
Petite silhouette, lunettes rouges, Gabriella court partout. Autour de l’enseignante de langues étrangères à Roubaix, les cartons brandis enragent : « On crie SOS, pas CRS ». Dans le cortège lillois, ce jeudi 8 octobre, on chante : « Grèves, blocages, Macron dégage ! »
Manifester avec sa prof ? « C’est génial ! », répondent ses étudiants en chœur. « On a instauré un dialogue avec les étudiants, on échange beaucoup. Et d’ailleurs, on est tous venus en manif ensemble. » La manifestation a rassemblé 10 000 personnes selon le syndicat SUD, 3 000 selon la préfecture. Dans les établissements, des enseignants prennent part aux discussions et à l’organisation du mouvement.
Le matin, à Roubaix, l’assemblée générale a réuni plus de 200 personnes, selon les étudiants. Ils ont choisi de ne pas bloquer : « On avait plus intérêt à ouvrir la fac, discuter avec les étudiants pour les convaincre de rejoindre le mouvement. » Pauline, professeure de mathématiques au département des langues orientales a commencé par en parler en cours.
Elle assume : « Notre but, en tant que professeurs, c’est d’agréger les étudiants à notre lutte. Les étudiants ont tout de suite répondu, posé des questions, ils se sentaient très impliqués », poursuit Pauline. Agathe, étudiante à Roubaix, raconte : « Pour une fois, en se mobilisant, on se sent utile. On est heureux de faire partie de quelque chose et de se dire qu’on pourra éventuellement faire avancer les choses. »
Avec ses collègues, Pauline explique les difficultés de l’université et alerte sur la loi « Bienvenue en France », qui impose aux étudiants extra-européens de payer des frais d’inscription plus élevés que les autres. « Ils n’étaient pas au courant et c’est justement à nous de les conscientiser. » « On est dans une ville très pauvre. Le campus tombe en ruine, le Crous est sous-dimensionné, les étudiants ne peuvent pas y manger. »
Au lycée, structurer la colère
Au lycée Baggio, l’un des établissements les plus populaires de Lille, Esteban et Noam, étudiants en BTS, cherchent à mobiliser des camarades qui « savent qu’ils partent désavantagés », entre difficultés financières et familiales. Depuis mardi, ils animent un compte Instagram pour organiser les blocus et appeler à une mobilisation pacifique, après une semaine marquée, selon eux, par des dégradations et des poubelles incendiées.
Une discussion avec une professeure, après la manifestation de mardi, a encouragé Esteban à se lancer. Avec les enseignants, ils cherchent comment organiser la mobilisation pour éviter de nouveaux débordements. « Même si ça aurait été bien que ce soit eux qui prennent l’initiative, il fallait bien que ça se fasse. On s’en est sentis capables, du coup, on s’est dit qu’on allait essayer. » Les deux étudiants veulent désormais passer le relais aux plus jeunes pour « organiser un vrai mouvement qui tiendrait sur le long terme, parce qu’on ne sera pas indéfiniment à Baggio ».
Pierre-Louis, professeur documentaliste à Baggio, les a rejoints : « Ce qui nous a vraiment engagés à rejoindre leur mouvement, c’est la répression. » Il précise : « Au départ, c’était vraiment pour les violences policières, pour les protéger. Et puis, quand on a rencontré les élèves, on a discuté avec eux, on s’est rendu compte qu’on avait vraiment les mêmes revendications. »
Accompagner sans diriger
Au lycée Fénelon, les enseignants rencontrés posent une limite : « On accompagne, on se soutient, mais on n’a pas la main dessus. » Dans le cortège, les chants continuent : « Il faut virer Macron, pour notre éducation ! » Une pancarte raille : « Manu, eux aussi ont le droit à une prof de français ».
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Entre les établissements, la JC tisse aussi des liens. Lucas, étudiant en cinéma à Villeneuve-d’Ascq, s’est rendu le matin à l’IUT de Tourcoing, puis à Roubaix. Il s’inquiète de l’isolement des étudiants sur certains campus, qu’il associe à la dépolitisation. « Notre rôle, c’est justement de les fédérer. » Selon lui, douze personnes de l’IUT ont souhaité rejoindre la JC la veille, quelques autres ce matin.
Chirine, en terminale au lycée Montebello, participe à ses premières manifestations. Elle se réjouit que les frustrations ne soient « plus des anecdotes qu’on se raconte à la cantine » et qu’on puisse « enfin se battre pour que les choses s’améliorent ». « Bientôt, normalement, j’aurai le droit de vote aussi. Donc ça commence. »
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