Prix Nobel de la paix : la juriste sud-africaine Navanethem Pillay, à la tête de la commission d’enquête de l’ONU sur les crimes d’Israël à Gaza, reçoit la récompense

Le prix Nobel de la paix a été décerné par le comité, ce vendredi 9 octobre à Oslo, à la juriste sud-africaine Navanethem, dite « Navi » Pillay. Militante anti-apartheid, juge à la CPI, elle a présidé la commission d’enquête indépendante de l’ONU qui a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza.

Militante historique contre l’apartheid et présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda, Navi Pillay, a également été l’une des 18 premiers juges nommés à la CPI. Ici à Genève, le 16 septembre 2025. © Wikus de Wet / AFP

Avec l’attribution du Prix Nobel de la Paix à la juriste sud-africaine Navanethem Pillay, c’est un peu la Cour pénale internationale (CPI). qui est récompensée. Cette avocate sud-africaine a été désignée pour ce prix le plus prestigieux au monde en raison de “ses efforts pour promouvoir la paix et le droit international”, indique le comité Nobel. Le président du comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, a précisé que “la lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide fassent l’objet de poursuites judiciaires”.

Cette militante historique contre l’apartheid est issue d’une famille tamoule pauvre de la banlieue de Durban. Elle a été l’une des 18 premiers juges nommés à la CPI en 2003, puis a présidé le Tribunal pénal international pour le Rwanda de 1999 à 2002. Enfin, elle a été la présidente de la commission d’enquête indépendante de l’ONU sur les crimes commis par l’État d’Israël dans la bande de Gaza. C’est donc un prix très politique, dans le contexte international, qui lui est attribué. Et elle s’en amusée quand elle a appris la nouvelle : “Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être le prix avec Trump”, a-t-elle lancé.

Récompenser la construction de la paix

Car la CPI et ses juges sont régulièrement menacés. Depuis qu’elle a délivré un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine en 2023 et Benyamin Netanyahou en 2024, pour crime de génocide à Gaza, elle a essuyé une offensive sans précédent. La présidente de la CPI, la juge Tomoko Akane et le premier substitut du procureur, Abdoulaye Seye ont subi des sanctions émises le 18 août par le président des États-Unis, Donald Trump et le département du Trésor américain. “Aujourd’hui, alors que ces mêmes juges sont sanctionnés et que leurs institutions sont attaquées, nous avons besoin de personnes dotées de courage, de vision et de détermination, des qualités que Navi Pillay manifeste dans son travail”, a souligné Jørgen Watne Frydnes.

Une décision qui portait à 13 le nombre de magistrats ciblés par Washington auxquels s’ajoutent trois organisations non gouvernementales (ONG) palestiniennes et Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés.

Sans suprise, le gouvernement israélien a très mal réagi à cette distinction. Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé un prix “la haine et les préjugés anti-israéliens”, allant jusqu’à convoquer… Joseph Goebbels, le N°2 du régime nazi, responsable de la propagande sous Adolf Hitler. “Maintenant que le comité Nobel a récompensé le plus grand mensonge du XXIe siècle, Joseph Goebbels applaudit certainement depuis l’enfer”, a twitté la diplomatie de Tel Aviv.

A contrario, le président de l’Afrique du sud, Cyril Ramaphosa, a salué dans le Nobel de sa compatriote “un hommage au courage et à l’intégrité” de la juriste.

Ce prix réaffirme donc l’importance de l’ordre juridique international. « Le véritable travail de construction de la paix s’effectue souvent loin des gros titres : par des tribunaux qui font respecter le droit international, des journalistes qui documentent les atrocités et des organisations humanitaires qui protègent les populations », rappelle le directeur de l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo, Haakon Gjerløw dans une tribune publiée par le Guardian.

Pour de nombreuses ONG, ambassadeurs, associations, diplomates, cadres onusiens, négociateurs, avocats, juges, il était nécessaire que le prix 2026 desservi par le comité Nobel rappelle que la paix se construit grâce à au droit et à la justice internationale.

Un message fort contre la colonisation

D’où l’importance dans un tel contexte que la CPI se voit attribuer via l’une de ses plus grandes figures, Navi Pillay, ce prix Nobel de la paix. En 2025, il avait été décerné à María Corina Machado, figure de l’aile ultra-radicale de la droite vénézuélienne : le comité d’attribution avait nourri la spirale guerrière déclenchée par Washington.

Quelques semaines plus tard, le 3 janvier, le président des États-Unis déclenchait une opération illégale afin d’enlever le dirigeant vénézuélien, Nicolas Maduro en toute violation du droit international qui a fait des dizaines de morts.

Ce prix est aussi un geste symbolique fort face aux crimes répétés des autorités israéliennes à Gaza (génocide, occupation illégale) mais aussi en Cisjordanie (exactions, déplacements forcés, colonisations). Dans les territoires occupés, un nettoyage ethnique est à l’œuvre avec son lot de crimes de guerre et contre l’humanité de la part du gouvernement israélien.

 


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