La mort, mardi 23 juin à Narbonne, d’un adolescent au bout d’un « guet-apens » ultra-violent filmé par ses agresseurs présumés qui ont depuis été arrêtés, a servi de défouloir aux candidats déclarés ou subodorés à la présidentielle : Le Pen, Bardella, Zemmour, Attal et Retailleau.

La rapide interpellation et la mise en examen dans la foulée, mardi 23 juin, pour tentative d’assassinat, de cinq jeunes gens après le décès de Louis, 17 ans, tabassé à mort vendredi dernier, n’a pas empêché la droite et l’extrême-droite de s’en donner à cœur joie dans la récupération politique et l’instrumentalisation de ce drame, usant d’argument en totale contradiction avec les premiers éléments de l’enquête.
Dès l’annonce de ce guet-apens et passage à tabac ultra-violent filmé par les agresseurs présumés eux-mêmes, puis posté sur les réseaux, Marine Le Pen s’est empressée de jouer des amalgames, fustigeant mercredi une « barbarie du quotidien ». « À force de renoncer à sanctionner rapidement et efficacement les actes de délinquance, le pouvoir, soutenu par la gauche et l’extrême-gauche a envoyé un message désastreux : celui de l’impunité permanente », a posté la présidente du RN sur X.
Violences des jeunes : un débat instrumentalisé avant la présidentielle
Et peu importe si les auteurs présumés des coups étaient déjà sous les verrous au moment de cette prise de parole. La présidentielle 2027 n’attend pas : « Nous le disons clairement : en 2027, ça en sera terminé de la déconnexion, du déni et de l’aveuglement idéologique face à l’ensauvagement et à cette insupportable ultraviolence ».
Dans une même course à l’échalotte, Jordan Bardella, qui n’était cette fois pas à Monaco, a dénoncé un « ensauvagement », « symbole d’un pays à la dérive ». Au mépris des éléments divulgués par les enquêteurs, Éric Zemmour, président de Reconquête, a embrayé en reprenant l’un de ses thèmes préférés du « francocide » de la part d’une « meute de racailles ».
Gabriel Attal, candidat du bloc dit central à la présidentielle, joint à ce peloton de « y a qu’à, faut qu’on ». « Parmi les bourreaux présumés, trois sont mineurs : c’est le révélateur, une fois encore, d’une violence exacerbée au sein d’une partie de notre jeunesse. De sa banalisation. De son ampleur. Ce n’est pas un fait isolé, comme pourraient le dire les naïfs ou les adeptes de la culture de l’excuse. C’est un drame de société qui exige un choc d’autorité », a assuré le patron de Renaissance, qui, donc, à l’en croire, ne fait partie ni « des naïfs » ni des « adeptes de la culture de l’excuse ».
Quant à Bruno Retailleau, le candidat LR en profite pour recycler l’une de ses marottes, « l’excuse de minorité ». « Il y a un an, nous avions fait voter une loi pour renforcer la justice des mineurs. Le Conseil constitutionnel en a censuré plusieurs dispositions essentielles, en particulier la fin de l’excuse de minorité. Je refuse que le droit devienne le prétexte à l’impuissance », explique sur les réseaux l’ancien ministre de l’intérieur qui promet un référendum « pour durcir notre justice pénale ».
Une enquête judiciaire en cours pour déterminer les responsabilités
Dans le droit, l’excuse de minorité n’existe pas. L’ordonnance du 2 février 1945 établit bien le principe d’atténuation de la responsabilité pénale en fonction de l’âge et du discernement. Un argument que les agresseurs présumés de Louis auront du mal à invoquer, puisque ce principe est fixé pour les moins de 13 ans, ce qui ne semble pas être l’âge des cinq interpellés, trois étant mineurs et deux âgés de 19 ans, au vu des premiers éléments donnés par la police et la justice.
En revanche, les peines de privation de liberté qu’encourent les mineurs sont moins sévères que celles des majeurs: pas plus de la moitié de celle infligée à un adulte. Mais la règle est de plus en plus souvent contournée lors d’affaires graves impliquant des 16 ans et plus.
La victime, hospitalisée depuis samedi 20 juin après avoir été découverte inanimée le matin sur le site du chantier de cette résidence pour séniors, était accueillie depuis mai dans une structure de l’aide sociale à l’enfance (ASE) à Narbonne. Dans un communiqué, Chloé Danillon, vice-présidente du département de l’Aude déléguée à la protection de l’enfance, a précisé que ce placement s’effectuait « en accord avec les parents et à leur demande ».
Parmi les cinq jeunes identifiés grâce aux images et un important travail de téléphonie, selon des sources policières, l’un aurait entretenu un différend avec la victime. Ils lui auraient donné rendez-vous à Narbonne, où il était de passage, sous un motif fallacieux. « Le mobile du crime (…) demeure pour l’heure inconnu. Il est cependant d’ores et déjà possible d’affirmer qu’il est sans aucun lien avec un motif d’ordre racial », a indiqué jeudi soir le procureur de Narbonne, dans un communiqué destiné à « rectifier les informations erronées relayées par certains médias et sur les réseaux sociaux ».
« Trois des mis en examen sont connus des services de l’ASE, mais aucun n’était placé au sein de la structure accueillant Louis », a poursuivi le magistrat. Le jeune homme qui a succombé à ses blessures mardi dernier, avait déposé plainte le 11 mai « pour des faits mettant en cause d’autres jeunes sans aucun lien avec les mis en examen », a par ailleurs précisé le procureur, Jean-Philippe Rey, face aux nombreuses hypothèses et insinuations fleurissant en ligne.
Puis, le 12 juin, onze jours avant sa mort, il s’était rendu dans une gendarmerie du Tarn pour « y dénoncer des faits de violences en réunion », sans toutefois déposer plainte. L’information judiciaire désormais ouverte devra établir le rôle exact de chacun des cinq mis en cause.
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Stéphane Guérard