus des céréales et du soja qui servent à nourrir ses élevages afin de nous exporter ses poulets standards.

En délocalisant leurs centrales d’achat hors de France pour ne pas appliquer la Loi Egalim qui devait contraindre les abatteurs et les distributeurs à prendre en compte les coûts de production des éleveurs dans leurs prix d’achat , les enseignes de la grande distribution sont en grande partie responsable des importations de poulets souvent vendus décortiqués sous forme de filets, de cuisses et de pilons parfois congelés dans les rayons des magasins. Des ménages de retraités aux petites pensions aux jeunes auto-entrepreneurs en passant par les personnes au chômage et autres salariés à temps partiel imposé l’endettement ne cesse croître avec des paiements d’intérêts qui réduisent encore le pouvoir d’achat. Selon une étude rendue publique par la Banque de France le 13 octobre, les jeunes ménages de moins de 29 ans représentent actuellement 12% des dossiers de surendettement contre 5% il y a quatre ans.

Alors que le label rouge permet d’améliorer la qualité des volailles comme de beaucoup d’autres produits, le recul du pouvoir d’achat des ménages et la stratégie commerciale des enseignes nous font consommer de médiocres viandes de volailles d’importation après avoir été élevées dans la souffrance en moins de 40 jours sans jamais sortir du poulailler avant d’entrer à l’abattoir. « Innover aujourd’hui pour nourrir demain » demeure impossible dans ces conditions.

Par Gérard Le Puill

 


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