L’absence de programme a longtemps retardé la mise en place effective de l’EVAR.S. Son entrée en vigueur à la rentrée de septembre 2025 constitue donc un tournant décisif dont on se félicite. Mais pour autant, la partie n’est pas gagnée. Sur le terrain les lobbies réactionnaires continuent d’exercer leur influence et de mener leur travail de sape. Et pas seulement en France. Un rapport inédit de février 2026 du Planning familial, « L’offensive contre l’éducation complète à la sexualité – Cartographie des acteurs et analyse des stratégies d’opposition en Europe », témoigne en effet de l’ampleur de ces attaques au niveau européen. L’association invite les états membres à réagir rapidement à ces menaces dont « les écoles et l’éducation sont l’une des cibles prioritaires ».

De l’éducation à la sexualité à l’éducation complète à la sexualité

Les principes d’une éducation à la sexualité, explique le rapport, ont été introduits dans les programmes scolaires européens dans les années 1970. L’UNESCO en a ensuite formalisé les contours à la fin des années 1990 en y « intégrant les aspects sociaux, physiques et émotionnels de la vie affective, relationnelle et sexuelle des individus ». Cette approche nouvelle, holistique, pluridisciplinaire, ne se limitait donc plus à « la conception biologique de la sexualité (anatomie, reproduction, etc.) et la prévention des risques liés à celle-ci ». D’éducation à la sexualité, on est passé à l’éducation complète à la sexualité (ECS) ; en France on l’appellera l’« Education à la vie affective, relationnelle et à la sexualité ».

Toutefois, les cadres législatifs qui encadrent cette éducation sont très disparates d’un pays à l’autre, comme le montre l’étude comparative menée dans six pays, l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Hongrie, l’Italie et la Suède, par le Planning. En Suède, l’ECS est obligatoire à partir de 6 ans depuis 1955, son approche est interdisciplinaire et transversale. C’est aussi le cas en France où trois séances annuelles obligatoires lui sont dédiées. L’Espagne et l’Allemagne ont pour leur part défini un cadre légal relatif à l’éducation sexuelle assez proche, même s’il diffère « dans la qualité et l’ampleur des programmes » selon les régions ou états.

En revanche, en Hongrie, l’éducation sexuelle n’est abordée qu’à partir de 11 ans, essentiellement par le prisme de la biologie, et depuis 2021 la loi interdit « tout contenu non conforme à l’image traditionnelle hétérosexuelle familiale ». Quant à l’Italie, elle est le seul pays où l’éducation sexuelle, interdite avant le collège, n’est pas rendue obligatoire dans la loi. On voit donc que l’ECS telle que la promeut l’UNESCO est loin d’être généralisée à l’échelle européenne.

Offensive contre l’éducation complète à la sexualité

Bien que reconnue par l’Union européenne « comme un outil essentiel de promotion de la santé, du bien-être, des droits humains et de l’égalité de genre », l’ECS se heurte en effet à des résistances et réactions d’opposition de plus en plus fortes à  travers l’Europe, particulièrement à partir des années 2010.

Ses détracteurices l’accusent de défendre une pseudo « idéologie du genre » (concept formulé par le Vatican dans les années 1990), de chercher à effacer les différences biologiques, de promouvoir une « sexualisation précoce », d’endoctriner les enfants, de mettre en péril le couple, la famille, la nation… Cette opposition recouvre une nébuleuse hétérogène, mais efficace et organisée, de « Croisé·es anti-Evars », pour reprendre l’expression du collectif Questions de classe(s), « allant de partis politiques à des organisations de la société civile, des comités de parents, des groupes religieux ou encore des médias ».

Ces attaques, explique le rapport du Planning, ne relèvent « ni de simples tendances nationales ni des phénomènes isolés ». « [Inscrites] dans un mouvement « anti-genre » structuré, financé et transnational », elles traversent l’Europe, bloquant la mise en place d’une éducation complète à la sexualité dans certains pays (en Hongrie, le gouvernement lui-même est le principal acteur de l’opposition), ou en en freinant, dans d’autres, l’application, par des pressions croissantes.

Même dans des pays, comme la France, où le cadre est pourtant inscrit dans la loi, des réseaux localisés, en vigilance alerte permanente sur le terrain, mènent des campagnes de désinformation ; d’autres multiplient les recours devant tribunaux (sept recours ont ainsi été déposés auprès du Conseil d’Etat contre le programme d’EVARS en février 2025), ou s’emploient à exercer au niveau national, « un lobbying direct auprès des institutions compétentes ».

Comment faire barrage à ces attaques

Cette « offensive idéologique a un impact concret sur la mise en œuvre de l’ECS » ajoute le rapport : « autocensure d’établissements scolaires, modification de programmes, restriction législative, baisse de subventions, réduction des espaces démocratiques ». Il n’y a guère qu’en Suède où « l’opposition à l’ECS (…) ne constitue pas une réelle menace structurelle ». C’est pourquoi, explique Sarah Durocher, présidente du Planning familial, « une réponse structurée au niveau européen apparaît désormais indispensable ».

Le rapport propose en ce sens aux institutions européennes 22 « Recommandations stratégiques » qui s’articulent autour de quatre axes : « Placer l’ECS à l’agenda européen », en l’intégrant en particulier à la politique sociale européenne ; « Construire une compréhension commune de l’éducation complète à la sexualité », et notamment des stratégies d’opposition ; « Sécuriser des financements pérennes », par l’investissement dans des projets ; « Soutenir les états membres dans la mise en œuvre de l’ECS », en légiférant sur une ECS obligatoire, alignée avec les standards de l’OMS et de l’UNESCO…

Dans le contexte de montée des extrêmes et d’attaques contre la démocratie européenne, l’éducation complète à la sexualité, par sa visée émancipatrice et égalitaire, est devenue un ennemi à abattre pour les groupes réactionnaires : « la protéger est notre responsabilité », conclut le rapport. C’est maintenant.

Claire Berest

Rapport à retrouver sur le site du Planning familial

« Une carte interactive pour lutter contre les anti-Evars » : à retrouver sur le site du Café pédagogique