Dans un contexte de montée de l’extrême droite, la mobilisation du 8 mars a pris une résonance particulière. La réapparition du slogan « Travail, Famille, Patrie », hérité du régime de Vichy et récemment repris par une candidate de droite, illustre un projet politique qui vise à renvoyer les femmes à l’espace domestique.

Dans ce climat, la question de l’égalité reste centrale. Au sein même de l’Éducation nationale, les inégalités héritées tout au long des carrières persistent : écarts salariaux, accès moindre aux heures supplémentaires et aux fonctions les mieux rémunérées. Malgré la forte féminisation des métiers de l’éducation, l’égalité réelle entre les femmes et les hommes demeure un défi.

Les femmes sont majoritaires dans l’Éducation nationale. Dans ce contexte, la lutte contre la dégradation salariale et des conditions de travail, — qui révèle des inégalités héritées — constitue une lutte féministe. Mais l’enjeu est double : il s’agit à la fois de combattre les inégalités structurelles et culturelles héritées de longue date et de promouvoir l’éducation à l’égalité à l’École.

Des métiers essentiellement féminins, mais des écarts salariaux persistants

Les femmes représentent 73 % des personnels de l’Éducation nationale. Elles sont 89 % parmi les professeur·es des écoles, 62 % dans le second degré, 73,5 % parmi les conseiller·ères principaux d’éducation et 90 % parmi les accompagnant·es d’élèves en situation de handicap. En revanche, elles ne représentent que 48,6 % des personnels d’encadrement.

Les femmes accèdent moins souvent aux catégories les mieux rémunérées. Chez les enseignant·es, elles représentent par exemple 62 % des certifié·es mais seulement 47,7 % des agrégé·es. Leurs progressions de carrière et leurs promotions sont également plus lentes : si 72,9 % des CPE sont des femmes, elles ne représentent que 65 % des promotions à la classe exceptionnelle.

Les femmes occupent aussi moins de postes ouvrant droit à des compléments de rémunération, comme les directions d’école dans le premier degré ou certaines missions particulières dans le second degré. Elles perçoivent également moins d’heures supplémentaires rémunérées que leurs collègues masculins.

Malgré une féminisation à plus de 70 %, l’institution scolaire reste donc un espace d’inégalités persistantes. Dans l’Éducation nationale, les femmes gagnent en moyenne 13,6 % de moins que les hommes. Cet écart salarial, nourri par un accès différencié aux responsabilités et aux compléments de rémunération, pèse aussi lourdement sur le montant des retraites.

AESH : le deuxième métier de l’Éducation nationale, très majoritairement féminin, est précaire

Les Accompagnant·es d’élèves en situation de handicap (AESH) sont devenus le deuxième métier de l’Éducation nationale : elles sont à plus de 90% des femmes, à exercer un métier précaire et non rémunérateur, en temps partiel souvent subi.

Le mercredi 7 janvier 2026, la majorité de droite du Sénat a rejeté la proposition de loi déposée par les sénateurs socialistes visant à créer un véritable statut pour les accompagnant·es d’élèves en situation de handicap, une revendication portée par une large intersyndicale. Pour les organisations syndicales, la création d’un statut protecteur et une revalorisation salariale constituent des urgences sociales.

Des droits sociaux fragilisés

Le projet de décret du ministère de la Fonction publique sur les autorisations spéciales d’absence pour raisons familiales, présenté début février aux organisations syndicales, suscite une vive inquiétude. Alors qu’il devait clarifier et renforcer les droits des agent.es après une demande du Conseil d’État, le texte prévoit des reculs importants : les jours d’absence pour garde d’enfant malade passeraient de 12 à 3 jours pour les enfants de 11 à 16 ans et 6 jours pour les plus jeunes.

Aucune avancée n’est prévue pour les droits des femmes – ni pour les agentes enceintes, ni pour l’allaitement, ni pour les proches aidantes – alors même que ce sont elles qui recourent le plus à ces dispositifs. Ce projet pénaliserait d’abord les femmes et contredit les engagements affichés en matière d’égalité professionnelle.

Face à la reproduction des inégalités et au masculinisme : l’urgence du sursaut éducatif

L’école ne peut plus ignorer sa responsabilité dans la reproduction des inégalités et du sexisme. Le dernier rapport de l’Observatoire national des violences faites aux femmes est sans appel : les violences sexuelles progressent tout au long de la scolarité. Elles concernent 9 % des élèves en primaire (CM1-CM2), 15 % au collège et 19 % au lycée. Face à cette réalité, l’institution scolaire doit aussi être un espace de protection, d’écoute et de prévention.

Le Haut Conseil à l’Égalité alerte par ailleurs sur une tendance préoccupante : un tiers des personnes interrogées estime désormais que le féminisme menacerait la place des hommes dans la société. Dans un contexte de montée de montée de stéréotype de genre chez les adolescents, la réponse éducative devient indispensable.

L’EVARS : construire une école et une société émancipatrices

La généralisation de l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) constitue ainsi une nécessité démocratique. La mise en œuvre de trois séances annuelles de l’EVARS obligatoires, dès l’école maternelle, doit permettre d’aborder ces questions de manière adaptée à l’âge des élèves pour déconstruire les stéréotypes de genre, lutter contre les LGBTIphobies et enseigner le respect, l’égalité et la notion fondamentale de consentement.

Les attaques réactionnaires contre les droits des femmes

Cependant, les résistances sont nombreuses : les attaques réactionnaires contre les droits des femmes se multiplient, portées par la montée de l’extrême droite et des mouvements conservateurs. le Planning familial alerte sur la « situation internationale marquée par la mise en œuvre de politiques autoritaires, ultra conservatrices et racistes qui s’attaquent au droit à l’avortement, à la contraception et plus globalement à tous les droits sexuels et reprodictifs et la justice reproductive, ciblant sciemment les femmes et les personnes minorisées ».

En France également, ces idéologies remettent en cause les politiques d’égalité. Les polémiques et les campagnes de désinformation visant les programmes d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle en sont une illustration récente.

Faire de l’école un lieu d’émancipation

La montée des extrêmes constitue une offensive frontale contre l’égalité entre les femmes et les hommes. Face à ces menaces, l’école doit redevenir pleinement un espace de sécurité, de savoir et d’émancipation. Cela suppose une volonté politique claire, des moyens financiers à la hauteur des enjeux et un engagement constant en faveur de l’égalité. Car la lutte pour les droits des femmes et contre les discriminations reste, aujourd’hui plus que jamais, un combat d’actualité.

Djéhanne Gani