A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les LGBTIphobies du 17 mai, SOS homophobie vient de publier son 30e rapport annuel. Un anniversaire qu’on n’a guère envie de fêter tant le bilan déjà bien sombre du précédent rapport s’est encore alourdi. Climat politique et social réactionnaire, banalisation des discours de haine ne cessent de « renforcer les dynamiques d’exclusion subies par les personnes LGBTI ». Il est grand temps de nommer « toutes les violences et discriminations liées aux orientations amoureuses et sexuelles et aux identités de genre », écrit Julia Torlet, Présidente et porte-parole de l’association, car elles « ne disparaîtront pas tant qu’elles ne sont pas pleinement perçues au sein de la société ». Dans ce combat, l’Ecole a un rôle essentiel à jouer, y compris de protection des élèves et des équipes éducatives. Car la LGBTIphobie tue,  rappelle le rapport, dédié tout particulièrement à Caroline Grandjean-Paccoud.

Aucun milieu social, aucun lieu, aucun contexte épargnés

Les LGBTIphobies gangrènent l’ensemble de la société, et le quotidien des personnes LGBTI+. Les témoignages collectés par l’association en font la démonstration : « que l’on soit installé·e en milieu rural, dans une petite ville ou une métropole, que l’on soit en famille, avec des ami·es, au travail ou à l’école, que l’on soit issu·e d’un milieu précaire ou aisé, les bourreaux sont partout ». Aucun contexte n’échappe à la LGBTIphobie, qui touche « toutes les sphères de la vie (…) par une multitude de violences – verbales, physiques, psychologiques, économiques, médicales ou sexuelles », mais trois domaines s’imposent comme le plus recensés par l’association : les lieux publics (13 %),  l ’e n t o u ra g e proche et la famille (10 %), et la haine en ligne (11 %).

Cette dernière, largement facilitée par « les changements en matière de modération qui ont eu lieu sur les principaux réseaux sociaux » au nom d’une pseudo liberté d’expression, s’exerce en particulier à l’encontre des personnes trans. Celles-ci sont particulièrement victimes aussi de « la banalisation et la normalisation des discours LGBTIphobes portés par des personnalités publiques » conservatrices très présentes dans les médias, qui « légitiment la population générale à tenir des propos haineux similaires ».

Une protection insuffisante 

Face à ces discriminations et violences dont les personnes LGBTI+ sont victimes, les lois, décrets et règlements censé·es les protéger sont appliqué·es de manière très insuffisante. « Pour ne citer qu’un exemple, seules 21 % des mesures du Plan LGBT+ 2023-2026 ont été mises en œuvre », déplore l’association. Elle regrette de plus que la mise en place de ces lois protectrices, et la vérification de « leur mise en œuvre par la création d’outils de suivi », manquent de moyens dédiés et reposent surtout sur des associations LGBTI sans que celles-ci n’aient « reçu de soutien financier (…) pour réaliser ces actions ».

Pourtant le contexte politique français, qui voit « la montée de courants réactionnaires et conservateurs véhiculant une parole hostile de plus en plus décomplexée », tout comme le climat politique mondial « où les droits individuels sont bafoués notamment ceux des personnes issues d’une communauté minoritaire », devraient appeler à une grande vigilance. Tous ces signaux d’alerte en effet « ne laisse[nt] pas présager un avenir meilleur pour les personnes LGBTI ». Et désormais on peut craindre qu’il ne va plus seulement s’agir « de se battre pour continuer à faire avancer » les droits des personnes LGBTI+, « mais aussi pour défendre ceux durement acquis ».

L’Ecole face à ses responsabilités

On ne le rappellera jamais assez, le risque de suicide et de tentative de suicide, « conséquence avérée des LGBTI+phobies », est « 2 à 7 fois supérieur chez les jeunes LGBTI par rapport au reste de la population » et encore plus fort lorsque ce rejet s’exprime dans le milieu scolaire. Le sentiment d’isolement ressenti par les adolescent·es LGBTI+, à un âge où l’appartenance à un groupe est essentielle à la construction de l’identité, combiné au manque de soutien, voire à l’hostilité des proches, les fragilisent tout particulièrement. Et l’Ecole est loin d’être pour ces jeunes gens un safe place.

Celle-ci apparait, en effet, comme une institution « au service de l’hétéronormativité ». SOS homophobie fait ainsi état de plusieurs témoignages évoquant un « soutien uniquement de façade lorsque des actes LGBTIphobes surviennent dans l’enceinte des écoles, quand il ne s’agit pas d’une absence totale de soutien ou d’actes LGBTIphobes exercés par l’institution elle-même ». Insultes banalisées, agressions étouffées ou minimisées, inversion de culpabilité, « il vaut mieux être homophobe que gay » témoigne une élève à une surveillante.

Dans ce contexte, très loin d’être gayfriendly, « les personnes trans sont particulièrement fragiles » explique le rapport. Pourtant les textes sont là, et depuis 2021 la circulaire sur l’accompagnement des élèves transgenres de 2021, « Pour une meilleure prise en compte des questions relatives à l’identité de genre en milieu scolaire », invite « à  mettre en œuvre des mesures individualisées pour accompagner le parcours des élèves et les protéger ». Mais force est de constater que, dans les faits, les établissements scolaires, « que ce soit de manière involontaire par manque de connaissances sur le sujet ou de manière haineuse » échouent encore trop souvent à remplir cette mission. A quand une formation de tous les personnels sur la question de la transidentité ?

Le cas particulier de l’enseignement privé

A propos de l’enseignement privé, le rapport n’hésite pas à parler « d’angle mort ». Qu’il s’agisse des violences sexuelles commises sur les élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram et des « témoignages sur la culture très fortement LGBTIphobe du lycée privé parisien Stanislas », l’actualité a montré tous ces derniers mois, combien ces établissements ont mis en place un système de silenciation et préféré « largement étouffer la moindre situation signalée, au détriment de la santé des élèves victimes de ces agissements ».

Il ne s’agit pas d’attribuer sur ces sujets un satisfecit à l’enseignement public, qui, explique le rapport, « n’échappe pas à la reproduction des comportements LGBTIphobes que l’on observe dans le reste de la société », mais de rappeler qu’au moins y sont mises en place « des politiques publiques » qui « donnent tout de même un cadre sur lequel s’appuyer » afin de s’opposer à ces comportements. Or si ces circulaires « s’appliquent à l’enseignement public, (…) l’enseignement privé en est dispensé, qu’il soit lié à l’Etat par un contrat ou non ».

Selon Claire Hédon, Défenseure des Droits, « les établissements privés disposent par conséquent d’une plus grande latitude dans le traitement de la thématique de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre ». On en voit l’illustration notamment dans les « Éléments de discernement » publiés par le Secrétariat général de l’enseignement catholique, qui, tout en rappelant le cadre légal en vigueur, n’hésitent pas à prôner la « complémentarité entre les sexes » et « l’altérité entre les femmes et les hommes », véhiculant ainsi des stéréotypes de genre auprès des élèves. Pour pallier ce risque, « la Défenseure des Droits recommande, dans sa décision-cadre n°2025-112 relative au respect de l’identité de genre des personnes transgenres, que les établissements privés se réfèrent au « code de l’éducation » et aux circulaires du Ministère de l’Education nationale qui constituent un socle de bonnes pratiques ». Sera-t-elle entendue ?

Depuis la rentrée septembre 2025, la mise en œuvre des programmes d’EVAR.S, élément clé dans la lutte contre les LGBTI+phobies, est devenue obligatoire. Les mois à venir seront essentiels pour la consolider, car les discours réactionnaires qui la visent vont se multiplier. Ne l’oublions pas.

Claire Berest

Rapport  SOS homophobie 2026 sur les LGBTI+phobies

Articles et dossier à retrouver sur le site du Café pédagogique :

« Suicide de Caroline Granjean professeure des écoles, victime de harcèlement homophobe ».

 « L’homophobie dans l’éducation nationale : maintenant ça suffit ».  

« Stanislas : climat genré vs propos homophobes ».

« Bétharram et commission d’enquête ».

« EVARS vs EARS : un double discours de l’enseignement catholique ».