Qu’est-ce que l’homonationalisme, qui incite une partie de la communauté LGBT + à voter extrême droite ?

Voter extrême droite séduit de plus en plus les personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et trans, certes à un niveau plus bas que la population globale, selon un sondage Têtu/Ifop publié cette semaine, alors que le concept d’homonationalisme reste peu connu.

L’homonationalisme prend la forme de déclarations stigmatisantes envers les personnes immigrées, racisées et musulmanes, les décrivant comme des menaces par nature pour les personnes LGBT +.  © Bastien Ohier via AFP

Les résultats du sondage du magazine Têtu, réalisé par l’Ifop et paru mercredi 11 mars concernant la présidentielle 2027 interrogent. Le candidat du RN Jordan Bardella arrive en tête, avec 27 % des intentions de vote exprimées par les personnes lesbiennes, gay, bisexuelles et trans. Mais il arrive premier du fait de l’éparpillement des candidats à gauche, car concernant les familles politiques, l’extrême droite est cependant loin de constituer la première force chez les personnes LGBT.

Depuis le précédent sondage effectué en 2022, le taux global progresse de deux points (32 %), illustrant une certaine stagnation du vote RN dans les populations LGBT en comparaison avec la dynamique nationale. En seconde position, La France insoumise représentée par Jean-Luc Mélenchon réalise une augmentation de 15 points et atteint les 25 %.

La fidélisation d’un électorat LGBT pour le vote RN constitue-t-elle réellement une surprise ? « Ces électeurs considèrent les droits comme acquis et se satisfont du statu quo », explique dans Têtu le directeur du pôle politique de l’Ifop. Un constat que « déplore » Charles B., militant du Front d’action gay Strasbourg, qui pointe la « fascisation de la société qui n’épargne pas les LGBT ».

Avec son collectif, il a participé pour la Pride 2025 à l’écriture d’une brochure sur l’homonationalisme. Une notion développée par la chercheuse queer Jasbir K. Puar au début des années 2000 et dans son livre Homonationalisme, contre la normalisation LGBT (éditions Amsterdam). Ce concept désigne l’instrumentalisation des causes LGBT par les puissances occidentales à des fins racistes et impérialistes sur un modèle similaire à celui du fémonationalisme.

« Si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI »

L’homonationalisme prend la forme de déclarations stigmatisantes envers les personnes immigrées, racisées et musulmanes, les décrivant comme des menaces par nature pour les personnes LGBT +. Ses adeptes érigent l’Occident comme seul territoire où les populations LGBT + existent et sont les bienvenues.

« Alors que, à la base, les lois qui criminalisent l’homosexualité, par exemple au Sénégal ou au Burkina Faso, ont été instaurées lors de la colonisation française », critique Pierrette Pyram, présidente de l’association afro-descendante Diivines LGBTQI +. Ce qui toutefois ne justifie en rien l’aggravation des lois homophobes votées au Sénégal.

Ainsi, l’année dernière, à la Pride de Paris, le collectif gay « patriote » Éros a voulu participer à la manifestation avec des pancartes telles que « Homos victimes de l’immigration » ou « Stop à l’islamo-homophobie ». En petit nombre, ils n’ont pas pu participer à la marche et sont restés derrière le cordon policier.

Fin janvier 2026, le député RN Laurent Jacobelli, lors d’un débat sur l’inscription des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes, a déclaré dans l’Hémicycle : « Les Frères musulmans veulent lapider les homosexuels, eh bien, si vous voulez lapider les homosexuels, votez LFI. »

« Au RN, il n’y a pas de folles, pas de pédales »

Autre exemple, les images de drapeaux LGBT brandis sur les terres brûlées de Gaza par des soldats israéliens pour justifier la colonisation. L’intégration et la mise en avant croissante d’hommes homosexuels dans les partis de droite et d’extrême droite (Gabriel Attal, Florian Philippot, Laurent Jacobelli, Guillaume Kasbarian, Jean-Philippe Tanguy…) répondent à une logique de récupération politique que dénonce Charles B.

« Ce sont des gays de service, les bons gays, les token gays qui servent la bourgeoisie en effaçant leur identité. Au RN, il n’y a pas de folles, pas de pédales, pas de queers, pas de population marginalisée racisée. Dès qu’on sort de la norme d’un profil hétérosexualisé assimilé, on devient des ennemis. »

L’association d’entraide entre personnes transféminines, Flirt, va dans son sens. « Il y a quand même des vécus matériels qui sont très différents au sein de la communauté LGBT, rappelle sa coordinatrice Mihena Alsharif. Il y a une forme de récupération des homosexualités, hommes ou femmes ; elles peuvent être avalées par les discours de l’extrême droite dans une forme de normalisation. Mais, pour les personnes trans, elles sont érigées comme cibles de choix par l’extrême droite donc le rapport n’est pas le même. »

Moins à la marge que les personnes trans, les lesbiennes, les gays et les bi-cisgenres seraient ainsi plus concernés par le vote RN. « Ils cherchent à se rendre « convenable » en tant que personne discriminée afin de pouvoir faire perdurer leurs intérêts de classe », analyse l’activiste du Front d’action gay Strasbourg.

 


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