Pourquoi l’inspectrice d’académie de l’Allier s’acharne sur les élèves de Commentry

Interdiction de chanter « Les Mains d’or » 

Après avoir intimidé des enseignants de primaire pour tenter d’empêcher les élèves de chanter « Les Mains d’or » de Bernard Lavilliers lors d’un concert de l’harmonie municipale organisé en soutien aux salariés de l’usine d’Erasteel, l’inspectrice d’académie de l’Allier a enjoint la principale du collège de Commentry d’interdire à la chorale de son établissement de se produire lors de l’événement.

Au lendemain de la rentrée des vacances d’hiver, les élèves de la chorale du collège Émile‑Mâle de Commentry se sont vu distribuer, par leur professeure de musique, un petit mot à la saveur amère. Celui‑ci, signé par la principale de leur établissement, leur interdisait purement et simplement de participer au concert de l’Harmonie commentryenne, le 28 mars prochain, invoquant « l’obligation de neutralité de l’éducation nationale, le concert étant désormais affiché comme un soutien aux forges de la ville ».

Le petit mot à la saveur amère signé par la principale de l’établissement.

La cheffe d’établissement aurait agi sous injonction orale de l’inspectrice académique de l’Allier, qui avait déjà tenté d’empêcher les enfants des écoles primaires de la ville d’apprendre la chanson les Mains d’or, de Bernard Lavilliers, en vue de la chanter au traditionnel concert annuel de l’harmonie municipale. Sous la pression des médias et du chanteur lui‑même, les instances de l’éducation nationale avaient rétropédalé.

Encadrés par leur professeure de musique, les collégiens se préparaient à participer à cet événement, comme le font régulièrement les membres de la chorale de l’établissement. « Mon fils était très déçu, il ne comprend pas pouvoir il ne pourra pas aller chanter cette chanson qu’il aime beaucoup, sous la direction de sa prof de musique avec qui il a répété. Surtout, cette interdiction arbitraire lui laisse penser qu’il y aurait quelque chose de mal à le faire… Ce que je déplore », témoigne une mère d’élève.

La déception est d’autant plus forte pour les élèves et leurs parents que pour l’édition 2026, la chorale devait également interpréter le titre du chanteur stéphanois où il rend hommage aux ouvriers métallurgistes qui voient disparaître leur outil de travail.

Une censure brutale

À l’heure où l’entreprise Erasteel a annoncé la quasi‑fermeture des forges historiques de Commentry et la suppression de 190 emplois, celle‑ci revêt une résonance forte dans l’esprit de tous. Depuis l’annonce de ces licenciements massifs dans l’entreprise au cœur de laquelle ont été créés historiquement le club de rugby local et l’harmonie devenue municipale, toute la ville s’est mise au diapason des ouvriers dont l’emploi est menacé.

Ceux‑ci ont bâti un plan de continuation d’activité pour leur entreprise, espérant que ce poumon économique de la ville puisse être repris avant que les compétences et les installations ne soient dispersées sans retour.

Dans ce contexte, il est tout naturel que le concert annuel de l’Harmonie commentryenne s’annonce comme un événement en soutien aux forges. « On a appris cette interdiction par des parents d’élèves, raconte une enseignante du collège. En interne, personne n’a fait d’annonce officielle à ce sujet. C’est une sorte de chape de plomb… »

Un événement « citoyen »

Une « loi du silence » qui vaut aussi pour l’inspection d’académie, laquelle a botté en touche face aux questions de l’Humanité, se contentant d’un message sibyllin. Il aurait pourtant été intéressant de savoir en quoi la participation à un événement en soutien à une institution patrimoniale de la ville, avec une chanson célébrant la valeur du travail, va à l’encontre du principe de neutralité…

Alors même qu’au collège, le « parcours citoyen », défini par l’éducation nationale, « vise à la construction, par l’élève, d’un jugement moral et civique, à l’acquisition d’un esprit critique et d’une culture de l’engagement ». « La hiérarchie de l’éducation nationale sort de son rôle pour s’adonner à une prise de position totalement déplacée », s’insurge, consterné, Vincent Présumey, de la FSU de l’Allier, qui a interpellé la rectrice d’académie à propos de cette interdiction.

Du coté des parents d’élèves, certains sont en train de s’organiser pour ne pas priver leurs enfants d’un évènement qui les motivaient énormément. « On va bien sûr les accompagner et entrer en contact avec la chorale municipale pour qu’il puissent la rejoindre », témoigne l’un d’entre eux.

 


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