
Le samedi 9 mai, la place du Colonel-Fabien avait des airs de fête populaire. Sous les drapeaux rouges, dans les lumières du soir, entre les discussions passionnées qui animent déjà les échanges à l’approche du congrès, les éclats de rire et quelques pas de danse, il flottait quelque chose de rare : une joie politique. Une joie fraternelle. Comme un écho lointain à ce cri lancé il y a 90 ans : « La vie est à nous ! ».
Pour célébrer le 90e anniversaire du Front populaire, des centaines de personnes se sont retrouvées au siège du Parti communiste français pour une soirée de mémoire, de culture et de fête. Syndicalistes, militantes et militants, chercheuses et chercheurs, anciens camarades et jeunes visages, toute une foule s’est retrouvée dans un Colonel-Fabien vivant, coloré, bruissant d’espérance.
Dès l’arrivée, les grilles accueillaient les douze panneaux de l’exposition « La vie est à nous ! Une histoire du Front populaire 1934-1938 », réalisée par la Fondation Gabriel-Péri. Une exposition qui replonge dans ces années de luttes et de conquêtes où le monde ouvrier, les intellectuels, les artistes, les femmes et les hommes du monde du travail firent irruption dans l’histoire avec la conviction qu’une société plus juste pouvait devenir réalité. À quelques pas, les photographies de Pierre Jamet redonnaient des visages aux premiers congés payés et aux sourires sur les routes des vacances comme autant d’instants simples devenus les symboles des grandes conquêtes sociales.
La soirée s’est ouverte avec Serge Wolikow, avant l’intervention combattive de Fabien Roussel pour introduire la grande ronde historique pour faire dialoguer 1936 et notre présent. Danielle Tartakowsky a rappelé le climat de crise, la montée des fascismes et la construction difficile de l’unité populaire après le 6 février 1934. Gilbert Garrel a fait revivre les grandes grèves ouvrières, les usines occupées, les conquêtes arrachées par des millions de travailleurs entrés en mouvement. Louise Bur a remis au cœur du récit les femmes du Front populaire, actrices essentielles des luttes sociales. Enfin, Guillaume Roubaud-Quashie a rappelé combien le Front populaire doit nous interpeller pour nos combats présents, notamment par la force qu’a constituée la mobilisation sociale après la victoire électorale, lorsque des millions de travailleurs entrés en grève ont permis de transformer une victoire politique en grandes conquêtes sociales. La soirée s’est poursuivie avec Jean Vigreux, venu présenter plusieurs publications récentes consacrées au Front populaire ainsi que le documentaire 1936, le Front populaire. Entre joies et colères, diffusé le 20 mai prochainement sur France 3.
Puis la musique a repris ses droits. Au rythme du grand bal populaire, les discussions se sont prolongées autour d’un verre, les générations se sont mêlées, la musique a traversé la place comme un souffle de fraternité. Et dans les yeux de beaucoup, il y avait cette même lueur et cette même conviction que l’histoire n’appartient jamais seulement au passé.
Si, 90 ans plus tard, cette histoire du Front populaire continue de nous parler avec autant de force, c’est sans doute parce qu’elle nous rappelle qu’aucun progrès social n’est offert, aucune espérance collective ne naît spontanément. Elles surgissent lorsque le monde du travail se met en mouvement, lorsque les militantes et militants communistes, les syndicalistes, les artistes, les intellectuels, la jeunesse se mettent en action. Et, ce samedi soir, au cœur de Colonel-Fabien, ce chemin semblait de nouveau à portée de main.
Nicolas Tardits
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