Des élèves interdits de chanter, Lavilliers en soutien aux salariés d’une aciérie promise à la fermeture…

Par Acide Carton, Inspecteur Honoraire de l’Éducation Nationale, Commandeur des Palmes Académiques

Voilà où nous en sommes en France: Disons d’abord, comme le démontrent les historiens Johann Chapoutot et Pierre Serna : voilà un bel exemple de l’extrême-centre en action. Il devient même inquiétant que des fonctionnaires deviennent à ce point si serviles ; qu’ils aient à ce point perdu tout recul critique face aux injonctions de leur hiérarchie bien ignorante des fondamentaux de l’action pédagogique et des missions historiques de l’école publique. La réaction ne remontera jamais assez loin pour traquer toute conception révolutionnaire de la Nation. Elle nous enfermera dans le « travail, famille patrie » pour les détruire tous les uns après les autres (note de danielle Bleitrach pour histoireetsociete)

Faut-il rappeler ici que les corps d’inspection de l’éducation nationale furent « inventés » vers 1793 par Condorcet et les révolutionnaires Le Pelletier de Saint-Fargeau et Bouquier, pour veiller à l’indépendance de l’École vis-à-vis des pouvoirs quels qu’ils fussent et que celle-ci soit en phase avec les citoyens et le contexte social, géographique dans lequel elle se trouvait.

Y a-t-il quelque chose de plus inhumain, d’invraisemblable pédagogiquement, que de priver des enfants de travailleurs de chanter en soutien à leurs parents et ainsi d’apprendre concrètement à quoi sert l’instruction civique ? Eh bien, voilà donc ce que l’Inspection d’Académie de l’Allier, soutenue sans aucun doute possible par le Ministère extrême-centriste, s’est permis. Ces mêmes rectorats ne sont pas si prompts à contrôler ce qui se chante dans certains établissements catholiques sous et hors contrat.

Auraient-ils oublié que la déclaration des droits de l’Homme est obligatoirement affichée aux portes des classes et qu’il y est inscrit dans son article 2 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression », et ainsi que son article 3 : « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément », et que cela doit s’apprendre et se vivre à l’école même, sinon elle n’est déjà plus républicaine.

En 2003, le 17 janvier, les « patrons voyous – ainsi Chirac lui-même les qualifia-t-il – » décidaient de fermer Metaleurop et jetaient 850 salariés à la rue. Avec l’Œuvre des Pupilles de l’Enseignement Public, j’entrepris de mobiliser les écoles de ma circonscription pour chanter en avant-première de Madame Isabelle Aubret pour un concert dont les bénéfices serviraient à permettre aux enfants des travailleurs jetés à la rue de profiter de 15 jours de vacances.

300 enfants, autant que pouvait tenir la scène, entonnèrent avec l’artiste C’est beau la vie et Excusez-moi (musique de Jean Ferrat, paroles de Delécluse). Une inconnue est venue à ma rencontre à l’issue du spectacle me dire combien ces mots l’avaient touchée et m’a demandé si les enseignants pourraient relayer le message d’Isabelle et apprendre aux enfants à écouter et aimer de « beaux textes ». Comme je lui demandais qui elle était, elle répondit : « C’est sans importance. Disons une spectatrice bouleversée qui pense que Madame Isabelle Aubret a fait là un bien beau cadeau aux métallos et à leurs enfants. Mais que vont-ils devenir ? Bonsoir et merci. »

Là-haut, on s’est bien gardé d’interdire quoi que ce soit. Je fus même remercié pour mon initiative qui, me dit-on, « était à l’honneur de l’École Publique et de ses valeurs et qu’ainsi je la grandissais aux yeux des familles. (sic) »

Il aurait fait bon de m’interdire quoi que ce soit ! D’abord parce que ma conscience morale et mon sens du service public ne l’auraient pas accepté et qu’ensuite, soyons clairs, il y aurait eu beaucoup de bruit sous les fenêtres du rectorat et dans la presse.

 

 


En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.