Pour construire des villes apaisées, il faut des majorités apaisantes » : entretien avec Fabien Roussel

Le secrétaire national du PCF invite à l’amplification des dynamiques de gauche au premier tour pour l’emporter face à l’extrême droite et la droite. Il déplore la polarisation des débats au niveau national, au détriment des enjeux locaux qu’il place au cœur des élections municipales.

Fabien Roussel vote à Saint-Amand-les-Eaux (Nord), le 15 mars 2026. Il a été élu au premier tour avec 51% des votes.
© Francois LO PRESTI / AFP

Le secrétaire national du Parti communiste français (PCF), Fabien Roussel, a remporté les élections municipales de Saint-Amand-les-Eaux (Nord) dès le premier tour, dimanche 15 mars, avec 51 % des voix, face à Éric Castelain, candidat Rassemblement national (RN). En aparté, il se dit content d’une « victoire importante » qui « donne du poids à Saint-Amand pour être entendue et respectée ». Il se réjouit des 250 maires communistes élus « dès le premier tour » et « invite au rassemblement » pour qu’il y en ait davantage au second.

Quel regard portez-vous sur le premier tour ?

Fabien Roussel, Secrétaire national du PCF

Nous assistons à un renforcement du vote en faveur des listes d’extrême droite et de droite extrême, ces têtes de liste de droite qui flirtent avec les candidats du RN au second tour et qui leur tendent la main. C’est dangereux pour la République et pour nos communes. Nous avons besoin de maires qui apaisent, rassemblent, protègent.

Au second tour, l’enjeu est de poursuivre les dynamiques de gauche et républicaines afin que l’extrême droite ou que la droite extrême ne remportent pas plus de villes. À Nîmes (Gard), face au candidat RN Julien Sanchez, j’appelle au second tour au rassemblement le plus large autour du communiste Vincent Bouget. Et je suis inquiet du taux d’abstention, qui est le signe d’un malaise démocratique dans notre pays.

Quelle forme doit prendre l’amplification des rassemblements pour battre l’extrême droite et la droite ?

Les listes de gauche affrontent des configurations différentes. C’est localement qu’il faut déterminer le meilleur moyen de l’emporter. Les dynamiques se construisent à partir des listes de premier tour. Tout doit être fait pour qu’elles soient poussées et qu’elles l’emportent au second tour.

Cela passe-t-il par des fusions de listes ?

Dans chaque ville, les têtes de listes et leurs équipes choisiront le meilleur moyen de poursuivre une dynamique. Cela ne dépend pas que des rapports de force. Cela dépend aussi du climat pendant la campagne, des programmes et des valeurs que nous défendons et que nous voulons partager.

Le gouvernement impose une économie de guerre aux Français. La crise de l’énergie est là. Nous avons besoin de maires, de majorités qui protègent le pouvoir d’achat et les services publics locaux, défendent les communes, mais défendent aussi les valeurs républicaines qui nous rassemblent.

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L’heure est à mettre dehors les politiques libérales qui fracturent, divisent, et mettre dehors également tout ce qui brutalise la vie politique et divise nos concitoyens. Pour construire des villes apaisées, il faut des majorités apaisantes.

Comment faire pour faire reculer le RN localement ?

À Saint-Amand-les-Eaux, le débat s’est fait sur les programmes. J’ai choisi de ne jamais attaquer les listes adverses, mais de parler exclusivement de ce que nous proposons à la population. Je n’ai pas fait campagne contre les autres, mais pour le programme. Diaboliser l’extrême droite n’est pas une politique.

Le meilleur moyen de l’emporter est de convaincre les gens de ce que nous pouvons changer dans leur vie, et de prouver que la gauche apporte les bonnes réponses. Je déplore qu’aujourd’hui, la gauche ne soit pas assez forte dans un grand nombre de villes. Nous devons travailler à inverser cette tendance.

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Quels thèmes la gauche doit-elle mettre en débat ?

La question des services publics, du pouvoir d’achat, de communes qui protègent, apaisent, rassemblent. La société est fracturée, la France est fracturée. Nous avons besoin de protection, d’apaisement, de fraternité.

Nous devons incarner cette politique-là. Et c’est pour cela que je parle autant de programmes économiques, sociaux, que des vertus de nos valeurs républicaines. Je défends le principe du mariage des luttes ouvrières, du drapeau rouge et du drapeau bleu-blanc-rouge. Il faut savoir tenir les deux bouts.

Le climat de la campagne répond-il aux enjeux ?

Le rôle des médias est de plus en plus pesant. Certains militent pour des candidats et des idéologies. Des responsables politiques ont tout fait pour nationaliser et polariser le débat. Cela ne contribue pas à se concentrer sur les enjeux locaux, qui sont au cœur d’une élection locale.

Chaque candidat avait la responsabilité de mettre en avant les thèmes du pouvoir d’achat, des services publics. Mais ces sujets-là n’ont pas été abordés nationalement.

À aucun moment, il n’a été question dans le débat national des budgets des communes, des moyens en moins, de ce que cela implique de développer des polices municipales alors que la police nationale recule. Cela coûte cher. Quand les débats ne sont pas menés nationalement, il est difficile de le faire localement.

 

 


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