« La République, ce n’est pas le régime de la matraque » : la gauche refuse la lacrymocratie (F. Roussel)

Couvre-feu, possible interdiction d’accès aux réseaux sociaux, interdiction de manifester, les progressistes du pays s’inquiètent de voir le gouvernement s’enfermer dans une stratégie de « pourrissement » du conflit et de restriction des libertés.

Un hélicoptère a été déployé à Paris pour surveiller les rues de la ville, suite à la mise en place d’un couvre-feu de 23 heures à 6 heures. © Alain Apaydin/ABACAPRESS.COM

La gauche n’a de cesse de le répéter : à problème et crise politiques, réponse politique. Le gouvernement ne l’entend pourtant pas de cette oreille. Confronté au mécontentement contre la vie chère et au mouvement de jeunesse le plus important de ces dernières années, l’exécutif s’enferme dans des solutions autoritaires.

Des couvre-feux localisés ont été décrétés au lendemain de la journée de mobilisation du 17 octobre, qui a rassemblé 800 000 manifestants en France, mais qui a aussi été marquée par des pillages et dégradations.

Lire aussi: 24 octobre, une nouvelle réussite contre un pouvoir méprisant et liberticide !

Pour samedi 24 octobre, Emmanuel Macron lui-même a annoncé, jeudi 22 octobre, que ne seraient autorisés que les défilés dont les demandes ont été déposées par les organisations syndicales : « Partout où on le peut, on interdira pour que le calme soit là. » « Cela fait reposer toute la responsabilité » de la manière dont se déroulent les manifestations « sur les cortèges syndicaux », décrypte la sénatrice écologiste Anne Souyris.

Le locataire de Beauvau, Laurent Nuñez, et les autres ministres n’ont de cesse ces derniers jours de promouvoir leur controversé texte « casseur-payeur » qui introduit en droit français une responsabilité collective. « Pourront être condamnés des gens qui se trouvaient là, dans un attroupement ou à proximité d’un attroupement interdit », dénonce Anne Souyris. Un manifestant pourrait être rendu responsable sur ses propres deniers, à hauteur de 10 000 euros de la casse perpétrée par autrui, au seul motif de sa présence sur les lieux.

« On ne sortira pas de la crise en étouffant la colère sociale »

Autant de propositions de restriction des libertés publiques qui suscitent une levée de boucliers à gauche. À la crise, Emmanuel Macron n’a « jamais apporté de réponses politiques, mais uniquement des réponses policières et politiciennes, a déclaré François Ruffin, leader de Debout ! Chaque fois, la police est détournée de son rôle : non plus protéger la société, assurer le droit fondamental de manifester, mais protéger le pouvoir, lui servir de bouclier ».

Avant sa rencontre avec Sébastien Lecornu, la délégation socialiste emmenée par Olivier Faure, son premier secrétaire, a écrit sur X : « On ne sortira pas de la crise en étouffant la colère sociale. Nous sommes aujourd’hui à Matignon pour rappeler cette évidence au gouvernement qui s’enferme dans le tout-sécuritaire. » Un pas de côté, par rapport aux déclarations ces derniers jours de leur champion à l’élection présidentielle, Raphaël Glucksmann (Place publique).

Si ce dernier a appelé à respecter la liberté de manifester, il avait aussi déclaré, après le 17 octobre : « Tout ce qui permettra le retour à l’ordre civil, si c’est limité et si ça correspond à la Constitution, est le bienvenu. Il faut qu’on revienne à un état normal. » Mercredi 21 octobre, lors d’un débat sur la Chaîne parlementaire, le porte-parole des députés socialistes, Arthur Delaporte, s’est inquiété de la proposition de Gabriel Attal de bloquer les réseaux sociaux : « Quand on n’a pas d’idée, on répond en général par un mot vain qui s’appelle « interdiction » (…) Il y a un problème de santé mentale chez les jeunes. On interdit le smartphone au lycée.

« Une répression sans fin pour contenir les colères populaires »

Il y a un problème de jeunes – et pas que de jeunes – qui commettent des pillages. On interdit les réseaux sociaux », a-t-il résumé avant de s’interroger : « Où s’arrête-t-on ? » Côté initiative législative, les députés socialistes ont déposé une proposition de loi en vue de prohiber l’utilisation par les forces de sécurité d’armes non létales telles que les LBD.

Interrogé mardi 20 octobre lors d’une conférence de presse, Fabien Roussel a déploré une « répression sans fin pour contenir les colères populaires » qui « n’est une perspective tenable sur le long terme pour aucun pouvoir ». « L’issue ne peut être que politique. La République, ce n’est pas le régime de la matraque. La République, ce n’est pas une lacrymocratie », a rappelé le candidat communiste à la présidentielle.

À propos des couvre-feux, il les interprète comme un « aveu d’échec du gouvernement », incapable de maintenir l’ordre public, il souligne qu’ils « ont été mis en place à la demande des maires, là où il y a eu des destructions importantes ». C’est le cas de villes gérées par l’union de la gauche, telles Lille ou Denain. « Il faut respecter ce que disent les maires de la situation dans leur commune », estime le secrétaire national du PCF.

La France insoumise, elle, a critiqué une « stratégie mortifère » de pourrissement, par la voix de Manuel Bompard, le 20 octobre à l’Assemblée nationale. Le coordinateur de la formation populiste a fustigé la manipulation des « services de renseignements » auxquels il a été demandé de rendre LFI responsable « de violences qu’elle a toujours refusées ». Le gouvernement ne s’en sortira pas avec des diversions.

 

 

 


En savoir plus sur DEMOCRITE "de la vie de la cité à l'actualité internationale"

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Donnez votre avis

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.