
Pour freiner le réchauffement climatique en cours, la manière dont sera conduite de l’économie au niveau planétaire durant les prochaines décennies comptera beaucoup. Mais les choix de consommation qui relèvent du libre-arbitre de chacun d’entre nous compteront aussi. Pour se nourrir au quotidien, choisir le « flexitarisme » permettra à chaque personne de réduire le bilan carbone de son alimentation.
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Même en ce début de septembre, des records de température continuent d’être enregistrés en France. Fils de paysan, né en 1947 à Janzé en Ille-et-Vilaine, Jean Jouzel est un ancien membre du « Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat » (GIEC). En cet été caniculaire, plusieurs chaînes de la télévision l‘ont interrogé sur l’évolution du réchauffement climatique en cours et ses conséquences dans les prochaines décennies. Il a pu surprendre certains téléspectateurs en précisant que quoique nous fassions d’ici 2050, nous n’empêcherons pas le réchauffement de progresser d’ici cette date. Car le CO2 déjà émis suffira pour alimenter ce réchauffement pendant encore un quart de siècle. C’est seulement après 2050 que les bonnes décisions appliquées à partir de maintenant produiront leurs effets positifs et permettront peut-être de limiter le réchauffement sous + 3 °C au lieu du + 4 °C attendu en 2100 par rapport aux températures moyennes du début du XIXe siècle.
En attendant, les incendies, en France et dans le monde, ont endommagé de grandes superficies forestières, lesquelles capteront toujours moins de carbone. Dans une économie mondialisée fondée sur la recherche du profit, les intérêts privés et de court terme continuent de l’emporter sur l’intérêt général des populations à plus long terme.
Nous pouvons agir en consommant différemment
Chacun de nous est un consommateur qui effectue des achats réguliers, dont ceux consacrés à l’alimentation. Nous pouvons donc modifier notre façon de consommer pour réduire notre bilan carbone au quotidien. Chaque Français consomme une moyenne de 86 kg de viande par an. Globalement, la production d’un kilo de protéines animales nécessite 7 fois plus de surface agricole que la production d’un kilo de protéines végétales. Nous consommons aussi 25 kg de poissons par habitant et par an. Beaucoup de truites de saumons proviennent d’élevages en bassins, alimentés par des farines de poissons pêchés en mer par les chaluts qui raclent le fond des océans.
Nous consommons une moyenne de 22 kg de viande bovine par an, contre seulement 500 grammes de pois chiches, riches en protéines végétales. Charcuteries comprises, nous consommons 32 kg de viande porcine par an, dont une bonne partie est importée depuis l’Espagne, laquelle importe une importante part de leur nourriture d’Amérique du Sud. Mais chaque Français consomme moins de deux kilos de lentilles par an. Elles sont riches en protéines végétales et nous disposons de deux variétés régionales bénéficiant d’une appellation d’origine protégée. Ce sont la lentille verte du Puy-en-Velay et celle du Berry, tandis que la Blonde de Saint-Flour est également disponible. Du coup, malgré sa faible consommation, la France importe entre 25 000 et 27 000 tonnes de lentilles par an en provenance du Canada, de Chine et de Turquie. En adeptes du flexitarisme, nous pourrions consommer plus de lentilles avec quelques lardons de porc, plutôt que d’exporter le lard trop peu consommé en France dans des pays lointains comme la Chine.
Chaque Français consomme 31,6 kg de volaille par an dont 25, 6 kg de poulet, plus de la moitié de ce dernier étant désormais importée. Voilà encore un paradoxe pour le premier pays producteur de céréales dans l’Union européenne. Le cassoulet vendu en boîte contient de la viande de porc et de palmipèdes, ainsi que des haricots récoltés en grains. Mais la France ne produit que 70 à 80 % des grains de haricots secs qu’elle utilise, soit une moyenne annuelle de 9 600 tonnes cultivées sur seulement 4 700 hectares. Plus globalement, les légumineuses en graines ne représentent que 4 % des superficies cultivées en France et seulement 25 % de ces graines récoltées sont destinées à l’alimentation humaine.
Réduire la viande dans les repas du quotidien
Réduire chez soi comme en restauration sa consommation de protéines animales est une manière de participer au freinage du réchauffement climatique. On peut, lors d’un bon repas en famille ou avec des amis, déguster « une bonne viande, un bon fromage e un bon vin », pour reprendre une formule de Fabien Roussel qui fit polémique. Mais on peut aussi ne plus faire ce choix dans chacun de nos repas du quotidien. Concernant le cassoulet, il est possible d’avoir plus de végétaux et moins de viande dans des boîtes de conserve. Les moins garnies en viande coûteraient moins cher.
Il faudrait aussi que les entreprises agroalimentaires négocient des contrats avec leurs paysans fournisseurs de lentilles, de pois chiches, de haricots secs et de sarrasin, dont la farine sert à fabriquer les galettes bretonnes. Ces contrats porteraient sur des volumes annuels de livraisons, avec des prix garantis dans le respect du cahier de charges sur la qualité. Cela existe depuis longtemps entre la firme Bonduelle et ses fournisseurs hexagonaux de haricots verts, de petits pois carotte et autres légumes de conserve que nous achetons en grande surface.
Un plat de couscous est généralement constitué de semoule de blé dur, de pois chiches, de navets, de courgettes, de carottes, de bouillon d’épices, de viande d’agneau, de poulet et de merguez. Mais dans les pays de religion musulmane d’Afrique du nord et du Moyen-Orient, le couscous sans viande demeure un plat très consommé au quotidien. Le blé dur et les pois chiches permettent de satisfaire les besoins des consommateurs en protéines végétales, avec un faible bilan carbone.
Notre planète comptait 8,2 milliards d’habitants en 2025, contre 2 milliards en 1925. Selon l’ONU, nous serons 9,7 milliards en 2050. Voilà une raison supplémentaire pour réduire le bilan carbone de notre assiette au quotidien en réduisant notre consommation de viande et de poisson.
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