Après le « trop de vacances », va-t-on vers un « trop payés » ? En cette rentrée 2026, le matraquage médiatique sur le salaire des enseignants ne manquera pas d’égratigner encore l’image du corps enseignant français. Leur rémunération est pourtant bien loin des autres pays de l’OCDE avec une moyenne dépassant les 41h de travail par semaine. Le ministère oublie aussi dans son calcul les 81 293 contractuels qui touchent souvent le SMIC horaire.

A quelques jours de la rentrée, le ministère de l’Education nationale publie une note affichant un salaire moyen dépassant les 3000 euros pour les enseignant.es. La machine prof bashing est rapidement enclenchée avec une reprise médiatique importante de cette note de la Depp. « Un salaire moyen de 3.090 euros : pourquoi le salaire moyen des enseignants a augmenté de 4,3% », titre la radio RTL. « L’étude exclut les contractuels (soit 8% du total des enseignants en 2024) et Mayotte », peut-on lire en toute fin d’article du Figaro. Quid donc des 81 293 enseignant.es oubliés dont le salaire (très bas) n’entre pas dans la balance ?

Notons que quand ces mêmes notes de la Depp portent sur le nombre d’élèves par classe ou la répartition genrée des heures supplémentaires, les grands médias trouvent moins de place dans leurs colonnes.

Un changement de méthodologie pour ce calcul de moyenne

D’ailleurs, en préambule, la publication ministérielle de 4 pages contient un long avertissement, en petits caractères, qui explique un changement de méthodologie et un recalcul. « Du fait de changements déclaratifs, applicatifs et de concepts dans la source Siasp produite par l’Insee, les résultats publiés dans cette Note d’Information ne sont pas directement comparables, en niveau, à ceux de la publication réalisée sur le millésime antérieur. Les données de l’année 2023 ont cependant été recalculées afin de présenter des évolutions annuelles cohérentes et homogènes dans cette publication, entre les années 2023 et 2024. Les changements méthodologiques résultent d’une meilleure estimation des calculs de durée de postes de travail (en nombre de jours) et des coefficients « équivalent temps plein (EQTP) » ». Comprendra qui pourra !

Dans l’annexe accompagnant la note, il est précisé que « les expertises menées sur les données 2023 et 2024 ne permettent pas d’aboutir, ni à une décomposition solide des salaires des enseignants contractuels du public et des maîtres délégués du privé en 2023, ni de présenter leurs évolutions de salaire entre 2023 et 2024, en raison de manque de robustesse sur la mesure de leur temps de travail en 2023. C’est pourquoi la note repose uniquement sur les enseignants titulaires du public et assimilés titulaires du privé sous contrat ».

Des enseignant.es sous les 2000 euros

Les spécialistes de la Depp ajoutent que la note s’applique uniquement aux enseignant.es détenteurs.rices d’un concours, hors Mayotte. La Depp indique 8% de contractuels. En 2024, ils étaient 2.4% dans le 1er degré public et 11.4% dans le 2nd degré. La proportion monte à 15.9% dans le 1er degré privé sous contrat et 20.8% dans le 2nd degré (source). D’ailleurs, certain.es enseignant.es seront au SMIC dès septembre et d’autres perçoivent même le RSA (lire notre à article à ce sujet).

La note indique « qu’ils soient à temps complet, partiel ou incomplet, ils perçoivent en moyenne 2 130 euros nets par mois en 2024 ». On s’éloigne ainsi des 3090 euros nets mis en avant sur le site du ministère ainsi que dans le chapô du courriel transmis le jeudi 20 août 2026.

Entre 2023 et 2024, la hausse de salaire affichée est de 4.3%.« Cette hausse du salaire net en 2024 s’explique principalement par la croissance des primes et, dans une moindre mesure, par les revalorisations indiciaires mises en place au cours de la période », indique la Depp.

Des grilles indiciaires connues et reconnues

Nous choisissons de ne pas entrer dans cet article dans le détail de la comparaison des salaires des certifié.es, agrégé.es, professeur.es des écoles… D’autant plus que des dizaines de milliers d’enseignant.es non titulaires n’y sont pas présentes. Par ailleurs, les grilles indiciaires sont publiques et sont visibles pour tout un chacun.

Retenons à la fin de la pause estivale, cette note, dont le timing de la publication alimente encore les médisances sur le métier « trop payé, trop de vacances ». L’opinion salue même « ces augmentations qui sont principalement le résultat d’une politique de rattrapage globale de la rémunération dans la fonction publique ».  En quelques clics, il est pourtant aisé d’obtenir un simple graphique comparant le salaire enseignant et l’inflation depuis 30 ans. Un enseignant débutant touchait environ 2,1 à 2,3 fois le SMIC dans les années 1980, contre à peine plus d’une fois le SMIC aujourd’hui.

Rappelons enfin que la hausse des prix s’élève à 2 % en 2024, après 4,9 % en 2023 et 5,2 % en 2022. La paupérisation du corps enseignants français est aussi pointé par l’OCDE depuis de nombreuses années.

Djéhanne Gani

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Voir les annexes

Drégoir M., 2026, « L’évolution du salaire des enseignants fonctionnaires ou assimilés entre 2023 et 2024 », Note d’Information, n° 26-36, DEPP. https://doi.org/10.48464/ni-26-36