Chute historique de la confiance, sentiment massif de dégradation, d’inégalités sociales comme territoriales, confiance locale forte vs défiance envers le système éducatif : le baromètre des Sherpas réalisé par l’IFOP révèle une rupture préoccupante entre les familles et le système scolaire. À quelques semaines des municipales, ces chiffres donnent une résonance particulière aux débats locaux : l’école concentre à la fois les attentes de proximité et les inquiétudes nationales. L’alerte est démocratique.
Moins d’1 parent sur 2 estime que le système scolaire assure aujourd’hui l’égalité des chances
Le chiffre est brutal : 42 % des parents estiment aujourd’hui que le système scolaire assure la même chance de réussir à chaque enfant, contre 52 % en 2025. En un an, la confiance a chuté de 10 points. Après le léger regain observé l’an dernier, les indicateurs retombent à un niveau comparable à celui mesuré avant 2025 (33 % en 2023, 37 % en 2024). Désormais, 58 % des parents considèrent que l’école ne garantit pas l’égalité des chances.
Une dégradation pour 8 parents sur 10
Le sentiment de dégradation est massif et stable dans le temps. 81 % des parents estiment que le système scolaire est de moins bonne qualité qu’il y a dix ans (80 % en 2025).
Seuls 39 % pensent que l’école garantit l’égalité des chances ; 47 % déclarent qu’elle inspire confiance, contre 53 % en 2025.
Plus inquiétant encore, seuls 18 % des parents considèrent que l’école est capable de corriger les inégalités sociales, tandis que 44 % estiment qu’elle tend au contraire à les renforcer.

L’enjeu des premières années de scolarité
Pour 27 % des parents, les écarts se creusent dès l’école primaire. Autrement dit, plus d’un quart des familles pensent que les inégalités s’installent dès les premières années de scolarité – un niveau d’enseignement qui relève des politiques locales et municipales.
Pour 1 parent sur 3, il n’y a pas d’égalité territoriale
La question territoriale cristallise également les doutes : seuls 33 % jugent que la qualité d’enseignement est la même partout sur le territoire, en recul de 8 points par rapport à 2025 (41 %).
À l’échelle nationale, 37 % estiment que le lieu de scolarisation est déterminant dans la réussite scolaire. Ce sentiment est moins prononcé en zone rurale (27 %) et dans les unités urbaines de 2 000 à 19 999 habitants (23 %). Par ailleurs, 22 % des parents citent le lieu d’habitation comme facteur de réussite, contre 16 % en commune rurale.
Contrairement à certaines représentations, les habitants des territoires ruraux ne se perçoivent pas nécessairement comme plus pénalisés que la moyenne nationale. Le ressenti des inégalités territoriales apparaît donc plus nuancé – mais le doute global progresse.
Le grand paradoxe : confiance locale, défiance nationale
C’est l’un des constats marquants de l’étude. À l’échelle de proximité, la satisfaction reste très élevée : 81 % des parents sont satisfaits de l’établissement de leur enfant, 79 % de ses enseignants et 78 % de son niveau scolaire.
Mais dès qu’il s’agit d’évaluer le système éducatif dans son ensemble, la confiance s’effondre de moitié. Seuls 41 % en ont une opinion positive, contre 46 % en 2025. Autrement dit, les parents font confiance à l’école de leur enfant, mais doutent profondément de l’institution.
Ce décalage traverse toutes les catégories sociales et toutes les tranches d’âge : la confiance est forte à l’échelle individuelle, mais fragile à l’échelle institutionnelle.
Municipales : une alerte politique
À l’approche des élections municipales, ces chiffres prennent une portée particulière. La commune incarne l’école au quotidien : bâtiments, restauration, périscolaire, mixité sociale. Si les parents restent attachés à leur établissement mais doutent du système national, c’est que leurs attentes se déplacent vers des réponses locales, concrètes et visibles.
La chute de 10 points de confiance en un an est un signal d’alarme. L’école demeure un enjeu électoral central, au croisement des espoirs d’ascension sociale et des peurs de déclassement. Redonner la priorité à l’école publique s’impose comme une exigence politique.
Djéhanne Gani
En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"
Subscribe to get the latest posts sent to your email.